Neuf mythes sur les milléniaux : vrais ou faux?

De nouvelles recherches démontrent que certaines « tendances » sont plus justes que d’autres.

Neuf mythes sur les milléniaux : vrais ou faux?

Auteur(s)

  • Luc Durand Président Ipsos, Québec
Get in touch

Chaque jour, 12 000 jeunes de la génération Y (milléniaux) atteignent l’âge de 30 ans. Ils forment une vaste génération avec un énorme potentiel commercial. Et leurs besoins changent. Ils ont fait l’objet de nombreuses études et d’articles à la mode à raison d’environ un par millénial. Mais tous ces articles représentent-ils vraiment la réalité, ou avons-nous émis des conclusions à la hâte? Pour le savoir, GenPop a rencontré des experts en la matière et passé au peigne fin une myriade de données provenant d’Ipsos et d’autres sources. Voici donc notre résumé des mythes et des réalités de la génération Y.

  1. Les milléniaux ne conduisent pas: l’un des mythes les plus persistants est que les milléniaux n’ont jamais eu de permis de conduire, n’ont jamais acheté de véhicules et ne conduiront jamais tant qu’ils auront des vélos et des applications comme Uber. Durant la récession, le nombre total de kilomètres parcourus aux États-Unis a diminué pour la première fois. Cela a conduit certains à déclarer que nous avions atteint « une période de pointe du marché de l’automobile » fondé sur l’hypothèse que les milléniaux avaient alimenté cette tendance. « Nous ne l’avons jamais cru. C’était un mythe dès le début. La réalité était que les milléniaux tardaient à obtenir leur permis et à acheter des véhicules. « C’était une question purement économique », a déclaré Michelle Krebs, analyste principale chez AutoTrader. D’ici 2020, le nombre de jeunes de la génération Y devrait passer de 25 % des acheteurs de voitures neuves à 40 %, selon leur étude. La génération Z, qui succède à la génération Y, a déjà hâte d’obtenir son permis, son véhicule et de prendre la route. Les véhicules sont devenus davantage une nécessité pratique qu’une acquisition ludique. « Ce n’est définitivement pas l’histoire d’amour qu’ont vécu les boomers. »
  2. Les milléniaux ont « raté » leur lancement : il s’agit d’une affirmation subjective pour une tendance selon laquelle les milléniaux ne seraient pas encore « adultes ». La proportion de milléniaux vivant toujours chez leurs parents a atteint un seuil inédit depuis les années 1940. Et celle-ci augmente d’année en année. Le fait que cette tendance se maintient n’est probablement pas dû à une récession. Aujourd’hui, de plus en plus de milléniaux vivent avec leurs parents. En 1975, le même groupe d’âge avait un statut différent en termes de vie avec les parents. À l’époque, la réalité était complètement inversée, où plus de deux personnes sur trois vivaient avec un conjoint. Ils sont aussi plus nombreux à vivre seuls ou avec des conjoints de fait. GenPop a rencontré Neil Howe, un démographe et historien qui a lancé le terme « millénial ». Il a indiqué que : « la vie multigénérationnelle était la norme pendant 99,9 % de l’histoire. Ce qui était inhabituel était plutôt l’expérience vécue durant une ou deux générations après la Seconde Guerre mondiale avec la famille nucléaire. Il ne considère pas « l’échec de lancement » comme un signe d’immaturité. « Dans les années 1970, lorsque les boomers à cheveux longs disaient à leurs parents « Allez au diable » et partaient en claquant la porte… Ah oui, c’était un signe de maturité. Où est l’immaturité dans le fait de bien s’entendre avec vos parents et de planifier une vie en étant plus près les uns des autres ? »
  3. Les milléniaux n’achètent pas de maisons : cette affirmation-là est vraie, jusqu’à un certain point. Les taux d’accession à la propriété ont diminué par rapport à la période de pré-récession, mais ont progressé depuis d’environ 64 %. Aujourd’hui, près du tiers des acheteurs d’habitations sont des jeunes de la génération Y, et environ 37 % de milléniaux plus âgés possèdent une maison. Cependant, plus de la moitié de leurs parents boomers possédaient déjà une maison quand ils avaient cet âge.
  4. Les milléniaux sont tous pareils : il est facile d’assimiler les « milléniaux » aux « hipsters urbains » mais cela ne s’arrête pas là. Par exemple, la génération Y est la génération la plus éduquée, bien que 63 % d’entre eux n’aient pas de diplôme universitaire. Quarante-cinq pour cent des milléniaux n’ont jamais publié d’égoportrait. Les milléniaux sont la génération la plus diversifiée – pour l’instant. Quarante-quatre pour cent sont de races autres que blanche. Mais la génération Z est encore plus diversifiée. Environ 20 % des milléniaux vivent dans la pauvreté. En bref, nous ne devrions pas généraliser trop rapidement 75 millions de personnes.
  5. Les milléniaux adorent la technologie : la relation du millénaire avec la technologie est compliquée. D’une part, « technophile » est le terme le plus utilisé pour décrire cette génération, selon l’étude Tendances mondiales d’Ipsos. La même étude a révélé que 82 % affirment être incapables de vivre sans Internet, mais ils sont également la seule génération où la majorité (57 %) accepte le fait que la technologie « détruit » nos vies. Ce type de statistiques divergentes n’est pas rare avec cette génération.
  6. Les milléniaux sont tous très libéraux : les milléniaux sont plus libéraux – du moins socialement – mais il reste à voir si c’est juste en fonction de l’âge. Les gens ont tendance à devenir conservateurs à mesure qu’ils vieillissent. Pourtant, 39 % de milléniaux ont voté pour Donald Trump aux États-Unis, bien que la participation dans ce groupe d’âge ait été légèrement inférieure à celle des élections récentes.
  7. Les milléniaux sont optimistes : c’est une vérité, mais dans une certaine mesure. L’étude Tendances mondiales a révélé que dans l’ensemble, les milléniaux sont plus optimistes que d’autres générations – mais cela ne veut pas dire qu’ils pensent que tout est parfait. Quelque 66 % souhaitent que leur vie soit plus simple (similairement aux autres générations).
  8. Les milléniaux ont hérité d’un gros bazar : on peut discuter de l’état de la situation, même si atteindre l’âge de la majorité au cours d’une récession peut être considéré comme une mauvaise chose. Ce qui importe, c’est leur perception. Ils ne croient pas avoir eu un si mauvais sort dans la vie dans l’ensemble. Près de la moitié pense qu’ils réussiront mieux économiquement que leurs parents, le taux le plus élevé de toutes les générations sondées.
  9. Les milléniaux sont en voie de changer le monde : éventuellement, oui. La question est de savoir comment. Bruce Gibney, l’auteur de « A Generation of Sociopaths», un récent livre sur les boomers, pense que le sort des milléniaux n’a définitivement pas été généreux, ils ne l’ont tout simplement pas encore réalisé. Lorsqu’éventuellement, ils se rendront à l’évidence, il existe deux réponses possibles à la façon dont ils changeront le monde. « En 2034, quand la sécurité sociale sera considérée insolvable et que les milléniaux se rendront compte qu’ils ne pourront obtenir ce qu’on leur avait promis… Une de leurs réactions sera de doubler la mise sur les concepts de la société et de dire « nous allons supporter le poids de cette génération et venir au secours du système et le réparer à long terme. Ou ils diront peut-être simplement « C’était un mensonge depuis le début et nous allons y mettre un terme ». Neil Howe n’est pas si certain que les boomers ne devanceront pas les milléniaux à cet effet. « Les boomers feront peut-être exploser [le système politique] afin que la jeune génération puisse créer quelque chose de nouveau. Ainsi, du moins, nous pourrons l’adapter aux nouvelles technologies, aux nouveaux modes de vie, aux nouvelles façons de gérer les soins de santé. » Cela peut sembler dystopique, mais il possède la vision à long terme d’un historien. « Le renouveau politique est génial », dit-il. « Que pourrait-il arriver de pire que de voir le genre de dysfonctionnement que nous constatons autour de nous se poursuivre indéfiniment. D’importantes réformes et révisions dans le secteur public ne sont jamais réalisées par une journée de printemps fraîche et ensoleillée. Cela ne se produit jamais comme ça. »

Auteur(s)

  • Luc Durand Président Ipsos, Québec