Baromètre Politique : forte progression pour l'Exécutif en ce début de crise sanitaire

La vague de mars du baromètre de popularité réalisé par Ipsos pour Le Point est marquée par une forte hausse des jugements favorables envers Emmanuel Macron (44%, +14 points) et Edouard Philippe (42%, +13 points), les deux hommes renouant avec les niveaux du début du quinquennat. Dans ce contexte d’unité nationale, la hausse de popularité concerne la quasi-totalité des personnalités politiques testées, et en particulier les membres du Gouvernement. Seuls les personnalités perçues comme les plus critiques vis-à-vis de la gestion de l’exécutif sont pénalisées.

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  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs
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La popularité d’Emmanuel Macron comme celle d’Edouard Philippe sont en forte hausse

Suite au début de l’épidémie de Covid-19 et à l’annonce par le Gouvernement de mesures visant à limiter la contagion du virus, la cote de popularité du président de la République enregistre une très forte progression (+14 points à 44%) et atteint son plus haut niveau depuis juin 2017. Au contraire, les jugements défavorables reculent et atteignent 51% (-12 points). Edouard Philippe voit lui aussi sa cote de popularité progresser : avec 42% de jugements positifs, il gagne 12 points par rapport au mois de février.

La progression de la popularité présidentielle est comparable à celle connue par François Hollande en novembre 2015 après les attentats contre le Bataclan et le Stade de France (+17 points pour atteindre 41%) ou en janvier de la même année après les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Paris (+20 points à 38%). De même, Jacques Chirac après les attentats du 11 septembre 2001(+15 points à 65%) et dans une moindre mesure Nicolas Sarkozy après la crise économique de 2008 (+8 points à 49%). On constate donc en cette période de crise sanitaire un nouvel « effet de ralliement au drapeau » (« Rally ‘round the flag effect »), une notion forgée par le politologue américain John Mueller qui avait établi dans les années 1970 un lien entre les événements dramatiques éprouvés par un pays (guerre, attentats, crise économique soudaine, etc.) et la courbe de popularité de son dirigeant.

Cette évolution est tout particulièrement significative auprès de certaines catégories de la population, et notamment les sympathisants FI/PCF et PS (où la popularité présidentielle double, passant respectivement de 13% à 26% et de 23% à 47%) et les proches du RN (où elle triple, passant de 10% à 29%). A noter aussi des progressions très importantes chez les jeunes (+19 points à 47% chez les 18-34 ans) et les catégories d’âge moyen (+18 points à 41% chez les 35-59 ans) ainsi qu’au sein des catégories populaires, notamment les ouvriers (+26 points à 42%). En revanche, la progression de la popularité du chef de l’Etat est plus limitée dans les catégories où il était déjà relativement haut avant le début de la crise : cadres (+9 points à 56%), ménages aisés (+8 points à 50%), sympathisants LR (+8 points à 46%), 60 ans et plus (+5 points à 45%) ou encore sympathisants LREM (stable à 92%).

Une hausse de la popularité qui concerne la quasi-totalité des personnalités politiques, et notamment les membres du Gouvernement

La quasi-totalité des personnalités de la majorité gouvernementale voient leur popularité nettement progresser. Ainsi, les dirigeants politiques qui gagnent 10 points ou plus ce mois-ci sont tous de membres du Gouvernement : Bruno Le Maire gagne 12 points à 35%, son plus haut score depuis sa candidature à la tête de l’UMP en décembre 2014 (39% à l’époque). Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer et le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner voient leurs cotes de popularité atteindre 29%, avec une forte progression de respectivement 12 et 10 points. Quant à Jean-Yves Le Drian, il gagne 8 points à 38%, enregistrant son meilleur résultat depuis mai 2017 et son entrée dans le Gouvernement d’Edouard Philippe. A noter enfin la forte popularité auprès des Français du nouveau ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran dès son entrée dans le baromètre : dans le contexte actuel, il se place en 7ème position sur 38 dans le palmarès avec 32% de jugements positifs. Son approbation est particulièrement forte auprès des électeurs PS (41%), LR (45%) et LREM (54%).

En dehors de la majorité gouvernementale, d’autres personnalités politiques bénéficient d’une forte hausse de leur popularité : c’est le cas de Anne Hidalgo qui gagne 8 points à 32%, et même 30 points (à 75%) chez les proches du PS et 19 points (à 55%) chez les sympathisants FI/PCF. La maire de Paris est sans doute en partie portée par son très bon résultat au premier tour des élections municipales du 15 mars. Le président LR du Sénat Gérard Larcher gagne 7 points à 23% et même 13 points à 33% auprès des sympathisants LREM, malgré son opposition avec l’exécutif à propos de la suspension du premier tour des municipales. Christian Estrosi et Yannick Jadot sont aussi en forte progression, le maire LR de Nice gagnant 8 points à 27% et le leader écologiste progressant de 5 points à 25%.

Dans ce contexte, seules les personnalités les plus critiques envers l’exécutif stagnent

Les seules personnalités à ne pas bénéficier de cette progression généralisée sont celles qui sont perçues comme les plus critiques de l’action du gouvernement : les cotes de popularité des deux leaders de partis les plus hostiles à la majorité, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, sont stables avec respectivement 22% et 28% de jugements favorables. D’autres responsables qui ont ouvertement critiqué la gestion du Gouvernement dès le début de la crise sont pénalisés : Ségolène Royal perd 1 point à 21% (et même -13 points à 37% chez les sympathisants PS) et Agnès Buzyn recule de 2 points à 20% (avec une chute de 16 points à 45% parmi les sympathisants LREM). Enfin, c’est Gérard Collomb qui perd le plus de points par rapport au mois dernier (-3 points à 19% de jugements favorables), même si ce recul est sans doute davantage lié à son échec lyonnais au premier tour des municipales qu’à la crise sanitaire actuelle.


Voir le baromètre de l'action politique Ipsos / Le Point depuis 1996 :

Fiche technique : enquête réalisée par Ipsos pour Le Point auprès de 1000 personnes interrogées les 20 et 21 mars 2020 et constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs

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