Européennes : l’éclatement de la droite républicaine

La liste Pasqua-Villiers a finalement devancé celle de Sarkozy-Madelin lors du scrutin européen du 13 juin. A gauche, les Verts retrouvent leur influence d’il y a dix ans tandis que le PCF continue à décliner.

Le scrutin européen du 13 juin a fait moins de vrais vainqueurs que de réels perdants. Ce jeu électoral à somme négative tient d’abord à l’apathie des citoyens, en France comme dans la plupart des pays de l’Union. Avec 53 % d’abstention, le précédent record (51,2% des inscrits en 1989) a été battu. Lorsque plus d’un électeur sur deux boude les urnes, il est hasardeux de conclure des résultats d’une telle élection un bouleversement radical du paysage politique national. Le refus de choisir entre les différentes listes s’est également traduit par un nombre impressionnant de bulletins blancs et nuls : plus d’un millions de personnes ont accompli ce geste de civisme désenchanté, soit 6,1% des votants. La dispersion des suffrages entre les vingt listes en compétition a enfin handicapé les performances des principales forces politiques.

La liste conduite par Nicolas Sarkozy et Alain Madelin est incontestablement la grande victime du scrutin de dimanche. Non seulement la liste officielle du RPR et de Démocratie Libérale – les deux formations traditionnellement les plus influentes de la droite républicaine – ne recueille que 12,6% des suffrages exprimés, mais elle subi l’humiliation d’être devancée par celle de Charles Pasqua et Philippe de Villiers. La liste qui prétendait défendre les positions européennes du président de la République a été doublée par celle des dissidents "souverainistes". L’échec de Sarkozy, immédiatement reconnu par l’intéressé, est d’autant plus cuisant que son score est inférieur de quatre points à celui de la liste purement RPR conduite par Jacques Chirac aux européennes de 1979 (16,3%).

L’éclatement de la droite classique en trois composantes de force assez comparable est un événement en soi. Mais ce phénomène, révélateur d’un manque de leadership sur l’opposition, créée un effet d’optique propice à la surestimation du succès des listes Pasqua et Bayrou. Avec 13,1% des voix, celle du "Rassemblement pour la France" obtient indéniablement un bon résultat, mais qui n’est pas en lui-même spectaculaire. Le couple Pasqua-Villiers ne progresse que de moins d’un point par rapport au chiffre réalisé par le député de Vendée, sur la même base de défense de l’identité nationale contre la construction européenne, il y a cinq ans.

Le score fort honorable décroché par la "nouvelle UDF" de François Bayrou doit, lui aussi, être relativisé. Avec 9,3% des suffrages exprimés, sa liste ne se situe qu’à un peu moins d’un point de plus que celle conduite par Simone Veil en 1979. Le courant centriste et fédéraliste n’a pas réalisé une véritablement percée en dix ans, en dépit des progrès de l’intégration européenne. Soulignons encore que les "européistes" et les "souverainistes" sont, par nature, favorisés dans le cadre d’un scrutin européen qui se prête tout particulièrement à l’expression de leurs passions antagonistes. Au total, la droite n’a guère de raison de pavoiser. Ses trois listes ne cumulent que 35% des voix, soit trois points de moins que lors du scutin précédent. L’opposition républicaine est devancée de trois points par la majorité gouvernementale dont les trois listes totalisent, quant à elles, 38,3% des suffrages.

Toutes les sensibilités de gauche ne peuvent cependant se réjouir du verdict des électeurs. De ce côté de l’échiquier politique, la principale victime est communiste. Décidémment, les effort d’ouverture et de mutation de Robert Hue ne sont pas rentables électoralement. Avec 6,8% de voix, la liste du PCF ramasse son plus mauvais score à ce type de scrutin, même si le recul n’est que d’un dixième de point par rapport à 1994. La liste "Bouge l’Europe" a visiblement pâti de la concurrence de l’extrême-gauche qui parvient, pour la première fois à franchir la barre fatidique des 5% des suffrages exprimés.

Au sein de la "gauche plurielle", le PS finit le match européen avec un excellent classement – puisque la liste Hollande occupe largement le haut du podium – mais sans que son score ne soit à inscrire dans le livre des records électoraux. Avec 22% des voix, elle laisse loin derrière tous les autres compétiteurs et peut se comparer très avantageusement avec les chiches 14,5% obtenus par la liste de Michel Rocard il y a cinq ans. Mais l’alliance PS-PRG-MDC est loin d’avoir retrouvé le score que ces trois formations avaient obtenu séparément en 1994 (29%). Plus significativement, la liste du premier secrétaire du PS, se situe en-dessous des pourcentages recueillis par ses prédécesseurs en 1979 et en 1989 dans une configuration analogue, c’est-à-dire en alliance avec les radicaux de gauche. La popularité gouvernementale n’a pas permis à la liste Hollande de décrocher un succès clair et net.

Daniel Cohn-Bendit a plus de raisons d’être satisfait. Avec 9,5% des voix, la liste de Verts gagne plus de six points par rapport à son homologue de 1994. Si l’on compare le total des voix écologistes aux dernières européennes, ce courant progresse de 4,9% à 11% aujourd’hui. Les écologistes retrouvent presque exactement l’influence électorale qui était la leur en 1989. Au terme d’une campagne tumultueuse, l’ancien animateur de mai 1968, semble avoir réussi à sortir son courant de la marginalité qui le guettait. Avec 1,5%, Antoine Waechter confirme, pour sa part, son statut de pape déchu de l’écologisme français.

A l’extrême-droite, on ne compte que des vaincus. Avec 5,7% des suffrages exprimés, Jean-Marie Le Pen a fortement souffert de l’éclatement du Front national. Ne recueillant que 3,3% des voix, Bruno Mégret ne parvient pas à s’affirmer sur la scène électorale. Le leader Mouvement national n’a cependant pas été véritablement écrasé par celui du FN. Il peut même se consoler en constatant que le matelas électoral de Le Pen n’a pas la double épaisseur du sien. Pour prix de sa division, l’extrême-droite recule en cinq ans d’un point et demi.

Dans le camp des gagnants, la liste " Chasse, pêche, nature et traditions " créé la principale surprise. Cette entreprise sectorielle parvient à rassembler 7,1% des suffrages au niveau national. Son progrès est de trois points par rapport à 1994. Par comparaison, la montée de l’extrême-gauche est moins impressionnante. Cette sensibilité ne s’en gonfle pas moins de deux points et demi en cinq ans. Et, dans certains quartier populaires, le vote trotskiste semble devenir un substitut possible au vote communiste.

Enfin, du côté des toutes petites listes, celle de Nicolas Miguet, sobrement intitulée "Moins d’impôts maintenant", arrive en tête avec 1,8% des voix. Elle est suivie par celle de l’infatigable militant de la semaine des quatre jours, Pierre Larrouturou, qui a convaincu 1% des électeurs. Signalons que la lanterne rouge du scrutin, Philippe Allenbach, a séduit 16 électeurs (selon les résultats quasi-définitifs du ministère de l’Intérieur), soit un cinquième du nombre… de ses collistiers.

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