Municipales : les Français voient dans l'issue des élections la victoire de la droite
Au lendemain du deuxième tour des municipales, l'enquête Ipsos-Le Monde permet d'appréhender le bilan que tirent les Français de ces élections. Dans leur ensemble, les électeurs voient plutôt dans les résultats des urnes la victoire de la droite et des Verts, et l'échec du Parti Communiste. L'enquête montre également que l'abstention a été sensiblement plus forte au sein de catégories plutôt acquises à la gauche.
La baisse régulière de la participation aux municipales a une nouvelle fois été confirmée lors du scrutin de 2001 : 32,71% d'abstention, soit un niveau jamais atteint depuis 1959. Selon notre étude, les abstentionnistes se recrutent surtout chez les plus jeunes (plus de la moitié des 18-24 ans inscrits sur les listes électorales ne se sont pas allés voter au premier tour), au sein des classes populaires (40% d'abstentionnistes chez les ouvriers inscrits, 35% chez les employés) et des foyers à bas revenus (36%). En terme de proximité politique, la mobilisation a été plus forte à droite qu'à gauche : l'abstention a ainsi sensiblement plus concerné les proches de la gauche plurielle (37%) que les sympathisants de droite (29%) ; en particulier, plus de la moitié des Français se déclarant proches des Verts et inscrits sur les listes électorales ne se sont pas déplacés le 11 mars dernier. On trouve là, dans cette abstention plus forte d'une partie du "peuple" de gauche une des raisons de l'échec de la gauche dans de nombreuses villes.
Globalement, pour la moitié des Français, les élections municipales se soldent au niveau national par une "victoire de la droite" (49%, contre 18% qui penchent plutôt pour "une victoire de la gauche"). L'idée que la droite est sortie vainqueur du scrutin est majoritaire quelle que soit la proximité politique des répondants, y compris chez les sympathisants socialistes, verts et communistes. Plus précisément, ces élections marquent, pour une large part des Français, l'échec du Front National (77% des interviewés sont de cet avis), du Parti Communiste (76%) et, à un degré moindre, du Parti Socialiste (47% sur l'ensemble des Français, contre 30% d'avis contraire). Concernant le PS, on note que le constat d'échec est majoritaire jusque dans le camp socialiste, puisque 44% des Français se déclarant proches de ce parti estiment que le bilan des élections est défavorable pour le PS, contre seulement 35% qui estiment que c'est un succès). Selon la majorité des Français, le bilan des municipales en est en revanche plus favorable pour les Verts, l'UDF ou le RPR.
Apparemment donc, les victoires historiques de la gauche plurielle à Paris et Lyon n'ont pas suffi à contrebalancer, dans l'esprit des Français, les défaites enregistrées dans un certain nombre de grandes villes de province, l'opinion des Français reflétant sur ce point la tonalité des commentaires médiatiques du soir du second tour.
Même si la majorité des personnes interrogées, de droite comme de gauche, estime que Jacques Chirac porte une responsabilité importante dans la défaite de la droite à Paris (57%, contre 29% d'avis contraire), on ne peut pas dire que le Président de la République sorte, à l'issu des municipales, affaibli face au Premier ministre. Les sympathisants de droite estiment même plutôt qu'il sort politiquement renforcé, alors que les proches de la gauche plurielle donnent l'avantage à Lionel Jospin. A droite comme à gauche, on est en revanche majoritairement d'accord pour juger que l'orientation politique du gouvernement ne doit pas changer de cap : "ni plus ni moins à gauche qu'aujourd'hui" est l'item le plus souvent choisi, par l'ensemble des Français, par les proches du PS jusqu'aux sympathisants de l'extrême droite. Il n'y a aujourd'hui plus que les sympathisants communistes pour souhaiter un virage à gauche…
Plus généralement, l'étude confirme les conclusions de l'enquête pré-électorale Ipsos-Le Monde de janvier dernier, qui mettait en exergue le caractère "local" du scrutin, et montrait à quel point les Français comptaient se déterminer bien plus en fonction d'enjeux locaux qu'en fonction de critères politiques nationaux. A posteriori, on constate que les Français se sont d'abord décidés par rapport au bilan du maire sortant et à la personnalité des têtes de liste, facteurs jugés "primordiaux" pour la majorité des personnes interrogées. Pour la majorité des sondés, la couleur politique de la liste, l'opinion à l'égard de la politique du gouvernement, de Lionel Jospin ou de Jacques Chirac ont en revanche été jugés "secondaires" dans la détermination de leur choix.
A gauche comme à droite, on estime enfin que le futur maire devra en priorité s'occuper des problèmes de sécurité (56% de citations sur l'ensemble des Français, 50% de citations chez les proches de la gauche plurielle, 65% de citations chez les sympathisants de la droite parlementaire). A gauche, on aimerait que la maire se préoccupe ensuite de "l'implantation de nouvelles entreprises" (37%) et des écoles (35%), tandis qu'on sera particulièrement attentif à droite aux écoles (34%) et au niveau des impôts locaux (33% de citations).