Elections : les enjeux européens prennent le pas sur les problématiques nationales
Si les dernières mesures d'intentions de vote réalisées par Ipsos pour Dell, France 2, Le Point et Europe 1 révèlent un rapport de force proche de celui des régionales, les questions sur la motivation du vote ne montrent pas de fort désintérêt par rapport aux enjeux du scrutin de dimanche. Sans garantie de participation, l'adhésion aux valeurs européennes semble avoir progressé depuis 1999.
La commémoration des évènements du 6 juin 1944 a peut-être redonné aux Français un certain goût pour l'Europe. A quelques jours du vote, les deux tiers des Français se déclarent intéressés par les élections européennes, soit dix points de plus que ce que l'on mesurait à la veille du scrutin de 1999. Dans 63% des cas, l'intérêt est directement motivé par "les enjeux européens", et moins les questions de politique intérieure. Reste un tiers de réfractaires, qui regrettent surtout de ne pas connaître les candidats qui se présentent (dans 56% des cas), voire moins souvent une méconnaissance du rôle du Parlement ou des députés européens (16%).
Pour autant, l'intérêt manifesté par les deux tiers des électeurs n'est pas le signe d'une mobilisation équivalente. A 63%, le taux de "certains d'aller voter" dans notre échantillon laisse augurer d'une participation proche des 50%. Ce serait évidemment nettement moins bien qu'aux régionales (près de 66% de participation), mais le record d'abstention de 1999 (53%) ne sera pas forcément battu.
Les dernières intentions de vote Ipsos présentent un rapport de force proche de celui des dernières régionales. Mesurées à 42%, les listes de la gauche parlementaire (PC, PS, PRG, Verts) sont même un peu au-dessus du niveau de mars dernier. Si les choses en restaient là, elles devanceraient assez nettement les listes de la droite parlementaire, mesurées à 35,5%, au sein desquelles l'UMP n'est plus qu'à 18% (contre 22% début avril).
Les listes "souverainistes" semblent avoir perdu de l'influence depuis 1999, même si le MPF de Philippe de Villiers progresse en fin de campagne (6,5%), et semble grignoter un peu de l'électorat du Front National. Les listes FN tombe en effet sous la barre des 10% d'intentions de vote (9%). Ce score en demie teinte, inférieur à celui des régionales (14,7%) mais largement au-dessus du résultat de 1999 (5,7%) s'inscrit dans une tendance plus large de baisse des extrêmes, de gauche et de droite.
Ces partis souffrent plus que les formations parlementaires de la dispersion des votes sur les autres petites listes, créditée globalement de 7,5% des intentions de vote.
Les "souhaits de victoire" confirment globalement le rapport de force relevé sur les intentions de vote, avec le souhait d'une majorité de gauche au Parlement partagé par 45% des personnes interrogées, contre 36% espérant une majorité de droite.
En confirmant une adhésion plus forte aux valeurs européennes qu'en 1999, les questions de motivation expliquent aussi la perte d'influence des listes souverainistes. Globalement, les trois quarts des électeurs privilégient le soutien à l'opposition, sur "la poursuite de la construction européenne".
On ne recense qu'un tiers de Français qui pensent que cette poursuite "constitue une menace importante pour l'identité de la France" (contre 60 d'avis contraire). La hiérarchie des enjeux européens montre l'importance accordée au maintien de la paix (en tête des citations avec 54%), mais aussi à "la construction de l'Europe sociale", cité par la moitié des interviewés, avant "la lutte contre le terrorisme" (44%).
Sur l'élargissement, le rapport de force s'est inversé depuis l'arrivée des 10 nouveaux pays. Alors qu'en janvier, 59% des Français y voyaient "plus d'inconvénients que d'avantages", ils sont aujourd'hui un sur deux à penser l'inverse. Pour autant, les avis sont partagés sur la poursuite de l'élargissement, 46% y sont favorables, contre 50% d'opposés. La question de l'adhésion de la Turquie semble être le principal frein : seulement 30% des Français sont pour, une proportion qui tend d'ailleurs plutôt à diminuer.
Mais sur cette question aussi, l'équilibre des forces peut se déplacer. Près de six Français sur dix estiment que "si la Turquie fait les efforts politiques et économiques nécessaires, il serait possible d'imagine son entrée dans l'Union européenne dans l'avenir". Seulement 36% préfèrent rejeter cette éventualité, "pour des raisons historiques et culturelles".
Enfin sur le projet de Constitution, 41% des personnes interrogées estiment "indispensable" la consultation par référendum, une proportion complétée par les 47% de personnes qui jugent le référendum sinon indispensable, tout du moins "souhaitable".
Si un tel référendum était finalement organisé, 70% des Français auraient d'ailleurs aujourd'hui plutôt tendance à voter "oui".