2025 : un monde prêt à prendre des risques ?
Premier constat : l’opinion mondiale se dit prête à prendre plus de risques
La question pourrait paraître paradoxale, à une heure où le monde en recèle déjà tant – géopolitiques, économiques ou climatiques – qui s’imposent aux individus, sans que ceux-ci aient le choix de les prendre ou non.
En moyenne sur les 11 pays étudiés, la prise de risques est néanmoins perçue positivement : elle est associée au courage (42%), à l'enthousiasme (34%) et à la curiosité (34%). Et huit personnes sur 10 l’estiment nécessaire au progrès.
Le sentiment dominant, toujours en moyenne au niveau mondial, est que nos sociétés seraient aujourd'hui trop prudentes. Six Français sur 10 le pensent. L’opinion publique est plus divisée aux Etats-Unis (où seuls 49% jugent leur société trop prudente), en Italie (46%) ou au Brésil (52%). Au total, 7 personnes sur 10 ont aussi le sentiment d'avoir manqué des opportunités, faute d'avoir pris des risques au cours de leur vie.
Derrière ce constat global, trois grands groupes de pays se dessinent
Dans les économies émergentes – principalement en Chine mais aussi en Afrique du Sud, au Brésil et en Turquie – la prise de risque est fortement valorisée. Les personnes interrogées y déclarent aimer prendre des risques et associent, plus qu’ailleurs, cette attitude à des émotions positives : enthousiasme, courage, confiance, fierté. Huit Chinois sur 10 estiment en outre que leur entreprise les encourage à prendre des risques. Dans ces pays, les répondants ont aussi davantage le sentiment d'avoir manqué des opportunités faute d'avoir pris des risques. Et ils sont plus enclins, face à une rentrée d'argent exceptionnelle, à investir celle-ci en bourse ou dans un projet entrepreneurial.
Ces constats se relient assez naturellement à la trajectoire économique de ces pays, en croissance forte malgré des déséquilibres, inégalités et parfois des ralentissements. Le risque, comme les innovations ou les technologies les plus modernes, tendent à y être embrassés plus largement que dans les économies avancées.
À l’opposé, quelques pays se démarquent par une perception plutôt négative du risque. Il s’agit principalement du Japon et, dans une moindre mesure, de l’Allemagne et de l’Italie. Les personnes interrogées y sont nombreuses à déclarer ne pas aimer s’exposer au risque – comportement qu’elles associent moins qu’ailleurs à des émotions positives. Elles considèrent aussi que le monde de l'entreprise ne récompense pas la prise de risque et ont moins qu'ailleurs le sentiment d'avoir manqué des opportunités, faute d'avoir pris des risques.
Enfin, un troisième groupe de pays affiche une position intermédiaire : France, Etats-Unis, Royaume-Uni et Pologne. Les personnes interrogées y déclarent un goût du risque moyen : autour de cinq sur une échelle de un à 10, où zéro signifie « je n’aime pas prendre de risques » et 10 « j’adore prendre des risques ».
Parmi les économies avancées, ce sont les Etats-Unis qui se rapprochent le plus des émergents dans leur relation au risque. C'est là où, avec la Chine, le principe de précaution est le moins soutenu : par seulement quatre personnes sur 10 aux Etats-Unis et trois sur dix en Chine. Les Américains sont aussi les seuls à être majoritairement opposés à ce que l'Etat limite leurs libertés individuelles au nom de la protection contre les risques.
Dans cet ensemble, la France se positionne à la moyenne : ni averse au risque ni téméraire
Les Français ne refusent pas le risque. Sept sur 10 estiment que « les gens en France ne prennent pas assez de risques ». Et huit sur 10 considèrent que « sans prise de risque, pas de progrès ». Sur l’échelle de un à 10 déjà évoquée, ils se situent à la moyenne : 5,1.
Mais les Français restent prudents, notamment dans leurs actes. Recevant 10 000 euros de manière inattendue, ils sont les moins disposés, de l'ensemble des 11 pays, à les investir en bourse ou dans un projet entrepreneurial – et les plus prompts, avec les Japonais, à les placer sur un compte d'épargne sans risque.
Les Français sont également partagés sur le principe de précaution. 56% estiment que le gouvernement doit encourager l'innovation, même si cela implique des risques. Mais 44% considèrent au contraire que les autorités doivent appliquer le principe de précaution, c’est-à-dire éviter les risques en cas d’incertitude scientifique, même si cela ralentit l’innovation.
Enfin, les Français s'estiment inégalement soutenus dans leurs prises de risques. Sept sur 10 se sentent bien protégés par les assurances sociales. Mais seuls quatre sur 10 considèrent que la prise de risque est récompensée en entreprise.
Dernier constat : globalement, comme la France, le monde est divisé sur le principe de précaution
Une courte majorité (54%), en moyenne sur les 11 pays, estime que leur gouvernement devrait encourager l'innovation, même si cela implique des risques. Mais c’est contre 46% qui considèrent qu'il devrait appliquer ce principe de précaution.
Les Chinois sont les plus opposés au principe, à hauteur des deux-tiers – résultat cohérent avec l'appétence chinoise pour la prise de risque qui apparaît dans le reste de l’étude.
À l'inverse, c'est au Japon que le principe de précaution est le plus soutenu, par six personnes sur 10.
Au total, l’étude dresse ainsi le portrait d’un monde prêt à s’exposer, à risquer et à soutenir gouvernements et entreprises dans leur prise de risques. Mais ce avec de nets écarts entre pays, qui se lient assez bien au dynamisme de leurs économies respectives. Comme une forme de validation du lien entre prise de risque et croissance…
Rapport complet
À propos de cette enquête
Enquête Ipsos bva pour Les Entretiens de Royaumont réalisée en ligne via la plateforme Ipsos.Digital du 20 au 22 novembre 2025, auprès de 11 000 personnes âgées de 18 à 65 ans, dans 11 pays : Afrique du Sud, Allemagne, Brésil, Chine, États-Unis, France, Italie, Japon, Pologne, Royaume-Uni et Turquie. Méthodologie complète dans le rapport d'étude.