A deux jours du scrutin, Nicolas Sarkozy est en tête sur tous les indicateurs

A deux jours du scrutin, le décryptage des dernières enquêtes proposé par Pierre Giacometti à l'occasion du XVIIIème forum d'Ipsos est sans équivoque. Que l'on regarde les intentions de vote, la sociologie de l'électorat, les motivations du choix, que l'on s'attarde sur la crédibilité ou la perception des programmes, le bilan du débat, et même les personnalités de chaque candidat, Nicolas Sarkozy est le grand favori du scrutin de dimanche.

Intentions de vote : Sarkozy a fait la course en tête

Sur toute la série de sondages pré-électoraux réalisée par Ipsos depuis fin 2006, le rapport de force est resté favorable à la droite. Nicolas Sarkozy n'est jamais tombé sous les 52% d'intentions de vote second tour. La dynamique de fin de campagne lui est favorable, il était hier soir à 54%

Nicolas Sarkozy fait la course en tête, avec en plus maintenant un niveau de solidité et de détermination des électeurs très élevé, à près de 90%. L'indétermination qui régnait avant le 1er tour, d'environ 30%, a été divisée par 3. D'une part parce qu'on est moins indécis devant 2 candidats que face à 12. D'autre part parce qu'après les résultats du premier tour, la structure du vote s'est construite sur des mécaniques installées. A ce titre, les intentions de vote proposées aujourd'hui sont plus solides, stables et moins soumises à la conjoncture que celles mesurées avant le 22 avril. Dans les niveaux et la stabilité, on est sur un rapport de force comparable à celui mesuré à la veille du référendum sur la constitution européenne en 2005 (55% / 45% en faveur du non). Les enquêtes proposées jeudi soir par les autres instituts sont convergentes.

   

Vers une mobilisation un peu plus faible qu'au premier tour ?

En regardant les intentions de vote non plus sur les exprimés mais sur les inscrits, on constate depuis le 1er tour une progression du non-choix. La tentation abstentionniste s'est légèrement réduite depuis le débat, mais reste importante, autour de 20%.

L'historique de la participation à la présidentielle depuis 1965 montre pourtant qu'en général la mobilisation augmente pour la joute finale. Ce pourrait ne pas être le cas dimanche, d'autant plus que François Bayrou et Jean-Marie Le Pen, totalisant 30% des suffrages au premier tour, incitent à l'abstention, tentation d'ailleurs également présente à l'extrême gauche. Selon la même logique, on s'attend aussi à un niveau de vote blanc et nul supérieur à celui du premier tour.

    

Le niveau de mobilisation est resté élevé dans les enquêtes tout au long de la campagne, et s'est confirmé le 22 avril. Mais on est aujourd'hui légèrement en dessous de ce que l'on mesurait avant le 1er tour. Cette baisse de mobilisation est notablement plus nette chez les "éliminés du 1er tour".

     

Une équation difficile à résoudre pour Ségolène Royal

Avec un rapport de force électoral très favorable à la droite au soir du 1er tour, de 64% contre 36%, qui le reste même en divisant équitablement entre gauche et droite les suffrages de François Bayrou pour arriver à un 55%/45%, il faudrait une conjonction de phénomènes pour retrouver de l'incertitude quant à l'issue finale.

En premier lieu, une mobilisation des abstentionnistes du 1er tour en faveur de Ségolène Royal. Aujourd'hui ce n'est pas le cas, ils sont plutôt favorables à Nicolas Sarkozy.

Il faudrait également des reports quasi-parfaits de l'électorat "gauche non socialiste". Là encore on n'y est pas, avec une tentation abstentionniste importante qui a progressé au moment des discussions avec François Bayrou, pour atteindre aujourd'hui un électeur sur cinq. Sans parler de la percée de Nicolas Sarkozy dans cet électorat, à plus de 10% d'intentions de vote.

    

Mobiliser l'électorat d'extrême gauche en même temps que celui de François Bayrou relevait peut-être de la quadrature du cercle pour Ségolène Royal. Devancer chez ces électeurs le candidat UMP, d'au moins 10 points, lui est pourtant nécessaire. A deux jours du scrutin, on en est loin. L'équilibre des reports de voix de François Bayrou entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal perdure, reflet de la composition hétérogène de cet électorat. L'abstention a progressé au soir du 1er tour, nous en sommes aujourd'hui à 1/3 de reports vers Ségolène Royal, un tiers pour Nicolas Sarkozy, un tiers qui ne choisissent pas. C'est évidemment insuffisant pour que le rapport de force se resserre. Dans la dernière période, on constate que le débat avec François Bayrou marque le début d'une remontée des reports de voix vers Nicolas Sarkozy.

  

Il faut enfin compter sur de mauvais reports de voix des électeurs de Jean-Marie Le Pen vers Nicolas Sarkozy. Même si la prise de position de Jean-Marie Le Pen a permis une remontée de l'abstention, le débat a tempéré cette tentation. A près de 60% de report vers le candidat UMP, on est sur les niveaux moyens enregistrés sur toute la campagne, bien supérieurs à ceux mesurés pour Jacques Chirac en 1995 par exemple. L'équilibre abstention/report vers N. Sarkozy influencera son score final, mais ne peut en l'état donner à la gauche des espoirs de victoire.

 

Commentant ces tableaux, Eric Dupin pronostique une remontée de l'abstention entre les deux tours, du fait de l'absence de réserve, vu la forte participation au premier tour, et surtout "l'absence de suspens". "La majorité des électeurs, y compris ceux de Ségolène Royal, sont convaincus que Nicolas Sarkozy va l'emporter. A cela s'ajoute le trouble d'électeurs Bayrouistes d'une part, d'extrême gauche d'autre part, face au positionnement "centroïde" de Ségolène Royal." Eric Dupin constate par ailleurs la continuité de la campagne d'avant et d'après le 1er tour. "Nicolas Sarkozy est resté fermement ancré à droite, avec un discours étymologiquement réactionnaire –cf. mai 68-, à destination des électeurs frontistes ; Ségolène Royal est resté sur sa "souplesse stratégique", sans réussir à créer un ralliement anti-Sarkozy".
"Un report de voix proche de 90% des électeurs d'extrême gauche vers Ségolène Royal ; un report de voix inférieur à 50% chez les électeurs de Jean-Marie Le Pen en faveur de Nicolas Sarkozy ; une dizaine de points d'écart au profit de Ségolène Royal chez les électeurs de François Bayrou ; une mobilisation différentielle en faveur de Ségolène Royal chez les abstentionnistes du premier tour : aucune des quatre conditions nécessaires pour obtenir un rapport de force incertain dans les matrices de reports de voix 1er/2nd tour n'est aujourd'hui rempli" précise Pierre Giacometti.

Nicolas Sarkozy en force dans l'électorat âgé, compétitif sur les milieux populaires : sociologie de l'électorat

L'hypothèse d'une mobilisation féminine autour de la candidature de Ségolène Royal était séduisante sur le papier. Dans la réalité, elle n'a pas eu lieu. Nicolas Sarkozy est en tête chez les femmes depuis le début, et l'écart grandit depuis le débat. Une des explications est à chercher dans le très fort soutien dont bénéficie Nicolas Sarkozy chez les personnes âgées, catégorie de population où les femmes sont majoritaires.

 

C'est d'ailleurs chez les personnes de plus de 60 ans, mobilisées, que Nicolas Sarkozy a fait le trou, avec un écart maximum mesuré à 80% / 20% (!) au lendemain du premier tour. Ségolène Royal est en tête chez les 18-24 ans, mais les contingents sont sans commune mesure.

   

La bataille sur les critères sociaux est également entrain de mal tourner pour Ségolène Royal. Elle qui avait dominé pendant la campagne sur la catégorie des cadres supérieurs voit aujourd'hui fondre son avance. Si sa supériorité est confirmée chez les professions intermédiaires avec un ressaisissement au lendemain du débat, elle est très en retard chez les employés, et ne creuse pas d'écart chez les ouvriers. La force de Nicolas Sarkozy est d'avoir réussi à capter une bonne partie de l'électorat populaire.

 
 

Eric Dupin juge intéressant de constater que la variable âge est celle qui explique le mieux le vote d'aujourd'hui. "Cela confirme l'importance de l'aspect valeur/représentation idéologique dans le débat politique. La supériorité de la droite par rapport à la gauche dans cette élection tient aussi au fait que la droite a réussi à placer le débat sur le terrain des valeurs. Ce n'est pas un hasard si Nicolas Sarkozy a axé l'entre-deux tours sur la thématique de mai 68, en réponse à une soif d'ordre très présente dans la société française. La gauche n'a pas réussi à mettre au premier plan les préoccupations d'une société française qui penche pourtant plutôt à gauche, dans la mesure où ces préoccupations sont d'abord d'ordre sociales." Eric Dupin revient aussi sur la sociologie en relevant que la droite a réussi, comme aux Etats-Unis depuis plusieurs années, à prendre en sandwich la gauche en réunissant une fraction importante de l'électorat populaire et de l'électorat privilégié. "L'alliance des riches qui veulent rester riches et des pauvres qui veulent devenir riches, contre les moyens qui ont peur de devenir pauvres... Le match des catégories populaires a été gagné par Nicolas Sarkozy, tout en restant performant dans les catégories privilégiées. La gauche se trouve cantonnée au niveau des professions intermédiaires, dans un secteur sociologique relativement étroit."

Nicolas Sarkozy a gagné le débat

Le débat télévisé de l'entre-deux tours est intervenu tard, et n'a pas brusquement modifié le rapport de force. Le comparatif des enquêtes avant/après montre qu'il a un peu mobilisé les plus convaincus, voire a permis de diminuer la tentation abstentionniste qui s'est construite au lendemain du 1er tour, mais pas au-delà. Le débat a surtout confirmé la supériorité de crédibilité de Nicolas Sarkozy ;  supériorité politique, supériorité de concurrent en campagne. Contrairement à ce que les premiers commentaires à chaud ont pu laisser penser, il y a un vainqueur, Nicolas Sarkozy.

Dans le détail, les ¾ des électeurs de Nicolas Sarkozy sont convaincu que leur champion a gagné, contre à peine un peu plus d'un sur deux chez les électeurs de Ségolène Royal. On tient là le signe d'une différence d'adhésion assez forte entre chaque candidat et son camp. On peut d'ailleurs relier cela aux motivations des électeurs au premier tour : ceux de Ségolène Royal plaçaient en tête le choix politique, de vote utile, destiné à faire en sorte que la gauche soit au second tour ; ceux de Nicolas Sarkozy adhéraient d'abord à son projet. La perception du débat est partagée chez les électeurs de François Bayrou, comme au sein de la gauche non socialiste. La proximité entre l'électorat frontiste et celui de l'UMP est beaucoup plus nette.

L'image compte pour beaucoup dans la perception que se font les Français de ce genre d'exercice. Sur un canevas de 7 critères d'images, aucun n'est en faveur de Ségolène Royal. Nicolas Sarkozy est mieux jugé sur les éléments relatifs à la stature de chef d'Etat, l'envergure présidentielle. Son discours très appuyé sur la mécanique "engagement=résultat=contrat=compte à rendre" a fonctionné (20 points d'écart sur "le respect des engagements"). On mesure 12 points d'avance sur "sa capacité à rassembler les Français", on le juge même davantage "tolérant" et "sincère".

C'est tout de même plus nuancé chez les électeurs de François Bayrou, qui considèrent Nicolas Sarkozy supérieur sur les dimensions présidentielles, mais jugent que Ségolène Royal incarne davantage le changement, la tolérance ou la sincérité. On sent là le tiraillement de l'électorat centriste, et la tentation abstentionniste du tiers d'entre eux.

La crédibilité sectorielle n'apporte pas de surprise quant aux extrémités de la liste ci-dessous. Nicolas Sarkozy est ainsi plus crédible sur les questions d'insécurité, cette crédibilité s'est construite depuis longtemps, et donne d'ailleurs une image assez claire du risque pour Ségolène Royal d'attaquer aussi rapidement un bilan que les Français approuvent majoritairement, ne serait-ce qu'en matière de volontarisme. A l'autre extrême, Ségolène Royal est gagnante sur les thèmes de l'environnement, du handicap, de l'Education Nationale, mais là aussi le rapport de force était installé. Il est en revanche plus étonnant de constater la supériorité de Nicolas Sarkozy sur les priorités économiques et sociales, décisives pour la majorité des électeurs.  Les 22 points d'écart pour Nicolas Sarkozy sur la question des 35 heures symbolisent ici la victoire idéologique de la droite. Comme le fait que le candidat UMP soit jugé plus crédible sur la question des retraites, du niveau de vie ou du chômage.

Au final, le débat aura surtout modifié l'image qu'ont les Français des deux personnalités. Alors que Ségolène Royal apparaissait consensuelle, la moitié des électeurs n'ont pas apprécié son attitude ; l'image de Nicolas Sarkozy véhiculait de l'inquiétude, il a été apprécié par 71% des Français.

L'opération de séduction a donc fonctionné. Ce jugement d'image clément à l'égard du candidat UMP, partagé dans tous les électorats y compris chez les électeurs de la gauche non socialiste, scelle pour un temps le glas du fameux TSS, pour Tout Sauf Sarkozy.

  
 

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