Enquête électorale française - Vague 7 : Primaire de la droite et du centre, Alain Juppé creuse l’écart

L’enquête électorale française du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), réalisée par Ipsos / Sopra Steria en partenariat avec Le Monde, est sans précédent. Jusqu’en juin 2017, elle interrogera une fois par mois un échantillon d’environ 17 000 personnes inscrites sur les listes électorales sur leurs intentions de vote à la primaire de la droite de novembre, puis à la primaire socialiste de janvier et enfin à l’élection présidentielle du printemps 2017 et aux législatives qui suivront. Découvrez les résultats de la vague d'octobre 2016.

À un mois du premier tour de la primaire de la droite et du centre, Alain Juppé creuse l’écart. Il dispose aujourd’hui d’une avance conséquente sur son principal concurrent, Nicolas Sarkozy : il est crédité de 41% des suffrages (en hausse de 4 points par rapport à septembre) contre 30% (-3 points) pour l’ancien président. François Fillon, qui reprend la troisième place (12%, +2 points) et Bruno Le Maire (11%, -2 points) restent très loin du duo de tête.

Dans le détail, Alain Juppé conserve une très large avance sur Nicolas Sarkozy auprès des électorats centriste et de gauche, tout en réduisant son retard auprès des sympathisants des Républicains (42% pour N. Sarkozy, -5 points, et 34% pour Alain Juppé, +6 pts) et de ceux du Front national (34%, -7 pts, contre 25%, +4 pts).

Des résultats analysés par Brice Teinturier, Directeur Général Délégué France d'Ipsos.

Que nous apprend l’enquête CEVIPOF réalisée par Ipsos / Sopra Steria sur l’évolution des intentions de vote ?

B.T. : L’originalité du dispositif réalisé par Ipsos / Sopra Steria pour le CEVIPOF est de reposer sur un échantillon d’individus qui se sont engagés à répondre de novembre 2015 jusqu’au second tour des législatives. Ces individus étant les mêmes, on peut donc identifier, d’une vague à l’autre, ceux qui changent dans leurs intentions de vote, reconstituer leurs trajectoires et ainsi, analyser ce phénomène central qu’est la mobilité électorale.

L’un des tous premiers enseignements de ce suivi est que l’évolution des intentions de vote en faveur d’un candidat est la résultante de deux phénomènes distincts : d’une part, des transferts de vote, un électeur pouvant tout simplement décider de voter pour un autre candidat que celui qui avait sa préférence le mois dernier. D’autre part, des évolutions liées au niveau de mobilisation : un électeur peut être, à un moment T, certain de vouloir aller voter et le mois suivant, ne plus l’être, tout comme un électeur qui n’était pas mobilisé peut soudain le devenir. Une intention de vote est donc toujours un solde, la résultante de flux permanents, avec pour un candidat des gains et des pertes par rapport à ses concurrents mais aussi, des gains et des pertes en terme de mobilisation. Ce sont ces flux que notre panel permet de retracer.

Comment s’explique l’écart entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ?

B.T. : Sur les 4 points gagnés par Alain Juppé entre septembre et octobre, 1,5 proviennent de transferts de vote entre lui et d’autres candidats et 2,5 d’évolutions liées au niveau de mobilisation des électeurs.
S’agissant des transferts de vote, Alain Juppé « prend » ainsi 1 point à Nicolas Sarkozy, 1 point à Bruno Le Maire et en concède 0,5 à François Fillon.

Mais ce sont surtout les flux en terme de mobilisation qui sont impressionnants : Alain Juppé gagne 14 points grâce aux personnes qui n’étaient pas certaines d’aller voter il y a un mois mais qui le sont aujourd’hui (et qui ont l’intention de voter pour lui), tout en perdant 11,5 points chez celles qui étaient certaines d’aller voter le mois dernier et lui donnaient leurs suffrages mais qui ne le sont plus aujourd’hui.

L’analyse des gains et des pertes de Nicolas Sarkozy est également très éclairante : en terme de transferts de vote, son solde est négatif d’un point, avec notamment une perte d’1 point en faveur d’Alain Juppé et d’1 point en faveur de François Fillon, ces 2 points étant partiellement compensés par des gains auprès d’électeurs de Bruno Le Maire et d’autres candidats. Mais en terme de mobilisation, Nicolas Sarkozy est également soumis à des mouvements très puissants : 11,5 points de pertes dues à des électeurs qui se démobilisent et qui votaient pour lui, 9,5 points de gains dus à de nouveaux électeurs, soit – 2 au final.

Pour ces deux candidats, on voit donc à quel point les effets de mobilisation ou de démobilisation de leurs électeurs potentiels constituent le phénomène central, celui qui fera le résultat final, plus encore que ce qu’ils gagnent ou perdent auprès de leurs rivaux. Leur enjeu est moins de convaincre, c’est déjà fait, que de mobiliser. Ce n’est en revanche pas ou moins le cas pour François Fillon et Bruno Le Maire, dont les évolutions sont davantage dues à des transferts de vote qu’à des effets de mobilisation.

Qu’est-ce qui explique ces forts effets de mobilisation concernant plus spécifiquement Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ?

B.T. : En votant pour eux, les électeurs savent assez bien ce qu’ils achètent. Cela ne veut pas dire qu’ils ne doivent pas continuer à convaincre et surtout, tout faire pour éviter ce qui est souvent le plus important dans une campagne : une bourde ou la phrase/l’image qui tue. Mais globalement, les représentations sont fixées. Ce qui devient donc crucial, c’est le pronostic, car il conditionne la mobilisation. Qui va gagner ? Est-il utile ou pas de se déplacer, d’aller voter ? Or, c’est cet indicateur qui tourne à l’avantage d’Alain Juppé : 62% (+ 13 points par rapport à septembre) des électeurs pensent qu’il va l’emporter, 26% (-10 points) que ce sera Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, 98% des électeurs d’Alain Juppé considèrent qu’il va gagner tandis que près de 20% des électeurs de Nicolas Sarkozy votent pour lui… en pensant que c’est Juppé qui l’emportera.

Le risque pour Alain Juppé : que ses électeurs se disent que c’est fait et n’aillent finalement pas voter.
Le risque pour Nicolas Sarkozy : que ses électeurs se disent que c’est perdu et n’aillent finalement pas voter.
L’enjeu clé pour les deux : la mobilisation. Jusqu’au bout.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas
    Federico Vacas
    Directeur de département - Public Affairs

Articles liés

  • Le logement de demain | Tendances immobilier 2026
    Logement Enquête

    Immobilier : l'adaptation climatique, nouvelle priorité des Français

    À quoi ressemble l’habitat idéal des Français ? Loin des imaginaires futuristes, ultra-connectés ou spectaculaires, ils semblent exprimer une attente plus concrète. Selon l'étude HABITER, réalisée par Ipsos bva pour leboncoin immo, les Français attendent un habitat plus calme, plus proche de la nature et qui les protège des vulnérabilités climatiques, énergétiques, économiques et sociales.
  • Global Trustworthiness Index | Confiance interpersonnelle en France | Professions

    Médecins, politiques, IA : à qui les Français font-ils confiance ?

    Dans un climat d'incertitude, vers qui les citoyens se tournent-ils ? L'édition 2026 du Global Trustworthiness Index Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs mené dans 31 pays, révèle une forte singularité française. Si les médecins (70 % d'opinions favorables) et les scientifiques (63 %) constituent un socle de crédibilité exceptionnel, dépassant largement la moyenne mondiale, le pays se distingue par une défiance particulièrement aigüe. Le personnel politique (8 %), les influenceurs (6 %), mais aussi les agents d'intelligence artificielle (15 %), cristallisent aujourd'hui le rejet des Français.
  • Baromètre Prospectif Groupe VYV 2026 | Les grandes transformations sociales à horizon 10 ans | Éco-anxiété
    Environnement Enquête

    Trois Français sur quatre veulent mieux suivre l’impact de l’environnement sur leur santé

    Alors que les effets du changement climatique se manifestent de façon toujours plus concrète avec canicules, incendies, épisodes de pollution ou tensions sur les ressources naturelles, les liens entre santé et environnement s'imposent progressivement dans le débat public. À l'occasion de la Semaine européenne du développement durable, le Groupe VYV publie les résultats du volet « transition écologique » de son Baromètre prospectif : « Les grandes transformations en France à horizon 10 ans : le regard des Français » réalisé avec Ipsos bva. L'étude révèle que les Français considèrent désormais l'environnement comme un déterminant majeur de leur santé et de leur qualité de vie.