Crise sanitaire, guerre en Ukraine, baisse du pouvoir d’achat : quels impacts sur la générosité des Français ?

Alors que s’est ouverte la période de déclaration de revenus et de la fortune immobilière 2021, Apprentis d’Auteuil présente les résultats de la troisième édition de son baromètre « La solidarité à l’épreuve des crises » réalisé auprès de l’ensemble des Français, avec un focus sur les Français dont le revenu annuel net du foyer est supérieur à 120 000 €.

Auteur(s)
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
  • Salomé Quétier-Parent Cheffe de groupe, Public Affairs
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Lors de la première édition de ce baromètre en 2020, alors que le premier confinement venait de prendre fin, les Français exprimaient leur envie de s’engager pour un monde nouveau, plus responsable et plus solidaire. La seconde édition confirmait que cet élan s’était traduit par une hausse des dons en 2020, dons que les Français prévoyaient encore d’augmenter courant 2021. Mais qu’en est-il aujourd’hui, plus de deux ans après le début de la crise sanitaire ? Comment s’exprime la générosité dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et l’inflation, sur fond de campagne électorale ?

Chiffres clés de l’étude

L’ensemble des Français

  • 48% des Français ont fait au moins un don en 2021 (-1 point vs 2020) pour un montant global moyen de 274 € sur l’année (-31% vs 2020)
  • 52% des moins de 35 ans ont fait au moins un don en 2021 (+10 points vs 2020)
  • 54% des Français (comme en 2021) déclarent qu’ils ont donné ou vont donner en 2022
  • 1 donateur sur 4 prévoit de donner moins voire de ne plus donner en 2022, la première raison avancée étant la baisse du pouvoir d’achat
  • 46% des Français ont fait ou prévoient de faire un don pour l’Ukraine en 2022 mais parmi eux, 3 sur 10 comptent donner moins que d’habitude pour les autres causes 

Les Hauts revenus

  • 80% des Hauts revenus ont fait au moins un don en 2021 (+3 points vs 2020) pour un montant moyen de 2 191 € sur l’année (-11% vs 2020)
  • 84% des Hauts revenus (+3 points vs 2021) déclarent qu’ils ont donné ou vont donner en 2022
  • 35% des Hauts revenus (+8 points vs 2021) déclarent que l’élévation du plafond de défiscalisation a eu une incidence sur le montant de leurs dons en 2020 et 2021
  • 73% des Hauts revenus ont fait ou prévoient de faire un don pour l’Ukraine en 2022 mais parmi eux, 42% comptent donner moins que d’habitude pour les autres causes 

En 2021, la baisse des dons signe la fin de l’élan de solidarité lié à la crise sanitaire

La part de donateurs passe de 51% à 48% en 2 ans sur l’ensemble de Français, mais progresse de 3 points à 80% chez les hauts revenus. 

Près de la moitié des Français déclare avoir fait au moins un don en 2021 (48%), soit à peu près autant qu’en 2020 (49%), mais un peu moins qu’en 2019 (51%). Sur le moyen terme, cet indicateur est donc légèrement en baisse, ce qui peut en partie s’expliquer par la perte du pouvoir d’achat résultant du retour de l’inflation.

  • Toutefois, la générosité des plus jeunes donateurs s’accentue, avec 52% des moins de 35 ans déclarant avoir fait un don en 2021.

"Cette augmentation de 10 points des jeunes donateurs traduit leur volonté forte de contribuer à l’action des fondations et associations, ce qui est encourageant pour l’avenir" selon Stéphane Dauge, Directeur communication, relations bienfaiteurs et ressources de la Fondation Apprentis d’Auteuil.

Les montants déclaratifs des dons sont beaucoup moins élevés en 2021 qu’en 2020. 

Après une année 2020 particulière, marquée par une forte augmentation du montant des dons (et plus particulièrement des très hauts dons), ces derniers diminuent pour retrouver des niveaux proches de ceux d’avant la crise sanitaire. L’élan de solidarité lié à la crise n’aura donc finalement pas duré.

  • Ainsi, en 2021, les donateurs ont donné en moyenne 274€, soit 30,6% de moins qu’en 2020 (395 €) et même 8,6% de moins qu’avant la crise sanitaire (300€). En détail, 35% des donateurs ont fait des dons pour un montant supérieur à 100€ en 2021 (-12 points vs 2020, -17 points vs 2019) et seuls 8% ont fait des dons d’au moins 500 € (-6 points vs 2020, -4 points vs 2019).
  • Même constat (dans une moindre mesure) pour les hauts revenus, qui ont donné en moyenne 2191€, soit 11% de moins qu’en 2020 (2463€), mais 2,4% de plus qu’en 2019 (2140€). En détail 81% ont donné plus de 100 € (-3 points vs 2020 et -12 points vs 2019) et 40% ont donné plus de 1000 € (-3 points vs 2020 et -25 points vs 2019).

"Les Français avaient massivement répondu aux appels résultant des besoins découlant du premier confinement et de la plongée dans la crise sanitaire. Même en restant uniquement sur les dons ayant fait l’objet d’une déclaration de la part des foyers imposables, Bercy constatait, au titre des déclarations de revenus 2020 et pour la première fois depuis 2013, une augmentation cumulée du nombre de foyers ayant déclaré un don (4,9M ; +3,4%) et du montant moyen des dons déclarés, passés de 550 à 570€. Fin 2021, période de l’année la plus propice à la générosité, les inquiétudes sur le pouvoir d’achat, découlant notamment de la hausse des prix sur l’énergie, a certainement pesé sur des dons que de nombreux acteurs associatifs disent être redescendus au niveau de 2019. La Fondation Apprentis d’Auteuil, quant à elle, a bénéficié d’une générosité croissante en 2020 et en 2021, que nous attribuons à l’attachement de nos donateurs à la cause de l’enfance et de la jeunesse en difficulté et à la conscience que celles et ceux que nous accompagnons ont besoin d’être soutenus dans la duréeanalyse Stéphane Dauge.

La multiplication des crises renforce la solidarité de circonstance, mais met à mal les dons pour les autres causes

Face à la crise ukrainienne, les Français se montrent solidaires et généreux.

Confrontés à cette guerre à l’Est de l’Europe, les Français ont exprimé massivement leur solidarité, notamment à travers des dons.

  • Ainsi, près de la moitié de la population déclare avoir fait ou prévoir de faire un don pour aider les réfugiés ukrainiens ou les victimes du conflit en 2022 (parmi lesquels 17% ont déjà fait un don et 29% prévoient de le faire).
  • Parmi les hauts revenus, près d’un sur deux a déjà réalisé un don pour aider les Ukrainiens (46%), et 27% comptent en faire un en 2022 (73% au total).

…mais en raison de leurs dons pour l’Ukraine, une partie des Français prévoit de donner moins que d’habitude pour les autres causes. 

Si la crise ukrainienne (comme la crise sanitaire auparavant), a éveillé un nouvel élan de solidarité et de générosité chez les Français, la multiplication des crises pourrait en partie, mettre à mal des formes de solidarité plus « traditionnelles ». Ainsi, pour une partie - qui reste minoritaire - des Français, les dons exceptionnels entrent en concurrence avec les dons “habituels”. En détail, parmi les Français qui ont fait un don en 2021, 1 sur 5 envisage de donner moins que d’habitude pour les autres causes car il a fait ou prévoit de faire un don pour les Ukrainiens (20%). Le constat est encore plus marqué pour les donateurs disposant de hauts revenus, dont plus de 2 sur 5 envisagent de réduire leurs dons pour les autres causes car ils ont fait (ou comptent faire) un don pour les Ukrainiens (41%).

Stéphane Dauge constate que "cet élan de générosité témoigne de ce que les Français sont au rendez-vous lorsque survient une crise. Dans un contexte anxiogène où se succèdent des crises profondes, il est essentiel que les inquiétudes liées à l’inflation et à la forte augmentation du coût de nombreux produits de première nécessité ne pénalisent pas doublement les plus vulnérables d’entre nous."

Pour autant les préoccupations vis-à-vis de la santé, de la situation des plus démunis et de la jeunesse restent très fortes. 

En matière de solidarité, les thématiques récurrentes préoccupent toujours. Ainsi la santé et la recherche médicale restent en tête des causes pour lesquelles les Français souhaitent donner (32%), devant l’aide aux personnes démunies et les situations d’urgence (à égalité à 27%), la défense des animaux (20%) et l’enfance, la jeunesse et l’éducation (17%, en 3ème position à 37% pour les hauts revenus).

D’ailleurs, si 56% des hauts revenus estiment que la question de l’avenir de la jeunesse est suffisamment abordée dans le débat politique actuel, près de trois Français sur quatre l’estiment insuffisamment mentionnée (74%).

Selon Stéphane Dauge, "l’avenir de la jeunesse, qui est au cœur du plaidoyer porté par la Fondation Apprentis d’Auteuil, demeure une préoccupation partagée par l’ensemble des Français. Nous allons bien entendu poursuivre la sensibilisation de nos futurs gouvernants et parlementaires à ce sujet."

Des dons qui pourraient être doublement affectés par l’inflation

Des intentions de dons stables pour 2022. 

Sur le premier trimestre 2022, la part de donateurs, portée par la solidarité pour l’Ukraine, est en hausse par rapport à la même période en 2021 (29%, +4 points et 63%, + 12 points chez les hauts revenus). Quant aux intentions de dons pour le reste de l’année, elles sont stables pour le grand public (50%) et en hausse pour les hauts revenus (82%, +5 points). In fine, la majorité des Français (54%, stable vs 2021) et 84% des hauts revenus (+3 points) a donné ou projette de donner en 2022.

Un quart des donateurs compte donner moins en 2022 qu’en 2021, ce qui résulte avant tout de la baisse du pouvoir d’achat. 

Si la majorité des donateurs à hauts revenus prévoit de donner des montants plus élevés en 2022 qu’en 2021 (57%, + 9 points vs 2021), les autres donateurs sont plus partagés. Ainsi, 25% (+8 points) des Français comptent moins donner, voire ne plus donner cette année, ce qu’ils justifient avant tout par la baisse du pouvoir d’achat (57%) et la peur face à l’inflation (36%).

In fine, les dons pourraient être doublement affectés par l’inflation : à la fois car une partie des donateurs compte donner moins et parce que les frais des associations pourraient augmenter.

Les hauts revenus s’estiment mieux informés sur la fiscalité des dons

Les hauts revenus s’estiment « bien » voire « très bien » informés sur la fiscalité des dons…

La plupart des Français disposant de hauts revenus s’estiment bien informés sur les avantages fiscaux liés aux dons, donations et legs à des organismes caritatifs (85%) et près de la moitié estiment même qu’ils sont « très bien » informés à ce sujet (46%, +10 points en 1 an). La presse joue toujours un rôle majeur dans la diffusion d’informations sur les avantages fiscaux liés aux dons (30% la citent comme source d’information principale à ce sujet), avant même l’administration fiscale (25%) et les conseillers bancaires (19%).

… notamment concernant l’élévation du plafond de défiscalisation des dons. 

Parmi les Français les plus aisés, sept sur dix déclarent savoir que le plafond de déduction de 75% sur son impôt sur le revenu est passé de 552 € à 1000 € depuis 2020 (70%, +8 points vs 2021 et +16 points vs 2020) contre seulement 45% des Français dans leur ensemble (+6 points vs 2021 et +18 points vs 2020). Pour les Français disposant de hauts revenus, la progression de la notoriété de ce dispositif semble avoir eu un rôle crucial puisque plus d’un tiers d’entre eux (35%, + 8 points, soit la moitié de ceux qui ont connaissance du dispositif) déclarent que cela a une incidence sur le montant de leurs dons. Etant donné la baisse du montant des dons en 2021, il semble donc plus que jamais important de rappeler le renouvellement de l’élévation du plafond de défiscalisation.

"Cette bonne connaissance de l’élévation du plafond de déduction de 75% par les Français disposant de hauts revenus, qui a indéniablement eu un impact sur leur générosité, a cependant mis deux ans à s’installer, ce qui illustre l’importance de préserver, dans les années à venir, une stabilité de la fiscalité sur les dons" souligne Stéphane Dauge.

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A propos d’Apprentis d’Auteuil

Fondation catholique reconnue d’utilité publique, acteur engagé de la prévention et de la protection de l’enfance, Apprentis d’Auteuil développe en France et à l’international des programmes d’accueil, d’éducation, de formation et d’insertion pour redonner aux jeunes et aux familles fragilisés ce qui leur manque le plus : la confiance. Apprentis d’Auteuil accompagne 36 000 jeunes et familles dans plus de 300 établissements et dispositifs. Ces jeunes lui sont confiés par leur famille ou par l’Aide sociale à l’enfance. La fondation dispense 77 formations professionnelles dans 12 filières. A l’international, Apprentis d’Auteuil a choisi d’agir en partenariat. La fondation mène des actions dans 24 pays aux côtés de 64 partenaires locaux. Chaque année, 12 000 jeunes et familles dans le monde bénéficient de ces programmes. 


Méthodologie : Ipsos a reconduit le dispositif d’étude mis en place pour Apprentis d’Auteuil l’an passé. Dans ce cadre, 1000 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française, ainsi que 500 personnes dont le revenu annuel net du foyer est supérieur à 120 000 € (moins de 2% des foyers fiscaux) ont été interrogées du 24 mars au 4 avril 2022, par internet via le panel d’Ipsos.

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