Pourquoi les Canadiens n'ont-ils toujours pas adopté le paiement mobile ?

Si au premier semestre 2017, près de la moitié des Canadiens ont effectué un paiement en utilisant leur carte de débit ou crédit sans contact, seul un faible pourcentage d'entre eux ont utilisé leur mobile pour effectuer leur paiement.

Pourquoi les Canadiens n'ont-ils toujours pas adopté le paiement mobile ?

Auteur(s)

  • Adrian Murphy Vice-président, Canada, Ipsos Marketing
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Au premier semestre 2017, près de la moitié des Canadiens ont effectué un paiement en utilisant une carte de débit ou de crédit sans contact dans une boutique, un café ou tout autre commerce. C’est ce que révèle une étude réalisée par Ipsos sur les titulaires de carte. Cependant, même s'ils connaissent généralement l'existence du paiement mobile sur les trois plateformes principales (Apple, Android et Samsung), le nombre d'utilisateurs n’atteint qu’un faible pourcentage.

Pourquoi ? La fragmentation fait notamment partie du problème. À ce jour, il n'existe aucun système de paiement mobile compatible avec tous les types de cartes, que ce soit les cartes de débit et de crédit ou les cartes-client, les cartes d'essence, les cartes de fidélité et les cartes-cadeau. De plus, les plateformes actuelles de paiement mobile ne sont pas non plus compatibles avec tous les fournisseurs de services financiers. À la lumière de ces éléments, les titulaires de carte doivent choisir quel système de paiement mobile ils souhaitent utiliser, ce qui peut s'avérer déconcertant, voire décourageant.

Prenons l'exemple d'Android Pay. L'application a été lancée au Canada au printemps 2017, mais seules trois des cinq grandes banques canadiennes l'ont adoptée à ce jour. Les deux plus grandes banques du Canada, RBC et TD, proposent à leurs clients leur propre application de paiement mobile. Ce qui veut dire que si un client de la RBC ou de TD souhaite utiliser Android Pay pour effectuer un paiement avec son téléphone intelligent, il devra soit utiliser une carte émise par une autre institution financière s'il en possède une ou bien utiliser l'application dédiée de la RBC ou de TD. Cette situation réduit les occasions d'adoption pour Android Pay, qui, après quelques mois sur le marché, a été utilisé par seulement 4 % des titulaires de carte de débit ou de crédit canadiens. 

Connaissance des systèmes de paiement au Canada

Apple Pay rencontre les mêmes difficultés, notamment parce que l'application n'était initialement compatible qu'avec les cartes American Express lors de son lancement au Canada en novembre 2015. Apple a depuis rendu son application compatible avec notamment les cinq plus grandes banques du pays ainsi qu'avec MasterCard, Visa et les cartes de débit Interac.

L'application Samsung Pay, quant à elle, ne fonctionne présentement qu'avec les cartes de la CIBC. Le site Web de la plateforme indique que cette dernière sera bientôt compatible avec d'autres fournisseurs, mais aucune date de lancement n'est donnée.

Ces facteurs, ainsi que la relative nouveauté que représente ces trois systèmes de paiement, aident à comprendre pourquoi des efforts sont encore nécessaires afin de les faire connaitre et d'en démocratiser l'utilisation. Mi-2017, tandis que six titulaires de carte sur dix connaissaient l'application Apple Pay, seule la moitié avait entendu parler d'Android Pay et à peine quatre personnes sur dix connaissaient l'existence de Samsung Pay.

Les commerçants doivent accepter ces modes de paiement

Un autre facteur limitant la croissance de l'utilisation de ce type de paiement au Canada réside dans le fait que tous les commerces ne possèdent pas encore de terminal de vente permettant les paiements sans contact. À mesure que le nombre de terminaux compatibles augmente, l'utilisation des cartes de paiement sans contact va également croître, comme suggérée par le fait que 84 % des titulaires de carte de débit ou de crédit savent qu'ils peuvent régler un achat en utilisant une méthode de paiement sans contact. Ces personnes représentent une large base d'utilisateurs potentiels pour le paiement mobile, et l'industrie fait tout son possible pour offrir des solutions qui répondent à ce besoin émergent.

Qui sont ces utilisateurs d'avant-garde ? Leur profil est étonnamment similaire aux premiers utilisateurs des services bancaires mobiles, il y a près de dix ans : les hommes âgés de 18 à 34 ans.

Tap vs. Apple Pay

La grande confiance que ce groupe accorde aux technologies représente un des principaux facteurs de leur taux d'adoption. De manière générale, plus de la moitié des titulaires de carte ont exprimé des inquiétudes en ce qui concerne la sécurité des paiements mobiles, indiquant que l'industrie, les institutions financières et les sociétés de technologie ont encore beaucoup à faire afin de prouver que le paiement mobile est tout autant, voire davantage sécurisé que les paiements traditionnels par carte.

Tandis que 62 % des titulaires de cartes de plus de 55 ans pensent que le paiement mobile est moins sécurisé que les paiements traditionnels, moins de la moitié des 18-34 ans sont du même avis. 62 % des femmes titulaires de carte perçoivent le paiement mobile comme étant moins sécurisé, contre 49 % des hommes.

Mais les Canadiens sont-ils prêts ?

Une autre raison expliquant la faible adoption par les clients n'a rien à voir avec les aspects techniques. Il s'agit plutôt de déterminer si la population souhaite qu'un « portefeuille numérique » vienne remplacer leurs actuelles cartes physiques. Depuis bien longtemps, les Canadiens sont habitués à glisser ou insérer leurs cartes à puce. Le paiement sans contact rend la transaction plus simple et plus rapide. D'une certaine façon, l'industrie des cartes de crédit est la seule responsable de cette lente adoption du paiement mobile, car elle a rendu la carte en plastique d'aujourd'hui très pratique et facile à utiliser. Les titulaires de carte n'ont jamais à se soucier du niveau de batterie de leurs cartes, ce qui n'est pas le cas lorsqu'ils utilisent leur téléphone.
Et cela remet leur utilisation en question. Malgré son adoption par un groupe d'adeptes précoces et l'engouement de l'industrie suscité par le lancement d'Apple Pay, d'Android Pay et de Samsung Pay, l'utilisation du paiement mobile est toujours incertaine pour la grande majorité des Canadiens. Notamment en raison du fait que les systèmes de paiement ou les applications des fournisseurs de services financiers sont loin d'offrir un véritable portefeuille numérique compatible avec toutes les cartes et tous les fournisseurs de services financiers; ce qui est probablement nécessaire afin d'en assurer l'adoption par les masses. Au Canada, à ce stade du développement, les divers systèmes de paiement mobile représentent une solution à un problème qui n'existe pas encore, ou tout du moins que les Canadiens ne ressentent pas encore. Le temps nous dira si et quand la possibilité d'abandonner nos portefeuilles physiques en faveur d'un portefeuille numérique sur nos téléphones intelligents deviendra la norme ou bien restera l’apanage d'une poignée d'adeptes des nouvelles technologies.

Auteur(s)

  • Adrian Murphy Vice-président, Canada, Ipsos Marketing