Européennes : vers une progression de la droite radicale au Parlement européen ?

La progression de la droite radicale lors de plusieurs élections nationales qui se sont déroulées en Europe au cours des dernières années (France, Suède, Italie, Bulgarie, Pays-Bas, Portugal…) fait dire à de nombreux analystes que cette famille politique devrait effectuer une véritable percée à l’occasion des élections européennes qui se dérouleront du 6 au 9 juin prochain. Dans ce contexte, Euronews a demandé à Ipsos de réaliser à trois mois du scrutin une projection de la composition en sièges du prochain Parlement européen afin d’avoir un aperçu objectif et clair de la situation actuelle.

C’est la première fois qu’une projection de ce type s’appuie sur des enquêtes électorales nationales portant spécifiquement sur les élections européennes et menées en parallèle par un même institut de sondage : Ipsos a réalisé des enquêtes d’intentions de vote dans les 18 pays les plus peuplés de l’Union européenne, qui représentent 95,7% de la population et 88,9% des députés européens. Au total, 25 916 personnes représentatives de la population en âge de voter de ces 18 pays ont été interrogées. Dans les neuf autres pays, la projection a été réalisée en s’appuyant sur les sondages disponibles pour les élections européennes et/ou législatives, sur les résultats des précédentes élections européennes et des élections législatives et locales récentes, et sur l’analyse de la situation politique de ces Etats.

Une progression de la droite radicale, mais pas de « vague populiste »

Notre projection indique que les deux groupes de droite radicale progresseraient à l’occasion du scrutin : le groupe Identité et Démocratie (ID) aurait 81 élus (contre 59 actuellement), et le groupe Conservateurs et Réformistes Européens (CRE) passerait de 68 à 76 sièges. Au total, ces groupes de droite radicale représenteraient désormais plus d’un cinquième (21,8%) de l’ensemble des élus du Parlement européen, un record : ils n’en représentaient que 18% en 2019, 15,7% en 2014, 11,8% en 2009 et 8,7% seulement en 2004. Malgré cette progression sensible, ils restent néanmoins très loin de dominer le Parlement européen.

Ce renforcement de la droite radicale est notamment lié à la très bonne performance du Rassemblement national français (28 sièges, +10 par rapport à la situation actuelle) et à la possible entrée au Parlement de Reconquête (5 sièges), mais aussi à la progression de l’AfD en Allemagne (15 élus, +6), du PVV aux Pays-Bas (9 élus, +9) et des partis de droite radicale AUR et SOS Romania en Roumanie qui totaliseraient 10 sièges dans les groupes CRE et ID après l’élection, contre 1 seul actuellement.

Cette progression de la droite radicale n’est toutefois pas un phénomène uniforme dans toute l’Europe. En Italie, elle stagne : si Fratelli d’Italia, le parti de Giorgia Meloni, progresse fortement (24 élus, +14), c’est aux dépends de la Lega de Matteo Salvini (7 élus, -16). Et en Pologne, le PiS, qui a perdu le pouvoir lors des élections législatives d’octobre dernier, reculerait nettement : 16 élus, -11. 

A noter que la composition des deux groupes de droite radicale serait profondément remaniée à l’issue du scrutin : alors que jusqu’à présent, les Italiens de la Lega et les Polonais du PiS dominent respectivement au sein des groupes ID et CRE, notre projection indique qu’à l’issue des élections européennes, le Rassemblement national français devrait être de loin la délégation la plus importante au sein du groupe ID, alors que les eurodéputés Fratelli d’Italia devraient dominer au sein du groupe CRE.

Seule une « grande coalition » serait majoritaire au Parlement européen

Si la progression de la droite radicale déplacerait légèrement le centre de gravité du prochain parlement européen vers la droite, il n’en changerait pas les principaux équilibres. Ainsi, seule une « grande coalition » réunissant les députés des groupes Parti Populaire Européen (PPE), Socialistes et Démocrates (S&D) et Renew Europe disposerait d’une majorité de sièges (398 sur 720). Toutefois, les partis de cette coalition centrale sont soit stables (177 élus pour l’EPP, -1), soit en recul plus ou moins marqué : 136 députés pour le groupe S&D (-4) et 85 députés pour le groupe Renew (-17). Le net recul du groupe Renew est notamment lié à l’effondrement de Ciudadanos en Espagne (0 sièges, -7) et à la nette érosion de la liste Renaissance en France (17 élus, -6).

Le groupe Greens/EFA, qui vote souvent les textes adoptés par le Parlement, perdrait lui aussi de nombreux sièges (55 élus, -17) et ne confirmerait donc pas son bon résultat de 2019. Le net recul des délégations allemandes (15 élus, -10) et françaises (7 élus, -5) explique en grande partie cette situation, les scores des partis écologistes étant beaucoup plus stables ailleurs en Europe.

De plus, on constate que les deux groupes traditionnellement dominants au sein du Parlement européen, le PPE et S&D, ne compteraient au total plus que 313 eurodéputés (43,5% de l’ensemble), soit le plus bas niveau depuis 1979. Ainsi, même si la CDU/CSU allemande pourrait être la principale délégation au sein du prochain Parlement européen avec 28 élus, elle est au coude-à-coude dans notre projection avec le Rassemblement national français. C’est la première fois que la première délégation du Parlement pourrait ne pas être issue des groupes PPE ou S&D.

Si des coalitions alternatives semblent envisageables sur certains sujets ad hoc, elles ne pourraient pas s’établir de manière durable : une coalition de centre-droit (PPE, Renew, CRE) ne disposerait que de 338 députés sur 720, soit 46,9% du total. Quant à une coalition de droite comprenant le PPE et les groupes ID et CRE, elle n’aurait quant à elle que 334 députés (46,4%).

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A propos de ce sondage

Enquête réalisée du 23 février au 5 mars 2024 auprès d’échantillons représentatifs de la population en âge de voter dans 18 pays européens : Allemagne, France, Italie, Espagne, Pologne, Roumanie, Pays-Bas, Belgique, République tchèque, Grèce, Hongrie, Portugal, Suède, Autriche, Bulgarie, Danemark, Finlande, Slovaquie. Un échantillon global de 25 916 personnes a été interrogé, comprenant des échantillons.

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