1ère vague du Baromètre du Pouvoir d’achat

Avec le chômage et la récession économique, l’évolution du pouvoir d’achat est devenue l’une des principales préoccupations de la population française. Sur ce front, les nouvelles sont d’ailleurs plutôt mauvaises puisque pour 2013, l’INSEE ne prévoit pas d’embellie. Avec une croissance presque nulle et un investissement des entreprises en recul, le climat n’est pas vraiment propice à une relance du pouvoir d’achat. Les consommateurs semblent désormais engagés dans un long tunnel et il est évident que la détérioration de la situation économique va avoir des conséquences importantes sur leur façon même de consommer. Nul doute qu’une proportion importante de la population risque d’être amenée dans les prochains mois à modifier en profondeur leurs habitudes de consommation. Dans ce contexte, CA Com et BFM ont décidé de lancer un Baromètre du pouvoir d’achat pour comprendre les évolutions de la situation et des comportements des consommateurs dans un contexte extrêmement tendu et une capacité à acheter en très net recul. Il s’agit de suivre tout au long de l’année charnière que sera 2013, les variations des opinions et des comportements de nos concitoyens.

Auteur(s)
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
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En termes de situation financière, plus d’un Français sur cinq est désormais « sur la corde raide » en fin de mois

Le panorama de ce début d’année 2013 est extrêmement préoccupant : 22% des Français interrogés avouent être dans une situation financière relativement précaire. Plus précisément, 14% disent être obligés de puiser dans leurs économies pour réussir à boucler leur budget en fin de mois. Plus grave même, presqu’un Français sur dix affirme ne s’en sortir aujourd’hui que grâce à une aide extérieure ou en contractant un crédit (8%).
Par ailleurs, au sein de la population de ceux qui déclarent disposer de revenus suffisants pour finir le mois (77%), la situation est aussi relativement fragile et préoccupante pour une partie d’entre eux : 45% estiment que leurs revenus leur permettent tout juste de boucler leur budget. Toute nouvelle dégradation du pouvoir d’achat semble donc susceptible de faire basculer certains d’entre eux dans la difficulté, voire la précarité. Aujourd’hui, moins d’un tiers de la population française déclare réussir à mettre de l’argent de côté (32%).
Logiquement, le contexte économique a un impact encore plus violent sur les catégories les plus fragiles de la population qui se retrouvent en première ligne dans la lutte contre le risque de précarité. Ce sont plus souvent les femmes (26%), les inactifs (31%) ou encore les personnes dont le revenu mensuel net est inférieur à 1 200 € (40%) qui déclarent avoir des revenus insuffisants pour s’en sortir.

II – La crainte de la précarité se diffuse désormais au sein de l’ensemble de la population française, même auprès des catégories favorisées

Le développement de la peur de basculer dans une situation de pauvreté n’est pas un phénomène nouveau, il augmente régulièrement depuis un certain nombre d’années et plus particulièrement depuis la crise économique. En ce début 2013, presque six Français sur dix se disent inquiets de basculer un jour dans la précarité (59%). Cette peur reste encore modérée, même si presqu’un Français sur cinq est dorénavant « très » inquiet (18%). La plupart de nos concitoyens sont le plus souvent seulement « plutôt » inquiets (41%).
Ce qui est beaucoup plus nouveau, c’est sa globalisation au sein de l’ensemble de la population française. Elle ne touche plus seulement les catégories les plus fragiles (67% des femmes, 70% des ouvriers, 69% des personnes dont le revenu mensuel net foyer est inférieur à 2000 €) mais aussi une partie très importante des catégories les plus favorisées comme les cadres supérieurs (43%) ou les tranches de revenus nets mensuels les plus élevées (43% des personnes dont le revenu mensuel net du foyer est supérieur ou égal à 3000 €). Ces dernières ont de plus en plus le sentiment d’être exposées au chômage comme les autres et que le basculement dans la précarité peut être très rapide.

En termes de consommation, plus d’un Français sur deux estime désormais devoir se contenter l’essentiel…voire moins que l’essentiel

Conséquence directe d’une très forte fragilisation de leur situation financière, plus d’un Français sur deux dit soit devoir se contenter de l’essentiel, à savoir l’alimentation, la santé et le logement (46%), soit être obligé de renoncer à des dépenses de première nécessité (8%). Fort logiquement, les catégories les plus fragiles sont là encore surreprésentées au sein de la population des Français qui ont le plus de mal à s’en sortir. Au global, plus d’un Français sur deux déclare devoir se contenter du minimum ou être obligé de rogner sur ces dépenses essentielles (54%).
Toutefois, une autre partie de la population semble toujours réussir à tirer son épingle du jeu et affirme pouvoir acheter ce dont elles ont envie mais en étant raisonnable (45%). Les prochaines vagues du baromètre du pouvoir d’achat s’attacheront à mesurer si cette partie de la population augmentera ou diminuera au cours des prochains mois. Au sein de cette population, on trouve plus fréquemment les cadres supérieurs (65%). Seulement 1% de la population estime pouvoir dépenser sans compter.

IV – Les pronostics des Français en ce qui concerne leur pouvoir d’achat : pas d’amélioration, ni même de stabilisation mais une nouvelle dégradation

Le moins que l’on puisse dire est qu’en ce début d’année 2013, la majorité des Français n’a pas le sentiment de voir le bout du tunnel, loin s’en faut. Seulement 12% d’entre eux se montrent optimistes et pensent que leur pouvoir d’achat va augmenter. Au sein de cette population qui pense que les choses vont s’arranger, on trouve une nette surreprésentation de personnes parmi les plus fragilisées : des inactifs (17%) ou encore des personnes dont le revenu mensuel net du foyer est inférieur à 1200 € (19%). Il est probable qu’il s’agit de personnes qui « espèrent » surtout que la situation s’améliore plus qu’elles ne le « pensent » véritablement.
Les autres ne prévoient pas d’amélioration. Dans le meilleur des cas, ils ne prévoient aucune évolution (31%). Plus grave, une majorité de Français considère que leur pouvoir d’achat va encore diminuer en 2013 (55%). Près d’une personne sur cinq considère même qu’il va « beaucoup » baisser (19%). La population française ne se démarque donc pas des prévisions les plus pessimistes émises notamment par le FMI.
>Les plus inquiets sont le plus souvent des populations là encore fragilisées comme les retraités (72%) mais aussi celles qui ont déjà le sentiment de devoir se contenter de l’essentiel (59%).
Au vu des résultats de l’enquête, tous les indicateurs laissent donc à penser qu’il faut d’ores et déjà anticiper une nouvelle dégradation de la situation financière des consommateurs et une possible hausse de la précarité. 

Les postes sur lesquels les Français envisagent de faire des coupes dans les prochains mois : d’abord les loisirs, les nouvelles technologies et l’habillement mais aussi les transports, l’alimentation et l’énergie

Une enquête Ipsos réalisée en août 2012 avait déjà montré que face à cette situation très tendue, 81% des Français estimaient qu’ils allaient devoir restreindre leur niveau de dépense au cours des prochains mois.

Pour la majorité de Français qui prévoie une détérioration de son pouvoir d’achat, logiquement les nouvelles coupes budgétaires interviennent d’abord dans les domaines non essentiels de la consommation comme les loisirs (55%), les nouvelles technologies (52%) ou encore l’habillement (40%). Sur ce dernier poste, toutes les enquêtes tentent à démontrer que les consommateurs attendent désormais de plus en plus les soldes pour acheter et retardent de plus en plus leurs achats dans l’attente des bonnes affaires. Et encore, beaucoup semblent ne même plus avoir les moyens d’acheter même à des prix avantageux. Sur ce point, le bilan des soldes de janvier sera un indicateur relativement intéressant à suivre.

L’automobile et les transports pourraient aussi être un poste d’économies importantes pour un certain nombre de Français (15%). Là encore, ces chiffres laissent à penser que les difficultés rencontrées par les constructeurs automobile sur l’hexagone risquent de perdurer encore assez longtemps. Le poste alimentation, qui fait d’ores et déjà l’objet d’un contrôle assez sévère et sur lequel il n’est pas forcément évident d’en faire beaucoup plus, arrive derrière (10%), au même niveau que le poste de dépense énergie qui fait l’objet d’une attention de plus en plus forte de la part des consommateurs (10%). La santé (3%) et le logement (2%), mais aussi les assurances (3%) sont beaucoup moins cités.

Plus inquiétant, parmi les catégories les plus fragilisées de la population, beaucoup prévoient de réaliser de nouvelles coupes au sein de postes pourtant essentiels comme l’alimentation (20% de ceux dont le revenu mensuel net est inférieur à 1200 €), l’énergie (19%) ou encore la santé (12%).

L’alimentation et le logement en tête des domaines dans lesquels les Français souhaiteraient augmenter leurs dépenses en cas de hausse de leur pouvoir d’achat : une mauvaise nouvelle ?

Rares sont les consommateurs qui envisagent une hausse de leur pouvoir d’achat dans les prochains mois. Pourtant, et c’est là encore un sujet d’inquiétude sur les perspectives des prochains mois, ceux qui se montrent les plus optimistes sur l’évolution de leur capacité à consommer, prévoient d’augmenter en priorité leurs dépenses dans des domaines essentiels comme l’alimentation (34%) et le logement (31%). Ce sont plus fréquemment des gens fragilisés qui espèrent cette augmentation de leur niveau de revenu. Il est donc tout à fait logique qu’ils prévoient une hausse de leurs dépenses dans un domaine comme l’alimentation  sur lequel ils ont déjà fait des coupes. C’est plus souvent le cas des catégories socioprofessionnelles modestes (53% des employés/ouvriers).

 


Fiche technique :

La 1ère vague de cette enquête a été réalisée par téléphone du 18 au 19 janvier 2013 auprès d’un échantillon de 1023 personnes représentatives de la population française (méthode des quotas : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du foyer, régions et catégories d’agglomération)

Auteur(s)
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs

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