Bill Gates aussi important que Bill Clinton dans la vie des Américains
Une enquête réalisée auprès des Américains informatisés démontre l'importance prise par Internet dans leur vie quotidienne. Dés maintenant, le courrier électronique l'emporte largement sur le courrier normal.
Qui, de Bill Clinton ou de Bill Gates, influence le plus leur vie quotidienne ? Les Américains informatisés sont pratiquement aussi nombreux à choisir les deux réponses (45% pour Gates, 44% pour Clinton). Tel est le résultat le plus spectaculaire d'une enquête réalisée par Luntz Reaserch Compagnies auprès de 600 Américains usagers d'ordinateurs et publiée le 30 avril 1998 par l'agence UPI. Notons tout de même que les hommes (53%) sont nettement plus nombreux à croire en la suprématie du Bill numérique sur son homologue politique que les femmes (37%).
La popularité du patron de Microsoft est fort enviable en dépit de son "entartage" récent et de la vindicte que lui vouent une fraction des internautes. Les trois quarts de sondés (74%) ont une "opinion positive" de Bill Gates. La cote de celui-ci décroît néanmoins avec le niveau d'études.
"Pour les Américains informatisés, le vingt-et-unième siècle a déjà commencé", s'enthousiasme Franck Luntz, président de la compagnie qui porte son nom. Il est vrai qu'Internet occupe dés maintenant un place de choix outre-Atlantique. Selon cette enquête, 50% de personnes interrogées passent plus de quatre heures par semaine sur Internet. Au total, 82% se connectent plus ou moins régulièrement au réseau mondial. Ce pourcentage s'accroît avec le niveau de revenu et d'études: 91% de ceux qui cumulent statut social, revenus et éducation élevés sont "connectés" contre 63% parmi ceux qui se situent dans la tranche inférieure sur ces trois critères. La monde dit virtuel n'est pas épargné par la "fracture sociale"...
L'usage d'Internet a d'ores et déjà bouleversé le mode de vie de nombre d'Américains. Près de la moitié des sondés (46%) estiment que la Toile à réduit leur consommation de télévision. Mais le téléphone est sans doute la principale victime de cette nouvelle technologie. Pour 52% des personnes interrogées, le courrier électronique a provoqué une diminution de leurs appels téléphoniques de longue distance. Le "snail mail" (courrier postal, dans le jargon des internautes) souffre, lui aussi, des facilités offertes par l'email. Dés aujourd'hui, 67% des Américains informatisés envoient plus de messages électroniques que de lettres manuscrites par mois ! Ici aussi, les pratiques internautiques révèlent un clivage sexuel: la prédominance des lettres classiques ne concernent plus que 19% des hommes contre 35% des femmes. On remarquera néanmoins que le succès du courrier électronique relance l'expression écrite entre individus qui avait largement succombé au développement du téléphone.
Est-ce-à dire que la magie Internet va tout balayer sur son chemin ? Rien n'est moins sûr, même dans l'esprit des Américains sur clavier. Une énorme majorité de sondés pense certes que cette technologie jouera un rôle décisif dans les domaines de la communication, de l'information, de la recherche et de diverses activités professionnelles.
En dépit d'une réputation parfois sulfureuse, la crédibilité de l'information glanée sur Internet est bien établie aux Etats-Unis: 43% des sondés ont "plutôt plus confiance" dans ce qu'ils trouvent sur Internet que dans les autres médias tandis que seulement 35% ont une opinion inverse. Les deux-tiers (67%) disent d'ailleurs s'informer plus souvent depuis cinq ans grâce à Internet. Et l'avenir s'annonce radieux pour ce mode de communication: 80% pensent que, dans cinq ans, le réseau mondial jouera un "rôle important" dans le domaine de l'information, à comparer avec 68% pour ce qui est des journaux.
Il serait cependant erroné d'en conclure que la presse est vouée à disparaître. Quand bien même il leur serait proposé un "journal virtuel" totalement adapté à leurs goûts, seulement 10% s'en contenteraient, 35% continuant à lire leur journal habituel et 51% s'informant aux deux sources à la fois. Internet apparaît bien complémentaire de la presse traditionnelle, et non pas substituable. "Ces chiffres sont encourageants", a réagi Edward Seaton, président de l'American Newspaper Editors Society.
Internet ne va pas non plus tuer le commerce "réel". Une proportion non négligeable de sondés se méfient des affaires conclues sur la Toile. Une majorité (60%) n'a jamais utilisé sa carte de crédit sur le réseau et ces réfractaires n'ont généralement pas l'intention de changer d'attitude à l'avenir. Au demeurant, une majorité relative de personnes interrogées pensent que les transactions "virtuelles" doivent ou seront taxées à l'avenir. L'Internet commercial y perdrait évidemment une grande partie de son charme actuel.