Profil des électeurs québécois

Le mécontentement est palpable et généralisé chez les électeurs de la province

Profil des électeurs québécois

Auteur(s)

  • Sébastien Dallaire Président, Ipsos Québec
Get in touch

Montréal, Québec — Les électeurs québécois sont unis dans leur mécontentement envers la classe politique.  Selon notre plus récent sondage Ipsos – La Presse, tenu auprès de 2 001 électeurs québécois, ces mêmes électeurs ne sont pas divisés sur la plupart des grands enjeux : ils sont surtout mécontents et veulent que les choses changent.

Les grandes lignes de ce sondage :

  • Les électeurs Québécois sont unis dans leur mécontentement envers la classe politique. Ils ne sont pas divisés sur la plupart des grands enjeux, mais bien d’accord sur le besoin de faire bouger les choses.
  • Les électeurs sentent le Québec sclérosé et plutôt mal préparé aux défis à venir et ce, même s’ils sont généralement satisfaits de leur situation personnelle (finances, famille et vie professionnelle).
  • Les électeurs Québécois veulent que les choses changent. Cela signifie plus qu’un changement de gouvernement. Ils veulent être entendus, veulent un changement de système, un changement des enjeux et un changement de ton de la part de la classe politique.
  • Sur les questions très médiatisée des symboles religieux et des valeurs québécoises, les électeurs ont un message clair envers les élus qui soulèvent ces questions : ils d’accords sur le fait qu’il y a un problème à régler, mais ils sont aussi fortement d’accord pour dire que la classe politique parle trop de ces questions.
  • Il n’y a pas de grandes divisions au Québec sur le rôle de l’État : malgré certaines différences d’opinions selon les intentions de vote et les régions, les Québécois continuent de croire en l’importance de l’intervention étatique.

Le Québec face aux défis à venir

Q. Selon vous, le Québec actuel est-il bien positionné pour faire face aux grands défis suivants?

(% bien positionné)

Les changements économiques et sociaux qui seront créés par les nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle ou le transport autonome.

45%

La protection de l'environnement et la lutte aux changements climatiques.

43%

Le vieillissement de la population.

25%

Les besoins grandissants dans le domaine de la santé.

25%

Malgré les points de vue positifs quant à leur vie en général et à leur confiance en leur avenir et celui de leur famille, les Québécois ne sont pas du tout convaincus que le Québec soit en bonne position pour faire face à l’avenir, surtout pour ce qui a trait au vieillissement de la population et aux besoins dans le domaine de la santé.

  • Les hommes sont un peu plus positifs que les femmes, surtout concernant la protection de l’environnement (51% bien positionné contre 36% chez les femmes) et les changements économiques et sociaux créés pas les nouvelles technologies (49% contre 41%).
  • Les non-francophones sont plus optimistes sur le positionnement de la province face à tous les défis, avec des écarts de 8 à 13 points de pourcentage. Ceci se reflète dans un optimiste généralement un peu plus élevé sur l’Île de Montréal que dans les autres régions du Québec.
  • L’optimisme croît aussi avec le niveau d’éducation quant au positionnement du Québec pour la protection de l’environnement (51% bien positionné selon les diplômés universitaires) et l’adaptation aux nouvelles technologies (56% bien positionné selon ces mêmes diplômés).

Satisfaction avec leur vie actuelle

Q. Quand vous pensez aux éléments suivants de votre vie, diriez-vous que vous êtes...?

(% satisfaits)

Votre vie de famille

87%

Votre vie sociale (amis, communauté, etc.)

84%

Votre vie professionnelle (carrière, emploi, études, etc.)

78%

Vos finances personnelles

69%

Les Québécois sont plutôt satisfaits de leur situation personnelle, malgré un niveau de satisfaction un peu moins élevé pour ce qui est de leurs finances personnelles.

  • Les Québécois âgés de 55 ans et plus sont particulièrement satisfaits dans les quatre domaines.
  • Il y a peu de différences notables d’un point de vue des régions ou des divers groupes démographiques, mis à part pour l’éducation et le revenu. La satisfaction augmente ainsi avec le niveau d’éducation et avec le revenu des foyers.

Confiance en l’avenir 

Q. Quand vous pensez aux 10 années à venir, à quel point êtes-vous confiant(e) que vous et/ou votre famille...?

(% Confiant)

Pourrez atteindre vos objectifs de vie, vos rêves

72%

Aurez assez d'argent pour vivre confortablement

68%

Aurez accès à un système d'éducation de qualité

66%

Aurez accès à des emplois enrichissants et bien payés

61%

Pourrez acheter une propriété si vous le désirez

59%

Aurez accès à des soins de santé de qualité

57%

Les Québécois sont plutôt optimistes quand ils pensent aux 10 prochaines années, mais les résultats sont moins forts que ceux observés par rapport à leur situation actuelle. L’accès aux soins de santé, l’achat d’une propriété et l’accès à des emplois enrichissants causent un peu plus d’incertitude.

  • Les jeunes de 18-34 ans sont plus optimistes que les autres groupes d’âge dans la plupart des domaines, avec des écarts allant de 4 à 13 points de pourcentage selon les sujets.
  • Les hommes ont aussi tendance à être un peu plus optimistes (écarts de 3 à 6 points).
  • Fait intéressant, les non-francophones sont beaucoup plus optimistes quant à l’accès aux soins de santé (69% contre 54% pour les francophones) et l’accès à un système d’éducation de qualité (77%).
  • La confiance face à l’avenir croît avec le niveau d’éducation, avec des écarts allant jusqu’à 35 points de pourcentage entre les moins éduqués et les plus éduqués. Des chiffres très similaires s’observent quant à l’effet très marqué du niveau de revenu. Le seul item pour lequel les niveaux d’éducation et de revenu ont un impact minime est l’accès aux soins de santé. Là, le statut socioéconomique n’a que peu d’importance.
  • Il n’y a pas de différences régionales importantes sur ces questions.

Inquiétudes face à l’emploi

Q. Dans quelle mesure êtes-vous en accord ou en désaccord avec les énoncés suivants concernant votre emploi? (% d’accord)

Mon revenu n'a que peu ou pas augmenté depuis plusieurs années.

47%

J'ai grandement besoin d’un nouvel emploi avec un meilleur salaire et des bénéfices plus importants.

33%

J'ai souvent peur de perdre mon emploi.

19%

* REMARQUE: Ces questions ont été posées à tous les répondants, peu importe leur statut professionnel principal, car certains peuvent être à la fois étudiants et travailleurs à temps partiel, retraités et travailleurs à contrat, etc. Les répondants avaient l’option de répondre « ne s’applique pas » pour chacun des items.

Une proportion importante de Québécois, surtout chez les travailleurs, aimerait voir leur situation s’améliorer. Le tiers (33%) dit avoir besoin d’un nouvel emploi mieux rémunéré. Cette proportion grimpe à 45% chez ceux qui se définissent comme des travailleurs. Près de la moitié des Québécois (47%) nous disent que leur revenu n’a pas augmenté depuis plusieurs années. Parmi ceux qui se définissent comme des travailleurs, cette proportion grimpe à 61%. D’autres s’inquiètent souvent de perdre leur emploi. Plus d’une personne sur quatre (27%) étant sur le marché du travail a peur de perdre son emploi, ou 19% de la population québécoise en général.

Vision de la politique au Québec

Q. Dans quelle mesure êtes-vous en accord ou en désaccord avec les énoncés suivants

concernant la politique au Québec?

(% d’accord)

Nos politiciens devraient être moins politiquement corrects et oser dire ce qu’ils pensent tout haut, même si ça peut choquer.

85%

La Commission Charbonneau n'a rien changé aux problèmes de corruption dans le financement des partis politiques au Québec.

83%

Il est temps de complètement transformer le système de parti actuel au Québec.

81%

Les partis politiques ne se préoccupent pas des gens comme moi.

81%

Il faut plus de femmes à l'Assemblée nationale et au Conseil des ministres.

81%

Nous passons trop de temps à débattre de sujets reliés aux symboles religieux et aux accommodements raisonnables.

78%

Le débat sur la souveraineté du Québec est dépassé et ne devrait plus faire partie des enjeux lors de la prochaine campagne électorale.

74%

Les électeurs québécois expriment très clairement leur mécontentement sur beaucoup d’enjeux reliés à la politique au Québec. Ils veulent que ça change, que les élus parlent plus franchement, et que certains enjeux qui dominent le discours politique au Québec, comme le débat sur la souveraineté et celui sur les accommodements raisonnables, fassent place à autre chose. Ils ne sentent pas écoutés et ne croient pas que la Commission Charbonneau ait eu l’effet escompté. Ils sont aussi d’avis qu’il est temps de promouvoir plus activement l’égalité homme – femme sur la scène politique.

Fait important : les Québécois ne sont pas fortement divisés sur ces questions, mais sont plutôt unis dans leur frustration collective. Les écarts régionaux, partisans et démographiques sur ces questions sont faibles. On parle de différences de degrés d’accord, mais non pas de désaccord sur ces questions.

  • Les électeurs du PLQ apparaissent comment étant un peu moins mécontents que ceux des autres partis sur toutes ces questions.
  • Les électeurs de la CAQ sont un peu plus mécontents que les autres, sans être très différents. Fait intéressant considérant les positions défendues par la CAQ au cours des dernières années, huit électeurs de ce parti sur dix (80%) disent que nous passons trop de temps à débattre de sujets reliés aux symboles religieux et aux accommodements raisonnables, se classant au second rang derrière les électeurs libéraux (84%) sur ce point.  
  • Les électeurs péquistes sont moins susceptibles de croire que le débat sur la souveraineté est dépassé, bien que 38% d’entre eux soient néanmoins d’accord avec cet énoncé. Six électeurs de Québec solidaire sur dix (61%) sont d’accord avec l’idée que le débat sur la souveraineté est dépassé. Les électeurs péquistes sont aussi un peu moins susceptibles que ceux des autres partis à croire que nous passons trop de temps à débattre d’enjeux reliés aux symboles religieux et aux accommodements raisonnables.

La société québécoise

Q. Dans quelle mesure êtes-vous en accord ou en désaccord avec les énoncés suivants

concernant la société québécoise?

(% d’accord)

Les immigrants nous imposent trop souvent leurs valeurs et leurs religions.

76%

Personne ne tient compte de l'opinion des gens comme moi.

75%

Le Canada et le Québec sont allés trop loin en accueillant trop de réfugiés.

71%

Le Québec est trop politiquement correct.

68%

Le Québec est figé depuis près de 30 ans.

66%

Le Québec en est déclin.

59%

Tout comme pour les questions précédentes sur la politique au Québec, on dénote un fort mécontentement chez les Québécois quant à certains enjeux sociaux d’importance pour la province. Mais nous ne parlons toujours pas de division au sein de l’électorat. Mécontents, oui, mais peu divisés. Une forte majorité d’électeurs est d’accord avec le fait que le Québec est figé depuis près de 30 ans et les électeurs de tous les partis sauf le PLQ pensent que le Québec est en déclin. Les Québécois veulent tourner une page, passer à autre chose, mais ils sentent que leur message n’est pas compris, que « personne ne tient compte de l’opinion des gens comme moi » (75% d’accord). 

Il est par ailleurs clair que les Québécois s’inquiètent de l’impact de l’immigration et de l’arrivée de réfugiés sur la société québécoise et ses valeurs. Ceci ne va pas à l’encontre de leur réaction citée précédemment face à l’importance trop grande accordée au débat sur les symboles religieux et les accommodements raisonnables. Tout simplement, les Québécois sont inquiets, mais trouvent qu’on parle trop de ces enjeux.

  • Sur ces questions, les jeunes de 18-34 ans portent des jugements différents. Ils sont tout aussi d’accord que les plus âgés avec les idées que le Québec est figé (62%) et qu’il est en déclin (60%), mais beaucoup moins susceptibles que les autres groupes d’âge d’être en accord avec tous les autres énoncés, avec des écarts de 15 à 20 points. Ils veulent donc que le Québec change, mais semblent moins frustrés.
  • Les non-francophones sont moins susceptibles d’être en accord avec les deux énoncés sur le fait que le Canada et le Québec sont allés trop loin quant à la quantité d’immigrants et de réfugiés (62% contre 74% pour les francophones) et sur le fait que les immigrants imposent leurs valeurs (63% contre 80%), mais partagent des points de vue semblables sur les autres items dans la liste.
  • Sur les enjeux reliés à l’immigration, l’Île de Montréal diffère des autres régions du Québec, incluant la couronne ceinturant l’île. Les habitants de l’île sont ainsi un peu moins inquiets du nombre d’immigrants et de réfugiés (65% contre 76% pour la province), ainsi que de l’imposition de leurs valeurs (65% contre 71% pour la province).
  • Les détenteurs de diplômes universitaires sont moins susceptibles d’être en accord avec les deux énoncés sur le nombre d’immigrants et de réfugiés (60% d’accord), ainsi que de l’imposition de leurs valeurs (58% d’accord), mais n’en demeurent pas moins d’accord en majorité.

Le rôle de l’État québécois

Q. Dans quelle mesure êtes-vous en accord ou en désaccord avec les énoncés suivants

concernant le Québec? (% d’accord)

Le Québec doit en faire beaucoup plus pour protéger l'environnement et combattre les changements climatiques, quitte à ralentir la croissance économique pour quelques années.

76%

Le Québec doit diminuer le rôle du gouvernement dans nos vies et faire plus de place aux libertés individuelles.

76%

Le Québec doit investir massivement dans les programmes sociaux (santé, éducation, assistance aux plus démunis), quitte à augmenter les taxes et impôts.

73%

Le Québec doit diminuer la présence de l'État dans l'économie pour laisser plus de place au secteur privé.

63%

Encore ici, les électeurs québécois démontrent une grande unité dans leur vision. Ils sont d’accord avec les idées que le Québec doit en faire plus pour protéger l’environnement quitte à ralentir la croissance économique et que le Québec doit aussi investir massivement dans les programmes sociaux quitte à augmenter les taxes et impôts. Il n’y a donc pas de grande remise en question du bien-fondé de l’intervention étatique. En même temps, les électeurs croient que l’État devrait laisser plus de place aux libertés individuelles et à l’entreprise privée, n’y voyant pas de contradiction avec un rôle important pour la protection de l’environnement et l’investissement dans les programmes sociaux.

Les électeurs de la région de Québec se distinguent quelque peu de ceux des autres régions de la province, étant proportionnellement plus nombreux à dire que le Québec doit diminuer la présence de l’État dans l’économie et laisser plus de place au privé (69%). Ils sont aussi moins susceptibles d’être d’accord avec l’idée d’investir massivement dans les programmes sociaux quitte à augmenter les taxes et impôts (62%) ou à en faire plus pour protéger l’environnement et lutter contre les changements climatiques quitte à ralentir la croissance (66%). Mais clairement, ils demeurent favorables à ces idées et nous ne pouvons pas parler de fracture avec les autres régions.

La confiance envers les groupes et institutions

Q. Dans quelle mesure faites-vous confiance à l'information provenant des institutions ou groupes suivants concernant les enjeux importants pour le Québec?

(% confiance)

Les scientifiques (chercheurs, professeurs d'université)

85%

Les groupes environnementaux

61%

Les médias d'information

58%

Les chefs d'entreprises

47%

Les plateformes de médias sociaux

31%

Les politiciens

18%

La confiance envers différents groupes et institutions varie grandement. Les scientifiques et, dans une moindre mesure, les groupes environnementaux et les médias d’information, jouissent de la confiance d’une majorité de Québécois. Les chefs d’entreprise ne s’en tirent pas trop mal, loin devant les médias sociaux et surtout, les politiciens.

  • Fait intéressant, les jeunes de 18 à 34 ans (46%) font moins confiance aux médias d’information que les membres des autres groupes d’âge.
  • Les Québécois n’ayant pas obtenu leur diplôme secondaire (52%) et ceux ayant un diplôme secondaire (34%) font plus confiance aux plateformes de médias sociaux que ceux ayant fait des études post-secondaires.

L’effet de diverses élections récentes

Q. Selon vous, est-ce que la situation s'est améliorée ou détériorée? (% améliorée)

À Montréal depuis l'élection de Valérie Plante?

47%

Au Canada depuis l'élection de Justin Trudeau?

46%

Au Québec depuis l'élection de Philippe Couillard?

37%

Aux États-Unis depuis l'élection de Donald Trump?

18%

Les électeurs sont plus positifs quant à l’effet de l’élection de Valérie Plante sur Montréal et de Justin Trudeau sur le Canada qu’à celui de l’élection de Philippe Couillard sur le Québec. Aussi, il n’y a pas de mouvement d’appui à Donald Trump au Québec, alors que moins d’un Québécois sur cinq (18%) croit que les choses se sont améliorées depuis son élection aux États-Unis.

  • Sans surprise, les électeurs du PLQ sont plus positifs quant à l’effet des élections de Philippe Couillard (79%) et de Justin Trudeau (70%).
  • Les électeurs de Québec solidaire sont plus enclins à croire que les choses se sont améliorées à Montréal depuis l’élection de Valérie Plante (68%).

À propos de l’étude

Méthodologie de recherche — Les résultats présentés dans ce rapport sommaire sont issus d’un sondage d’Ipsos tenu du 29 avril au 2 mai 2018. Un total de 2 001 adultes de la province ont pris part à ce sondage via Internet. Une pondération a été appliquée à l’échantillon total en fonction de l’âge, du sexe, de la région, du niveau d’éducation et de la langue pour assurer que la composition de l’échantillon final soit représentative de la population adulte du Québec selon les données du recensement de Statistique Canada.            

En raison du caractère non-probabiliste des sondages faits à l’aide de panels Internet, la précision des sondages en ligne d’Ipsos est mesurée par un intervalle de crédibilité. Le présent sondage est précis à ±2.5%, dans 19 cas sur 20. Cet intervalle de crédibilité est plus grand pour les sous-groupes de la population.

Lecture supplémentaire:

Pour toute information supplémentaire sur cette étude, veuillez contacter :

Sébastien Dallaire
Vice-président, Ipsos
+1 514 904-4324
sebastien.dallaire@ipsos.com

Auteur(s)

  • Sébastien Dallaire Président, Ipsos Québec