Retour sur la campagne vue des réseaux sociaux

Les élections européennes ont fait vibrer les réseaux sociaux avec plus de 5 millions de mentions concernant les principaux partis politiques et les candidats têtes de liste du 1er avril au 10 juin 2024.

La domination de Jordan Bardella et des enjeux internationaux

Alors que l'activité a monté crescendo à l'approche des élections, avec 10% des conversations autour des candidats têtes de liste partagées la semaine précédant le 9 juin, un candidat a particulièrement dominé les discussions : Jordan Bardella, candidat tête de liste du Rassemblement National. Avec plus de 1 million de mentions, et générant 43% des interactions autour des candidats têtes de liste, Jordan Bardella a maintenu une omniprésence dans les discussions tout au long de la période. Cependant, cette visibilité n'a pas toujours été positive. En effet, parmi les publications les plus engageantes, certaines étaient critiques à l'égard de la performance de la personnalité politique lors des différents débats qui ont rythmé cette campagne, notamment sur X et sur TikTok, la plateforme phare du candidat pendant la campagne.

Suivent Florian Philippot, tête de liste des Patriotes, et Valérie Hayer, tête de liste Renaissance - MoDem - Horizons, avec respectivement environ 362k et 328k mentions. Cependant, leurs interactions parmi les candidats têtes de liste ne représentent que 4% et 7% respectivement. Raphaël Glucksmann, tête de liste du Parti socialiste - Place publique, a quant à lui été mentionné environ 197k fois et a généré 8% des interactions. Manon Aubry, pour sa part, a généré 12% des interactions avec moins de 120k mentions. Enfin, Marie Toussaint a été mentionnée moins de 25k fois et n'a généré qu'1% des interactions, une visibilité en ligne nettement plus base que celle des autres partis.

Quant aux enjeux majeurs de ces élections en ligne, ils étaient principalement internationaux. Les sujets les plus discutés étaient le Proche Orient avec 172k mentions et l'Ukraine avec 160k mentions, surpassant largement les questions nationales comme le Pouvoir d'achat qui a généré un total de 34k mentions ou la Souveraineté qui n'a généré que 2,5k mentions.

Proche-Orient, Ukraine et le décalage avec les préoccupations nationales

Concernant les mentions générées de manière spontanée par les internautes, La France Insoumise a été le plus associée aux discussions autour du Proche-Orient. En effet, 29% des conversations des internautes autour du parti concernaient la crise dans la région. Suivent le Parti communiste français (16%), le Parti Pirate (13%) et les Républicains (11%). En termes de prises de parole, c'est-à-dire de mentions publiées par les comptes des réseaux sociaux des partis et/ou des candidats têtes de liste, La France Insoumise a consacré 28% de ses publications au Proche Orient.

L'Ukraine a également été un sujet majeur des conversations en ligne, avec Les Patriotes en tête, 37% des discussions des internautes portant sur ce parti étant centrées sur l'Ukraine. L'Union populaire républicaine (21%) et le Parti socialiste - Place publique (16%) ont également été fortement associés à ce sujet. Les Patriotes ont d'ailleurs consacré 37% de leurs propres publications à l'Ukraine.

Sur le pouvoir d'achat, le Parti animaliste et Alliance Rurale ont été les partis les plus mentionnés spontanément par les internautes français (8% chacun), suivis de près par Ecologie au centre (7%). Néanmoins, c'est le Rassemblement National qui a été le plus proactif sur ce sujet, avec 8% de ses publications le mentionnant. Le parti a également été très actif sur la question de l'Immigration, un sujet qui a généré 120k mentions au total, avec 25% des publications du parti évoquant ce thème.

En somme, l'intensité des discussions en ligne autour des élections européennes souligne l'importance croissante des réseaux sociaux dans les campagnes électorales. On observe des points communs entre la visibilité en ligne de certains candidats et les résultats des votes, bien que des exceptions existent, comme Florian Philippot, très visible en ligne mais moins performant dans les urnes. Il y a également une distinction entre les partis discutés autour de sujets clés, et ceux qui s'approprient réellement ces thèmes sur leurs plateformes. Cette dynamique met en lumière la complexité de l'engagement en ligne et son impact variable sur la perception publique et les résultats électoraux.

En savoir plus

Méthodologie

La collecte de données a été effectuée à l'aide de l'outil Synthesio, en rassemblant et en analysant l'ensemble des mots-clés, expressions, hashtags (#) et comptes de réseaux sociaux associés aux partis politiques, à leurs présidents et aux candidats têtes de liste. Cette collecte a couvert plusieurs plateformes, dont X (ex-Twitter), Facebook, Instagram, YouTube, ainsi que les blogs, forums et médias en ligne. La période d'analyse s'étend du 1er avril 2024 au 10 juin 2024, permettant de suivre les conversations pertinentes autour de ces organisations et figures clés durant les campagnes et les élections européennes.

Auteur(s)