Baromètre Politique : Très fort recul de la popularité de l’Exécutif sous la pression des « gilets jaunes »

La cote de popularité d’Emmanuel Macron recule fortement en décembre (-6 points) pour s’établir à 20% de jugements positifs, soit le plus bas niveau mesuré depuis le début du quinquennat. Une baisse liée à la poursuite de la dégradation de son image parmi les catégories populaires, mais désormais aussi au sein des classes moyennes et supérieures. Le Président entraîne le Premier ministre dans sa chute (22%, -5 points), même si Edouard Philippe suscite des opinions moins tranchées : 39% de jugements « très défavorables » contre 50% pour Emmanuel Macron. Dans ce contexte difficile pour la majorité, la crédibilité des partis d’opposition progresse très légèrement mais reste faible, et leurs leaders ne voient pas leur cote de popularité progresser. Seul Nicolas Dupont-Aignan profite de la séquence (25% de jugements favorables, +6 points) grâce à une forte exposition médiatique qui le hisse à la 13ème place du classement des personnalités testées.

Baromètre Politique : Très fort recul de la popularité de l’Exécutif sous la pression des « gilets jaunes »

Auteur(s)

  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
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La popularité d’Emmanuel Macron recule fortement dans un contexte où le mécontentement s’élargit des catégories populaires aux classes moyennes

La popularité d’Emmanuel Macron recule de 6 points pour s’établir à 20% en décembre, soit le plus bas niveau depuis le début de son quinquennat. En parallèle, les jugements défavorables progressent eux aussi de 6 points (76%), parmi lesquels 50% (+6 points) ont désormais une opinion « très défavorable » sur l’action du président de la République.

Le recul que l’on enregistrait déjà le mois dernier auprès des catégories populaires se confirme et s’amplifie : -8 points chez les ouvriers pour s’établir à 5% seulement de jugements favorables, -8 points chez les détenteurs d’un diplôme inférieur au baccalauréat (12%) et -4 points chez ceux disposant d’un revenu modeste (14%). Mais le mécontentement se propage plus largement aux classes moyennes et supérieures : le Président perd 5 points chez les cadres (35%) et 8 points chez les professions intermédiaires (19%), et il recule aussi nettement chez les ménages aisés (29%, -4 points) et chez les personnes disposant d’un diplôme supérieur au baccalauréat (28%, -8 points). A noter aussi le très fort recul mesuré chez les retraités : -12 points, avec une popularité de seulement 19% au sein de cette catégorie traditionnellement légitimiste.

L’évolution de la popularité d’Emmanuel Macron selon la catégorie socio-professionnelle
L’évolution de la popularité d’Emmanuel Macron selon la catégorie socio-professionnelle

Politiquement, le recul concerne là aussi toutes les catégories, mais le mouvement le plus notable concerne la baisse de 8 points parmi les sympathisants LREM, la popularité du chef de l’Etat atteignant au sein de ce groupe son plus bas niveau depuis l’élection présidentielle (81%). Parmi les électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle, seuls 57% déclarent encore lui faire confiance, contre 65% il y a encore deux mois. Ce socle électoral est désormais isolé par des électeurs très largement mécontents, aussi bien dans les partis d’opposition de gauche que de droite : 79% de jugements défavorables chez les sympathisants LR (+6 points), 80% chez les proches du PS (+2 points), 92% au sein de la FI (+2 points) et 94% au RN (+7 points).

L’évolution de la popularité d’Emmanuel Macron selon la proximité partisane
L’évolution de la popularité d’Emmanuel Macron selon la proximité partisane

Dans ce contexte, la popularité du Premier ministre recule tout aussi nettement (-5 points à 22%), là aussi le plus bas niveau depuis sa nomination à Matignon. Si 85% des sympathisants LREM conservent leur confiance à Edouard Philippe, ils ne sont plus que 21% à en dire autant chez les sympathisants de son ancien parti Les Républicains, en très forte baisse en décembre (-13 points, après un recul de 6 points en novembre). Il se situe presque au plus bas niveau enregistré pour un Premier ministre dans le baromètre Ipsos/Le Point depuis son lancement en 1996, seuls Jean-Marc Ayrault (21% en novembre 2013) et Bernard Cazeneuve (20% en juin 2016) s’étant situés à un niveau inférieur durant leur passage à Matignon. A noter toutefois que le Premier ministre suscite moins de jugements marqués que le Président : seuls 39% portent un jugement « très défavorable » sur son action, contre 50% pour Emmanuel Macron. C’est bien ce dernier qui cristallise l’opposition d’une majorité des Français.

L’opposition ne profite guère des déboires de la majorité

Dans ce contexte particulièrement difficile pour la majorité, la crédibilité des partis d’opposition reste très largement mise en doute par les Français, qui ne semblent pas à ce stade voir en eux des alternatives réalistes : 21% pensent que le RN « ferait mieux » s’il était au pouvoir que le Gouvernement actuel, mais 40% estiment qu’il « ferait moins bien » ; 19% estiment que la FI et LR « feraient mieux », mais respectivement 39% et 21% disent qu’ils « feraient moins bien » ; quant au PS, il « ferait mieux » que la majorité actuelle pour seulement 11% des Français, 30% étant d’un avis inverse. Entre 39% et 60% estiment donc que chacun de ces partis ferait « ni mieux, ni moins bien », un signe supplémentaire du rejet des partis politiques dans l’opinion. Toutefois, la proportion de Français qui estiment que ces partis feraient moins bien recule fortement par rapport à janvier 2018 (entre -8 points pour la FI et -19 points pour le PS), une tendance cohérente avec la fragilisation de la position de l’Exécutif et donc de LREM.

De fait, les leaders des principaux partis d’opposition ne profitent guère de la crise : avec 27% de jugements favorables, Marine Le Pen est stable et se situe à la 9ème place du classement des personnalités ; Jean-Luc Mélenchon gagne 2 points pour s’établir à 26% de jugement favorables, soit la 12ème place; Laurent Wauquiez recule de 3 points à 15% et se situe désormais en 27ème position ; enfin, Olivier Faure, s’il progresse de 3 points avec 12% de jugements favorables n’en reste pas moins à la 31ème place du classement sur 34 personnalités testées.

Seul Nicolas Dupont-Aignan, très visible durant le mouvement des « gilets jaunes », profite clairement de la séquence en termes de popularité : il progresse de 6 points et ce sont désormais 25% des Français qui émettent un jugement favorable à son égard (contre 63% un jugement défavorable, +1 point). Il est désormais la 3ème personnalité préférée des sympathisants RN (49%, +23 points) derrière Marine Le Pen (88%) et sa nièce Marion (75%), et sa popularité est aussi non négligeable chez les proches de LR (32%, stable). Son exposition médiatique récente lui a donc permis d’engranger des gains en termes de notoriété à l’extrême-droite de l’échiquier politique. A noter aussi la progression de Nicolas Sarkozy (32%, +4 points et en 5ème position du classement), alors que l’ancien Président a récemment évoqué la possibilité d’un retour dans le jeu politique.

Voir le baromètre de l'action politique Ipsos / Le Point depuis 1996 :

Fiche technique :
Enquuête réalisée par Ipsos pour Le Point auprès de 971 personnes interrogées les 7 et 8 décembre 2018 et constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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