Ipsos bva | Andès | Précarité | Pauvreté | Alimentation
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Précarité : 54 % des travailleurs pauvres ne mangent pas à leur faim

Face à la hausse persistante du coût de la vie, l'alimentation s'impose comme la première variable d'ajustement budgétaire des ménages modestes. La deuxième édition du baromètre national réalisé par Ipsos bva pour l'Association Nationale des Épiceries Solidaires (Andès) révèle une intensification de la précarité alimentaire des travailleurs pauvres en 2026. Entre sacrifices parentaux, sentiment d'abandon institutionnel et freins au recours aux aides, découvrez les résultats factuels de cette enquête sur la pauvreté en France.

Chiffres clés de l'enquête

▶ 54 % des travailleurs pauvres restreignent leur quantité de nourriture et ne peuvent pas manger à leur faim

▶ 40 % doivent sauter plusieurs repas par semaine pour permettre à d'autres membres du foyer de manger

▶ 85 % se sentent abandonnés par les pouvoirs publics

▶ 72 % estiment être soumis à un risque réel de forte précarité dans les prochains mois

Une précarisation qui s'installe dans la durée

En 2026, la précarité alimentaire des travailleurs pauvres ne régresse pas, elle s’intensifie en fréquence.

Des arbitrages budgétaires et des restrictions alimentaires qui deviennent chroniques

49 % des travailleurs pauvres déclarent être souvent contraints de se restreindre alimentairement en raison de leur situation financière, contre 45 % en 2025. Concrètement, au cours des 12 derniers mois : 

  • 54 % restreignent leurs quantités de nourriture et ne mangent pas à leur faim (dont 27 % souvent ou très souvent, +2 pts).
  • 40 % sautent plusieurs repas par semaine pour permettre à d'autres membres de leur foyer de manger.
  • 70 % s'alimentent essentiellement de féculents (pâtes, riz, pommes de terre), dont 46 % souvent ou très souvent (+3 pts).
  • 68 % ne mangent pas suffisamment de fruits et légumes frais (dont 41 % souvent ou très souvent, +5 pts).
  • 80 % ont dû diminuer l’ensemble des postes de dépenses (les soins médicaux, le chauffage et l’éclairage, les déplacements, les habits, etc.) pour pouvoir continuer à faire leurs courses alimentaires, et 69 % ont réduit des dépenses vitales (alimentation, santé, hygiène, énergie). 

Les courses quotidiennes (alimentation, hygiène, etc.) sont le premier poste de dépenses pesant sur leur budget (65 %), suivies d’autres dépenses incompressibles comme le logement (61%), les dépenses liées à l’énergie du logement (56%) ou des frais liés au véhicule (36%). L'alimentation apparaît comme la principale variable d'ajustement. 

Malgré ces contraintes, l'alimentation saine reste une priorité pour une majorité de travailleurs pauvres. Seul un tiers d’entre eux préfère dépenser moins pour une alimentation saine et plus pour leurs sorties ou leurs loisirs. Ainsi, si l’argent n’était pas un problème, les fruits et légumes frais (55%) et les produits bios et/ou locaux (36%) seraient les principaux postes de dépenses derrière la viande et le poisson (68%), révélant l'écart entre aspirations et réalité.

L'alimentation des enfants en première ligne face à la précarité malgré des parents qui se sacrifient

La situation est particulièrement alarmante pour les familles avec enfants, et plus encore pour les familles monoparentales, qui concentrent toutes les vulnérabilités :

  • 37 % des parents restreignent les portions de leurs enfants (+3 pts vs 2025), 28 % ne peuvent pas les faire manger à leur faim.
  • 24 % font sauter des repas à leurs enfants.
  • 55 % des parents ne peuvent pas fournir à leurs enfants suffisamment de protéines animales (dont 27 % régulièrement, +6 pts en un an).
  • 50 % déclarent avoir souvent du mal à donner une alimentation équilibrée à leurs enfants (vs 47 % en 2025). 

Chez les familles monoparentales, davantage composées de femmes, les chiffres atteignent des niveaux critiques : 66 % des personnes à la tête de ces familles restreignent leurs propres quantités de nourriture, 54 % sautent des repas pour que leurs enfants puissent manger. Mais les arbitrages dépassent l'alimentation et ont un impact particulièrement préoccupant : 82 % ont dû réduire souvent des dépenses vitales (alimentation, santé, hygiène, énergie) (+13 pts en un an). Les parents sont les premiers à se sacrifier, mais la précarité finit par rattraper l'alimentation des enfants : 67 % n'arrivent pas à leur faire manger suffisamment de fruits et légumes frais, et 65 % les nourrissent essentiellement avec des féculents.

Un faible recours aux aides qui nourrit un profond sentiment d'abandon chez les travailleurs pauvres

Le deuxième enseignement de l'édition 2026 est peut-être le plus préoccupant pour l'avenir : alors que la situation alimentaire se dégrade, le recours aux aides alimentaires recule. 32 % des travailleurs pauvres déclarent avoir eu recours à au moins une aide alimentaire, contre 36 % en 2025. Lorsque des travailleurs pauvres ont recours à des aides alimentaires, ils bénéficient principalement de distributions gratuites de colis (22 %), d’épiceries solidaires (21 %) ou de chèques alimentaires (21 %).

Un sentiment massif d'abandon par les pouvoirs publics

85 % des travailleurs pauvres ont le sentiment d'être abandonnés par les pouvoirs publics, dont 55 % souvent ou très souvent. 

Près de six travailleurs pauvres sur 10 estiment que les aides leur sont inaccessibles en raison des effets de seuil : ils gagnent trop pour être éligibles, mais pas assez pour s'en sortir. Ils sont également confrontés à des difficultés pratiques : 48 % ont rencontré des problèmes pour effectuer des démarches administratives en ligne au cours des 12 derniers mois. 

À cela s'ajoute une solitude qui s'approfondit : 63 % éprouvent le sentiment d'être très seuls (28 % régulièrement, +3 pts vs 2025), et 58 % ne savent pas toujours vers qui se tourner en cas de problème.

Le non-recours aux aides : méconnaissance, mais aussi honte et sentiment d'illégitimité

Parmi ceux qui ne recourent pas aux aides malgré leurs difficultés, le premier frein reste la méconnaissance des dispositifs (64 %) et le sentiment de ne pas y être éligibles (56 %). A cela s’ajoute un sentiment de honte : 42 % déclarent ressentir de la gêne ou de la honte à l'idée d'en bénéficier (+10 pts en un an). 

Pour les travailleurs pauvres ayant recours aux épiceries solidaires, les effets sont concrets et reconnus : 74 % déclarent mieux gérer leur budget alimentaire (+7 pts), 72 % accèdent à des produits frais de qualité (+3 pts), et 68 % se sentent plus confiants dans leur capacité à surmonter leurs difficultés.

À propos d'Andès

Andès | Les épiceries solidaires | Groupe SOSAndès est l'Association Nationale des Epiceries Solidaires. Depuis plus de 25 ans, Andès fédère, anime et développe sur tout le territoire français un réseau de plus de 635 épiceries solidaires. Elles accompagnent chaque année plus de 265 000 personnes en leur permettant de reprendre la main sur leur alimentation et leur avenir.

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À propos de cette enquête

Enquête Ipsos bva pour Andès menée du 13 au 26 février 2026 auprès de 1 000 travailleurs de 18 à 67 ans, répondant à au moins un critère de précarité ou de pauvreté, constituant un échantillon représentatif de cette population. 

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