Face à la poussée de Marine Le Pen, la gauche et le centre se rangent derrière Dominique Strauss-Kahn
La dernière vague du baromètre de l’action politique Ipsos-Le Point confirme la popularité croissante de Marine Le Pen, dont l’action est désormais approuvée par près d’un Français sur trois. Dès lors, le spectre d’un nouveau 21 avril explique, au moins pour partie, la progression très nette des bonnes opinions sur l’action de Dominique Strauss-Kahn enregistrée à gauche et chez les centristes. A droite, François Fillon et surtout Alain Juppé font exception à la baisse de popularité généralisée des membres du gouvernement. Nicolas Sarkozy bat quant à lui un nouveau record d’impopularité.
Vidéo : l'analyse de Brice Teinturier
Dominique Strauss Kahn voit sa cote de popularité progresser fortement par rapport à février (+12 points). Avec 63% d’opinions favorables, il se hisse une nouvelle fois à la tête du classement des personnalités politiques préférées des Français, loin devant Rama Yade (deuxième avec 54%, +2 points) et Jack Lang (troisième à 53%, inchangé). Tout se passe comme si la forte progression de Marine Le Pen dans les sondages et la menace d’une réédition du 21 avril 2002 avaient conduit les sympathisants de gauche et du centre à serrer les rangs derrière le directeur du FMI. Celui-ci fait en effet un bond de popularité chez les proches du PS (79%, +25 points en un mois) et regagne la première place du palmarès établi par les sympathisants de ce parti, devançant Martine Aubry (74%, -1 point) pour la première fois depuis juin dernier. Plus largement, Dominique Strauss-Kahn enregistre aussi des évolutions notables de bonnes opinions chez les proches du PC (+30 points à 64%), des Verts (+17 points à 67%) et du MoDem (+14 points, 73%), alors qu’il est en recul à droite (62%, -4 points).
Moins spectaculaire, la progression de François Hollande est tout de même à relever. Un nouveau gain de 5 points lui permet de grimper à la 7ème place du classement général, avec 48% de jugements favorables, soit son meilleur score en douze ans, depuis les élections européennes de 1999. La popularité de l’ancien premier secrétaire du PS dépasse désormais celle de Martine Aubry (44%, -1 point) sur l’ensemble des Français, et la talonne auprès des sympathisants socialistes (71% de bonnes opinions, soit 13 points de plus qu’en février pour François Hollande contre 74% pour Martine Aubry). La Maire de Lille ne profite pas en effet de cette dynamique positive pour les candidats potentiels aux primaires socialistes, pas plus que Ségolène Royal qui reste loin derrière avec 31% seulement d’avis favorables auprès des Français (inchangé) et 53% (+2 points) chez les proches du PS.
Quant à la nouvelle présidente du Front National, toujours au centre de l’actualité politique, elle gagne encore 3 points (+6 points en 2 mois) pour atteindre 32% de jugements favorables, nouveau record depuis son entrée dans le baromètre Ipsos/Le Point il y a quatre ans. Hormis les sympathisants du FN qui la soutiennent quasi unanimement (94%), Marine Le Pen réalise ses meilleurs scores auprès des employés (37%, +6 points), des ouvriers (36%, +3 points), des retraités (38%, +6) ou encore des sympathisants UMP (39%, stable).
A droite en revanche, la tendance est globalement à la baisse. Nicolas Sarkozy bat une nouvelle fois un record d’impopularité avec 68% de jugements critiques à l’égard de son action (+5 points), contre seulement 31% d’avis positifs (-3 points). C’est précisément auprès des sympathisants du Front National que sa cote se dégrade le plus ce mois-ci (-25 points pour se situer à 19%), après la forte hausse mesurée en février. Comme pour le discours de Grenoble de l’été 2010, l’intervention télévisée du président le mois dernier, aux forts accents sécuritaires, ne lui aura procuré qu’un regain éphémère de popularité auprès des sympathisants frontistes. Par ailleurs, les déclarations de Nicolas Sarkozy menaçant d’expulsion les dirigeants de son parti qui appelleraient à voter FN au second tour des cantonales expliquent sans doute également cette évolution.
De même, la plupart des membres de la majorité voient leur cote de popularité se dégrader. C’est le cas, par exemple, de Christine Lagarde (44%, -5 points), de Frédéric Mitterrand (40%, -7 points), de Roselyne Bachelot (28%, -4 points) et surtout, sans surprise, de Michèle Alliot-Marie (29%, -9 points en un mois, -21 points en deux mois). La baisse est d’ailleurs particulièrement marquée et généralisée auprès des sympathisants UMP : la Ministre de l’Economie perd 6 points à 74%, celui de la Culture 14 points (47% de jugements favorables), Valérie Pécresse 11 points (51%), Jean-François Copé 5 points (61%) et l’ancienne Ministre des Affaires Etrangères 22 points (à 46%, -36 points en deux mois). Seule exception notable, Alain Juppé progresse dans le classement général ainsi que dans son propre camp. L’ancien Premier ministre gagne 8 points auprès des Français et atteint la 4ème place du palmarès général avec 51% d’opinions favorables, un score qu’il n’a jamais atteint depuis son départ de Matignon en 1997. Chez les proches de l’UMP, le Maire de Bordeaux recueille 79% d’avis positifs (+11 points) et se hisse en tête d’un palmarès longtemps dominé par Michèle Alliot-Marie et Christine Lagarde. Seul François Fillon fait mieux (85%) malgré une baisse de 2 points. Le Premier ministre résiste bien et gagne même 2 points auprès de l’ensemble des Français, à 48% d’opinions favorables, soit 17 points de plus que le président de la République. L’écart entre les deux membres de l’exécutif n’aura jamais été aussi élevé.
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