De la démocratie en Amérique
Le 7 octobre, les électeurs californiens se rendront aux urnes pour se prononcer sur la révocation du gouverneur Davis, et pour désigner le candidat choisi pour éventuellement lui succéder. Les dernières mesures d'intentions de vote montrent qu'Arnold Schwarzenegger a su tirer profit du débat télévisé entre les principaux candidats.
Actualisation - 8 octobre 2003 Le "Oui" l'a finalement emporté avec 54% des voix (90% des bulletins dépouillés). Elu il y a moins d'un an, le gouverneur démocrate Gray Davis est donc révoqué. Fort de 49% des suffrages (contre 34% pour Bustamante), Arnold Schwarzenegger le remplacera pour 4 ans à la tête du plus riche et plus peuplé des Etats américains. |
Si l'on en croit les derniers sondages, la procédure de révocation - "recall" (1) - engagée par le parlementaire républicain Darrell Issa contre le gouverneur démocrate Gray Davis devrait aboutir. Moins d'un an après sa réélection, et malgré les récents soutien de Bill Clinton et d'Al Gore, 56% des électeurs californiens ayant prévu de se rendre aux urnes le 7 octobre ont l'intention de voter pour la révocation de leur gouverneur, contre 42% qui préféreraient qu'il achève son mandat. A une semaine du scrutin, les avis seraient tous "définitifs", ce qui laisse peu de chance à une inversion du rapport de force. Qui plus est, les deux tiers des Californiens désapprouvent la façon dont Gray Davis gouverne. La tendance ne lui est vraiment pas favorable, l'écart entre partisans et opposants du "recall" ayant plutôt tendance à se creuser au fil de la campagne électorale (début septembre, une précédente enquête du Los Angeles Times mesurait 50% d'intentions de vote pour le "oui", contre 47% pour le "non").
Passé en tête dans les derniers sondages Gallup(1) et Los Angeles Times(2), avec 40% d'intentions de vote, Arnold Schwarzenegger pourrait donc devenir le nouveau gouverneur de la Californie. L'acteur devance aujourd'hui assez nettement son principal rival, l'actuel vice-gouverneur démocrate Cruz Bustamante, mesuré à 32% d'intentions de vote selon l'enquête du Los Angeles Times, à 25% par l'institut Gallup. A la troisième place, le républicain Mc. Clintock (entre 15 et 18% d'intentions de vote) devrait se contenter du rôle d'arbitre.
La passion suscitée par cette élection incite toutefois à la prudence quant à l'interprétation de ces mesures. Fait exceptionnel, tous les Californiens se sentent concernés (tous les électeurs interrogés par le Los Angeles Times se sont déclarés "très" (73%) ou "assez intéressés" (27%) par la campagne). Du coup, chaque péripétie prend une importance considérable, et bien que les électeurs déclarent toujours que leur choix est définitif, les enquêtes pré-électorale montrent leur volatilité : début septembre, Bustamante était encore en tête dans tous les sondages, et l'indécision prévalait quant à l'aboutissement de la procédure de recall. La brusque progression "d' Arnold" - comme il se présente lui même sur les affiches de campagne - est intervenue au lendemain du seul débat télévisé organisé entre les principaux candidats. Cette joute médiatique, particulièrement suivie (deux électeurs sur trois étaient devant leur poste) lui a été favorable. Bien que les téléspectateurs ont majoritairement estimé que "Mc. Clintock a fait la meilleure prestation", de par sa connaissance des dossiers et sa compétence, il est handicapé par une image de candidat "trop conservateur pour être élu en Californie". Un républicain sur deux voudrait même le voir quitter la course, pour augmenter les chances de Schwarzenegger. Le débat a surtout permis à l'acteur de gagner en crédibilité. A présent, 62% des électeurs estiment "qu'il a le caractère et l'intégrité pour être gouverneur". C'est encore lui qui recueille le plus de citations lorsque la question porte sur le candidat le plus à même de devenir "un leader incontesté pour l'Etat".
Alors que Bustamante ne parvient pas à mobiliser au-delà du socle démocrate, Schwarzenegger a su profiter du débat pour grignoter des intentions de vote tant chez les sympathisants républicains que démocrates. L'institut Gallup a également enregistré un déplacement de voix d'électeurs "indépendants" de Bustamante - et peut-être de Mc. Clintock - vers Schwarzenegger.
Impossible pourtant de savoir si toutes ces mesures, réalisées "à chaud", juste après le débat, seront toujours valables dix jours plus tard. Elles ne tiennent par exemple pas compte des récentes accusations d'harcèlement sexuel, portées par 6 femmes contre l'acteur(4). Surtout, le caractère complètement hors normes d'un scrutin au format "hollywoodien" laisse la porte ouverte à tous les scenarii : c'est seulement la deuxième fois dans l'histoire de la démocratie américaine qu'une procédure de "recall" est engagée et pas moins de 135 candidats ont rempli les conditions pour pouvoir postuler (rassembler 65 signatures de soutien, et déposer un chèque de 3500 dollars). Outre Schwarzenegger, Larry Flint, le magnat du porno américain, Gary Coleman, Arnold dans "Arnold et Willy", Angelyne, une pin-up hollywoodienne, des stars locales et une bonne centaine d'inconnues ont intégré une parade de candidats pour le moins surprenante vue d'Europe. En tous cas, si au final le "oui" l'emporte et que la procédure de révocation aboutit, le futur gouverneur de la Californie sera très certainement élu avec moins de voix que Gray Davis n'en aura obtenu pour rester en poste.
(1) La procédure de révocation a été engagée par le parlementaire républicain Darrel Issa, qui aurait dépensé 3 millions de dollars pour récolter 1,7 millions de signatures, sur les 900 000 nécessaires (12% des votants lors du dernier scrutin). Des ennuis avec la justice l'ont conduit à se retirer de la course en août dernier.
(2) 787 électeurs californiens interrogés du 25 au 27 septembre 2003.
(3) 496 électeurs californiens interrogés par téléphone du 25 au 29 septembre 2003.
(4) Reconnaissant "avoir mal agi avec les femmes par le passé", Schwarzenegger s'est excusé, promettant au passage de devenir "un champion pour les femmes" s'il était élu.
- Dépêches et articles concernant l'élection dans le "Full Coverage" de Yahoo.com (en anglais)
- Sélection de liens proposés par Yahoo.com : dossiers spéciaux des journaux en lignes, sites des candidats, sites humoristiques, etc. (en anglais)
- La page dédiée aux élections sur le site du secrétariat d'Etat de Californie, (informations sur la procédure de "recall", code électoral, liste officielle des 135 candidats…)