Présidentielle 2022 : aucun candidat ne tire encore son épingle du jeu à ce jour

La nouvelle vague de l’Enquête Electorale Française, réalisée du 9 au 15 avril par Ipsos et Sopra Steria pour le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde, se penche notamment sur le bilan d’Emmanuel Macron quatre ans après son arrivée à l’Elysée, son image et celle de ses principaux adversaires, ainsi que les intentions de vote pour la prochaine élection présidentielle. Le dispositif mis en place (suivi depuis novembre 2015 d’un large échantillon de 10 000 Français représentatif de la population âgée de 18 ans et plus) permet une analyse précise des tendances à l’œuvre dans l’opinion.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
  • Laurène Boisson Chef de groupe, Public Affairs
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Dans un monde extrêmement imprévisible et une campagne électorale plus labile que jamais, l’image des candidats est un des rares pôles de stabilité. Sans être gravée dans le marbre, elle évolue en général peu et quand c’est le cas, avec du temps. Certains traits peuvent donc s’atténuer ou se renforcer mais il est exceptionnel qu’une image s’inverse. Plusieurs enseignements peuvent donc être tirés.

Le premier est tout simplement que les Français n’ont pas une bonne image de leurs candidats potentiels. Quelle que soient les dimensions proposées (volonté de changer vraiment les choses, présidentialité, capacité à donner une bonne image de la France à l’étranger, aptitude à bien comprendre les problèmes des gens et inquiétude suscitée par le candidat), les notes moyennes données sur une échelle de 0 à 10 vont de 2,4 à 5,0 au maximum. C’est peu.

La brutalité du constat, et c’est le deuxième enseignement, s’atténue en partie quand on analyse ces notes par famille politique. Elle permet d’identifier 3 catégories de candidats. Ainsi, les sympathisants LREM donnent à Emmanuel Macron des notes élevées (entre 6,4 et 8,4) tout comme ceux du RN le font à propos de Marine Le Pen (de 6,8 à 8,3) et, dans une moindre mesure, ceux de la France Insoumise à Jean-Luc Mélenchon (de 6,2 à 8,0). Pour ces 3 candidats, il y a donc une intensité de soutien, une fierté même à l’égard de leur candidat, qui reste forte. A l’autre extrême, on trouve des candidats qui même dans leur famille politique d’origine, peinent à entraîner. C’est le cas de Bruno Retailleau chez les sympathisants LR (note de 4,4 à 4,8 seulement), d’Anne Hidalgo chez les PS (notes de 4,9 à 5,3) et, dans une moindre mesure, de Valérie Pécresse chez les LR (notes de 5,5 à 5,7) et de Yannick Jadot chez EELV (notes de 5,5 à 6,8). Entre ces deux familles de candidats, Xavier Bertrand se situe dans une zone intermédiaire (notes allant de 6,1 à 6,2).

Le troisième enseignement est que toutes les dimensions testées ne se valent pas et que chaque candidat a une structure d’image particulière. Marine Le Pen est ainsi celle qui donne le plus aux Français le sentiment de vouloir changer les choses (4,9). C’est une force, tout comme le fait de bien comprendre les problèmes des gens (3,9, à égalité avec Xavier Bertrand). Mais elle peine encore en présidentialité (3,6), derrière Emmanuel Macron (5,0) et Xavier Bertrand (4,1), donnerait une mauvaise image de la France à l’étranger (3,0, avant dernière du tableau) et inquiète toujours les Français (5,9, tout comme Jean-Luc Mélenchon). Emmanuel Macron a le plus l’étoffe d’un Président (5,0), donne le plus une bonne image du pays à l’étranger (4,8) et veut toujours changer les choses (4,3) mais il peine à comprendre les Français (3,2) et n’est pas sans inquiéter (4,9). Jean-Luc Mélenchon veut changer les choses (3,6) mais n’a pas l’étoffe d’un Président (2,6) et donnerait une mauvaise image à l’étranger (2,4). Pour tous les autres candidats enfin, les notes sont beaucoup plus resserrées, signe qu’ils sont considérés comme sans aspérité et/ou moins connus.

Le 4ème enseignement tient au fait qu’une élection n’est pas une question de notation mais un choix. Au-delà de leurs forces et de leurs faiblesses respectives, un enjeu important est donc de savoir si les Français considèrent qu’un candidat ferait mieux que l’actuel Président. En l’état actuel, la réponse est non : tous les candidats feraient soit ni mieux ni moins bien, soit moins bien. La candidate qui suscite le plus d‘espoir est Marine Le Pen (28% de « ferait mieux ») mais son différentiel reste largement négatif puisque 47% estiment qu’elle « ferait moins bien ». Les autres sont loin derrière, sauf Xavier Bertrand qui occupe une situation particulière : il suscite un peu d’espoir (21% de ferait mieux) et peu de rejet (22% de ferait moins bien), le sentiment dominant, et le plus élevé de tous les candidats, étant qu’il ferait « ni mieux ni moins bien » (57%). Mais comme pour l’image, il faut regarder cet indicateur par famille politique. 86% des sympathisants de la France Insoumise et 88% de ceux du RN sont persuadés que leur champion ferait mieux que Macron. Leur problème est donc de convaincre au-delà de leur base. A l’inverse, seulement 57% des sympathisants EELV, 57% des LR et surtout, 41% des PS estiment que leur champion ou championne ferait mieux que l’actuel Président. Leur première bataille est donc de convaincre au sein même de leur famille politique.

Dans ce paysage encore anesthésié par la présence du Covid, première préoccupation des Français, une conclusion s’impose : contrairement à, par exemple, 2007, les candidats potentiels de 2022 suscitent peu d’enthousiasme en termes d’image et peu d’espoir pour faire mieux que l’actuel président. On comprend que dans ce contexte, l’intérêt pour l’élection soit faible et de 8 points inférieur à ce qu’il était 1 an avant la présidentielle de 2017. Macron et Le Pen partent donc favoris. Mais il reste 12 mois aux autres candidats pour inverser la tendance.  


Fiche technique : enquête menée par Ipsos et Sopra Steria pour le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde, du 9 au 15 avril 2021 auprès de 10 000 personnes, constituant un échantillon national représentatif de la population française, inscrite sur les listes électorales, âgée de 18 ans et plus.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
  • Laurène Boisson Chef de groupe, Public Affairs

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