Élections européennes : « Gaza n’est pas un enjeu mobilisateur » — Brice Teinturier pour Le Parisien

La campagne de Jean-Luc Mélenchon, centrée sur la Palestine, peut-elle mobiliser les abstentionnistes ? Sa stratégie de conflictualisation du débat se répercute-elle dans les intentions de vote ?

Analyse de Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos en France, publiée dans le Parisien du 12 mai 2024

Cette stratégie est mûrement réfléchie. Ce n’est ni une dérive, ni une lubie ni un dérapage. L’objectif de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas les Européennes, mais, comme il l’a déclaré, d’en faire « le premier tour de la Présidentielle ». Avec une double mission : conserver le contrôle de la gauche, être incontournable, y compris au sein de la France Insoumise, en incarnant plus que jamais la radicalité et la conflictualité. Tous les autres ne seraient alors que des lâches, mot qui ne cesse de revenir dans la rhétorique actuelle de la France Insoumise et qui permet de délégitimer l’autre gauche. 

L’objectif de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas les Européennes, mais, comme il l’a déclaré, d’en faire « le premier tour de la Présidentielle 

Et s’assurer, seconde mission, le soutien de catégories qui, même si elles ne se mobilisent pas en 2024, le feront en 2027 davantage encore qu’elles ne l’ont fait lors de la présidentielle de 2022. En tout premier lieu, les jeunes, les Français musulmans, les banlieues populaires et tous ceux qui se sentent discriminés.

Mais est-ce que cela marche ?

Non, pas du tout. Les européennes, ce sont des élections qui se jouent sur des enjeux européens ou qui permettent de sanctionner le pouvoir en place. Gaza n’est pas un enjeu mobilisateur. Même l’Ukraine, aux portes de l’Europe, l’est peu. Et importer ce conflit en France est à l’opposé de ce que veulent les Français. 

La violence des propos de Mélenchon, la place de Rima Hassan, qui éclipse totalement Manon Aubry, le parti pris systématique en faveur du Hamas heurtent non seulement une très large majorité de Français mais, dans l’espace des gauches, servent Raphaël Glucksmann. Aujourd’hui, 27% des électeurs de Mélenchon de 2022 vont sur le candidat de Place Publique. C’est colossal. Et 30% de ses électeurs de 2022 déclarent qu’il est improbable qu’ils revotent un jour pour la France Insoumise, 68% des électeurs de Roussel qu’ils votent pour elle, 72% de ceux de Jadot et 73% de ceux d’Hidalgo.

En sens inverse, il n’y a que 31% des électeurs de Mélenchon qui excluent de voter un jour PS… et 35% qui disent que c’est probable. Même son offensive dans les universités semble peu productive chez les plus jeunes : 17% d’intentions de vote en novembre et en mars chez les 18-24 ans, 14% aujourd’hui. 

Et pour 2027 ?

2027, c’est loin ! Mais même dans cette optique, cette stratégie me semble délétère. Qui est bien placé pour la prochaine présidentielle, qui progresse de 2022 à 2024 ? Le RN, avec une stratégie de respectabilisation. Qui baisse ? la France Insoumise, avec une stratégie de conflictualité accrue. L’enjeu pour Mélenchon n’est pas le socle mais l’élargissement. Or, il est en train de devenir ce qu’était Jean-Marie Le Pen dans les années 80. Marine Le Pen l’a compris, lui n’en a cure. En revanche, en faisant ce qu’il fait, Mélenchon bloque la gauche et reste dans le jeu. Ca ça marche.

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Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)