Affaires : Chirac doit parler aux Français et…à la justice !
Parfois décrié par la classe politique, le "gouvernement des juges" est loin, très loin, d'effrayer l'opinion. Près de trois quarts des Français considèrent en effet que l'action des juges conduite ces dernières années dans le domaine des affaires de financement illégal de partis politiques est une bonne chose pour la démocratie, 19% seulement exprimant une opinion contraire. Ce jugement sur le rôle positif des juges fait parfaitement consensus : il est partagé par 77% des sympathisants de gauche et 73% de ceux de droite.
Bien plus qu'une critique du pouvoir judiciaire, l'opinion attend aujourd'hui une explication des politiques, et notamment du premier d'entre eux, le président de la République. 69% des Français considèrent que Jacques Chirac doit intervenir publiquement sur le sujet, 23% estimant à l'inverse qu'il doit continuer à rester silencieux. Réclamée fortement à gauche (75%), cette intervention est également désirée à droite (64%). Le plus vite sera le mieux : parmi ceux qui souhaitent cette intervention, 64% jugent qu'elle doit arriver le plus rapidement possible.
Explication devant les Français donc, mais aussi devant la justice. 70% des personnes interrogées jugent "normal sur le principe" que le président de la République soit convoqué par la justice pendant la durée de son mandat à titre de témoin. Cette opinion est partagée par une assez large majorité des sympathisants de droite (59%). Ainsi, les Français ne comprendraient pas qu'en cas de convocation à titre de témoin le président refuse de s'y soumettre : 84% d'entre eux, et 79% des sympathisants de droite, estiment que Jacques Chirac doit répondre favorablement à une éventuelle convocation par la Justice.
Cette demande d'explication et ce souhait que la justice suive son cours, y compris jusqu'à l'audition du président de la République ne signifie pas pour autant que l'opinion tient à sanctionner Jacques Chirac. Pour deux raisons.
D'abord, parce que pour une très large majorité des Français (74%), y compris les sympathisants de gauche (67%), les affaires touchent toutes les formations politiques et pas seulement le RPR.Ensuite, parce qu'une part importante de l'opinion est sensible à l'idée d'une possible manipulation : 52% des Français estiment en effet qu'il y a derrière cette affaire une tentative de déstabilisation du président de la République, 41% étant d'un avis opposé. Cette question est la seule à susciter un clivage politique : alors que 66% des sympathisants de droite croient à la théorie de la manipulation, 56% de ceux de gauche la réfutent.
Parce que c'est d'abord le politique dans son ensemble qui est aujourd'hui mise en cause aux yeux de l'opinion, et des différents électorats, de droite comme de gauche, ces affaires ne paraissent pas pour l'instant avoir modifié la donne politique des futurs mois. D'abord, les Français refusent très largement l'idée d'une présidentielle anticipée (73%). Ensuite, ils souhaitent toujours un duel entre le Premier ministre et le président de la République : Lionel Jospin (68%) et Jacques Chirac (66%) sont en effet les deux seules personnalités pour lesquelles une majorité de Français souhaitent qu'elle soient candidates en 2002. Toutes les autres personnalités, notamment à droite François Bayrou, Alain Madelin ou Charles Pasqua, suscitent une majorité de souhaits négatifs. Enfin, l'élection s'annonce toujours aussi serrée et indécise : l'intention de vote au second tour donne 51% à Jacques Chirac contre 49% à Lionel Jospin. Sans en tirer aucune prédiction, on se bornera à constater que les jeux restent ouverts et que dans un climat politique pesant, le président de la République semble pour l'instant plutôt bien résister.