Congé parental : ce qu'en pensent les pères
L’étude réalisée par Ipsos à l’été 2013 pour l’UNAF s’intéressait à la perception du projet de réforme gouvernemental, qui propose de changer les conditions de prise du congé parental en impliquant davantage les pères : au lieu que le congé parental puisse être pris uniquement par l’un des parents, (en l’occurrence la mère, à 97%), le projet de réforme gouvernemental propose une répartition du congé parental entre les deux parents : six mois (minimum) pour l’un, deux ans et demi (maximum) pour l’autre. Nous sommes allés demander à des pères (issus de CSP A, B et C) et des mères (issues de CSP C) ce qu’ils et elles en pensaient. Voici les principaux renseignements que nous avons tirés de l’étude.
- Une parentalité qui se conçoit davantage sur le mode de la répartition des rôles que sur le mode de la substitution. Pères (et mères) accordent à chacun des parents une place et un rôle très déterminé en fonction du sexe. Pour eux, et cela quelle que soit leur place sociale, le temps de la naissance est un temps perçu avant tout comme maternel : c’est le temps du soin, du « care », de la présence maternelle par excellence. A contrario, le temps du père s’épanouit dans la distance, et plus tard, dans l’enfance (vs naissance), dans l’interaction.
- Un congé parental perçu comme un temps éminemment maternel. Dans cette perspective où les rôles paternel et maternel sont finalement assez figés, le congé parental est très logiquement perçu comme le prolongement du congé maternité : le temps d’une symbiose mère-enfant, perçue comme bénéfique, le temps d’une forme de retrait pour le père, qui apprend doucement à articuler ses deux identités, virile et paternelle…. Le temps d’un certain baby-blues paternel, aussi !
- La réforme du congé parental : vers « une paternité d’obligation ». La réforme du congé parental, qui imposerait aux pères d’interrompre pendant six mois leur activité professionnelle (dans le cadre d’un congé parental total) ou, tout du moins, de la diminuer (dans le cadre d’un congé parental partiel), est rejetée pour différentes raisons. Raisons financières, d’abord : les pères mettent en avant un réel manque à gagner, du fait des faibles montants d’indemnisation proposés aux familles qui prennent un congé parental. Raisons statutaires, ensuite : les pères craignent le regard de leurs collègues s’ils devaient effectivement prendre un congé parental, qui ne manquerait pas d’être perçu, selon eux, comme un signe de démotivation professionnelle. Raisons symboliques, ensuite : le projet de réforme gouvernemental, parce qu’il repose sur l’obligation, impose une « paternité d’obligation », là où les pères vivent davantage leur paternité sous le mode de « l’intention », comme l’a démontré Danielle Boyer (sociologue à la CNAF).
- Pour s’impliquer davantage auprès de leurs enfants, les pères se déclarent favorables, notamment, au rallongement du congé paternité, qui aujourd’hui ne compte que quatorze jours (trois jours de naissance + onze jours de « congé paternité » à proprement parler), à condition que ce mois puisse être pris de manière fractionnée.