Baromètre Politique : une rentrée difficile pour les candidats déclarés ou potentiels à l’élection Présidentielle

Découvrez le dernier baromètre politique Ipsos / Le Point.

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  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Public Affairs
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DES FRANÇAIS DÉÇUS PAR LA PRÉ-CAMPAGNE ?

Le contexte général de forte morosité en France, lié à une crise économique profonde et durable et à un danger terroriste toujours plus fort, risque de marquer de son empreinte l’élection présidentielle, mais aussi de reléguer au second plan des stratégies politiciennes perçues de manière encore plus négative qu’à l’accoutumé. De fait, la pré-campagne électorale, marquée ces dernières semaines par la préparation des primaires à droite comme à gauche et par de nombreuses annonces de candidature, semble déjà lasser les Français.

Une morosité et une lassitude que l’on retrouve dans les résultats de la dernière vague de notre baromètre. Ainsi, 18 des 32 personnalités testées reculent en septembre, contre seulement 9 qui progressent, souvent très légèrement. Et seules deux personnalités, parmi lesquelles Alain Juppé, enregistrent désormais plus d’opinions favorables à leur égard que d’opinions défavorables. Une vague qui rappelle combien la campagne électorale s’annonce difficile non seulement pour les principaux prétendants, mais aussi pour l’ensemble du personnel politique.  

FRANÇOIS HOLLANDE EN POSITION DE GRANDE FAIBLESSE

L’annonce de baisses d’impôts en faveur des classes moyennes, le discours très offensif de Wagram ou encore l’attentat déjoué au cœur de Paris n’ont pas permis au président de la République de sortir de l’ornière. À huit mois du scrutin présidentiel, seuls 15% des Français jugent favorablement son action, en baisse de 3 points, quand 80% (+5 points) émettent une opinion négative. Évolution similaire pour Manuel Valls, qui perd 3 points à 23% de jugements positifs. Par rapport à la rentrée 2015, François Hollande a perdu 9 points de popularité, une évolution négative liée à un contexte économique et sécuritaire très tendu, mais aussi à des mesures qui, en un an, ont profondément troublé ses partisans : débat autour de la déchéance de nationalité, mouvement social contre la loi Travail, etc.

À tel point que seule une minorité des sympathisants PS (44%, -1 point) se prononce favorablement à l’égard de l’action du chef de l’État. La situation de François Hollande est donc bien plus sombre encore que celle de Nicolas Sarkozy à la rentrée 2011 : à l’époque, 35% des Français et 84% des sympathisants UMP approuvaient l’ancien Président.

À GAUCHE, NI MACRON, NI MONTEBOURG NE PROFITENT D’UN MOUVEMENT D’OPINION

Seul touche d’espoir pour François Hollande dans la perspective des primaires, aucun concurrent au sein de son camp ne suscite une adhésion nettement plus forte. Si 44% des sympathisants socialistes approuvent l’action du Président, Manuel Valls (45%) ou Arnaud Montebourg (42%) ne font pas mieux, et Emmanuel Macron (39%) comme Benoit Hamon (32%) se situent à des niveaux sensiblement inférieurs.

Auprès de l’ensemble des Français, les concurrents potentiels du chef de l’État sont aussi en situation difficile :

La décision d’Emmanuel Macron de démissionner de son poste de ministre et les rumeurs sur une possible candidature à l’élection présidentielle n’ont pas entrainé de mouvement d’opinion en sa faveur : 37% des Français jugent favorablement son action, en baisse de 2 points. Surtout, la cote de popularité de l’ancien Ministre est en recul sensible auprès des Français depuis quelques mois (-6 points depuis mai), et elle s’effondre même auprès des sympathisants PS (-19 points depuis mai).
Sur sa gauche, ni Arnaud Montebourg, ni Benoît Hamon ne progressent significativement depuis leurs déclarations de candidature. Si l’ancien Ministre de l’économie est jugé favorablement par 30% des Français (+2 points), sa popularité ne progresse pas, se situant entre 28% et 33% depuis un an. Et si on constate une remontée sensible auprès des sympathisants PS (42%, +9 points en deux mois), elle ne lui permet pas de se détacher des autres candidats déclarés ou putatifs. Quant à Benoit Hamon, son entrée en campagne ne rencontre pas l’écho espéré : il perd 4 points auprès de l’ensemble des Français (20%), et reste stable avec 32% d’opinions favorables chez les sympathisants socialistes. Surtout, les deux candidats de l’aile gauche du PS souffrent encore d’un certain déficit de notoriété : 29% des Français (et 23% des sympathisants PS) n’ont pas d’opinion à l’égard d’Arnaud Montebourg, un chiffre qui atteint 40% en ce qui concerne Benoît Hamon (29% au PS).

Quant aux personnalités situées à la gauche du PS, elles ne profitent ni de l’impopularité de l’Exécutif, ni des divisions de la majorité. Avec 31% d’opinions favorables (-2 points), Jean-Luc Mélenchon ne s’élève pas au-dessus des niveaux très stables qu’il connaît depuis le début 2015 (entre 27% et 34% de popularité). Et s’il reste très populaire chez les sympathisants FdG (72%), il n’en perd pas moins 11 points dans cette catégorie, soit son plus mauvais score en deux ans.

La dirigeante d’EELV est quant à elle vue favorablement par 21% des Français, un chiffre là aussi stable depuis un an et demi et qui, à l’approche de l’élection présidentielle, ne montre aucun signe de frémissement. Surtout, si Cécile Duflot est naturellement plus populaire parmi les sympathisants écologistes (46%), elle est devancée au sein de cet électorat par Jean-Luc Mélenchon (55%) et talonnée par Arnaud Montebourg (44%) et Benoit Hamon (42%). L’ancienne Ministre aborde donc les échéances électorales en faisant face à une concurrence vive au sein même de son camp.

À DROITE, LA PLUPART DES CANDIDATS À LA PRIMAIRE SONT EN RECUL AUPRÈS DES SYMPATHISANTS LR

Alain Juppé reste en tête de notre baromètre : il est la seule personnalité politique en activité à recueillir plus d’opinions favorables (48%) que défavorables (38%). Un chiffre qui n’a toutefois rien de satisfaisant pour l’ancien Premier ministre, puisqu’il s’agit aussi de son plus mauvais résultat depuis février 2014. Il n’en reste pas moins que Alain Juppé devance très largement ses principaux concurrents pour la primaire : François Fillon, dont l’action est jugée favorablement par 34% des sondés, soit son plus mauvais résultat depuis son départ de Matignon en 2012 ; Bruno Le Maire qui, avec 27% de popularité, ne décolle toujours pas et reste méconnu de plus du tiers des Français (36%) ;  et Nicolas Sarkozy, qui, avec 26% d’opinions favorables et 69% d’opinions défavorables, obtient son plus mauvais résultat depuis... février 2001. Ses résultats sont d’ailleurs similaires à ceux de Marine Le Pen, signe du rejet que l’ancien Président suscite chez une majorité des Français.

Chez les sympathisants LR, qui formeront le cœur de l’électorat de la primaire de novembre, le mécontentement à l’égard des principaux prétendants est très vif, conduisant à une dégradation généralisée du jugement envers les principaux leaders depuis deux mois. S’il reste là aussi en tête du classement, Alain Juppé perd 7 points de popularité, à 66%, devant François Fillon (58%, -8 points). Nicolas Sarkozy reste stable à 55% à son plus bas niveau depuis sa défaite de 2012. Baisse aussi de Bruno Le Maire (46%, -5 points) et de Nathalie Kosciusko-Morizet (40%, -7 points).

UNE PRIME AUX RESPONSABLES POLITIQUES PERÇUS COMME GÉRANT DES DOSSIERS CONCRETS

Dans ce contexte de morosité vis-à-vis de responsables politiques que les Français perçoivent comme avant tout préoccupés par les enjeux électoraux, les rares personnalités à progresser sont celles qui mettent au centre de leur actualité des enjeux concrets et parlants pour l’opinion. Ségolène Royal progresse ainsi de 6 points pour s’établir à 40% de jugements favorables, à la troisième place de notre classement. Elle est même seconde chez les sympathisants socialistes à 67% (+9 points). Une progression qui s’explique par l’exposition médiatique récente de la ministre sur des sujets en relation avec ses prérogatives : débats autour des « boues rouges » à Cassis puis de l’extraction de sable à Lannion, lancement d’un incubateur de start-up écologiques à Champs-sur-Marne, etc. Même séquence favorable pour Najat Vallaud-Belkacem, qui profite d’une rentrée scolaire réussie pour gagner 3 points de popularité (27%).

Voir le baromètre de l'action politique Ipsos Le Point depuis 1996 :
 

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