Internet : encore loin "du clic au cash"

Ipsos publie, avec Le Figaro Magazine, la première vague de l'Observatoire de l'Internet en France. Cette étude montre qu'Internet est aujourd'hui perçu avant tout comme un média d'information. Pour autant, cet outil présente un réel potentiel commercial.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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Qui sont les internautes ? Qui seront-ils dans six mois ? Quelles sont leurs pratiques actuelles ? Comment Internet prend peu à peu place dans les habitudes de vie ? Quelles sont les représentations associées aujourd'hui à ce média ? Autant de questions qui se posent à qui veut véritablement comprendre le "phénomène" Internet dans sa globalité et anticiper ses développements.

Qui sont les internautes aujourd'hui, qui seront-ils demain ?

Sociologie des internautes français en mai 2000

Internet ne concerne aujourd'hui qu'une part encore assez spécifique de la population française. 14% des Français déclarent utiliser Internet pour des raisons personnelles (par opposition aux raisons professionnelles) "tous les jours ou presque" (7%) ou "deux ou trois fois par semaine" (7%). Qui plus est, la pratique d'Internet n'est pas répartie de manière uniforme au sein de la population. Les hommes (20%), les personnes âgées de moins de 35 ans (23%), les cadres (30%) ou encore les personnes d'un revenu annuel supérieur à 300.000 francs (35%) sont plus nombreux que l'ensemble à témoigner d'un usage privé fréquent. Enfin la pratique d'Internet dépend également largement du tissu urbain : si 28% des résidants de l'agglomération parisienne déclarent une pratique assidue de l'outil, la proportion tombe à 15% chez les habitants des agglomérations de plus de 100.000 habitants, pour atteindre 8% chez les ruraux. Il est aujourd'hui clair qu'Internet n'est pas - ou pas encore - le média le mieux partagé.

Ce constat établi, de quoi l'avenir sera-t-il fait ? Cette structure sociologiquement déséquilibrée va-t-elle peu à peu se corriger du fait de la conversion des personnes actuellement non internautes ? Et au delà, peut-on considérer que les "nouveaux entrants" dans le monde d'Internet auront les mêmes perceptions et les mêmes pratiques que des internautes qui ont, pour certains, intégrés depuis déjà quelques temps ce nouveau média à leurs habitudes de communication et de consommation ? Autrement dit, le futur internaute ressemblera-t-il sociologiquement, mais aussi du point de vue du comportement, à celui que nous connaissons aujourd'hui ? Cette question intéresse bien évidemment directement les différents observateurs du marché.

Un développement qui n'induit pas, à court terme, de démocratisation de l'outil

Parmi les non internautes, 16% pensent être amenés à utiliser Internet d'ici à la fin de l'année 2000 pour des raisons personnelles, ce qui, si cette anticipation se traduisait dans les actes, porterait la proportion d'internautes en France à plus d'un tiers de la population d'ici à la fin de l'an 2000 (35%). Mais cette progression sensible ne s'accompagne pas, loin s'en faut, d'une démocratisation.

Les catégories sociales les moins concernées aujourd'hui sont également celles qui le seront le moins à brève échéance. A l'inverse, les "niches" déjà existantes - jeunes, cadres, hauts revenus, hauts niveaux d'instruction ou habitants de la région parisienne - sont surreprésentées chez ces "intentionnistes", et s'en trouveront sans doute renforcées. Au total, on peut considérer que l'écart entre les différentes catégories ne se comblera pas à court terme. La même enquête révèle d'ailleurs que quatre Français sur dix ont aujourd'hui le sentiment d'être "toujours en retard" par rapport aux évolutions technologiques (40%, 5% déclarant essayer de les anticiper, 51% s'y adaptant). Avant d'être le forum démocratique idéalisé par certains, Internet est encore et pour quelques temps, en France, d'un usage fortement discriminant.

Ce qu'Internet a changé dans la vie des internautes français

Une modification profonde des habitudes d'information

Il n'en reste pas moins que l'arrivée d'Internet a très sensiblement fait évoluer certaines habitudes de vie. 91% des internautes n'hésitent pas à déclarer qu'Internet a déjà modifié leur façon de s'informer, 87% leur façon de communiquer. Internet touche ainsi, en premier lieu et avant toute chose, aux habitudes d'information. Parallèlement, ces mêmes internautes sont 72% à penser qu'Internet a déjà modifié leur façon de travailler, 56% leur façon de se distraire.

Enfin, et c'est un résultat qui tend à démontrer tout le potentiel économique de ce secteur, 41% des internautes français jugent qu'Internet a déjà modifié leur façon d'acheter, 36% pronostiquant que ce nouveau média n'a pas encore modifié mais modifiera leurs démarches d'achat dans les mois à venir. Près de huit internautes français sur dix peuvent avoir intégré, d'ici à quelques mois, Internet comme un outil de consommation. Aujourd'hui principalement perçu comme un média d'information, Internet n'est encore que minoritairement perçu et surtout utilisé comme un circuit de distribution. La sécurité des transactions est évidemment en cause. Plus d'un tiers des internautes (38%) estime que le manque de sécurité des transactions financières est aujourd'hui le principal défaut d'Internet.

S'informer plutôt que consommer

Les pratiques effectives s'organisent selon la logique décrite précédemment : s'informer plutôt que consommer. La quasi totalité des internautes a déjà "recherché de l'information" via Internet (95%). Moins répandues, la consultation de la météo (75%) ou d'offres d'emploi (65%) ont déjà été pratiquées par une grande partie des internautes. A l'inverse, "faire ses courses" sur Internet (20%), acheter des actions (14%) ou son électroménager (7%) sont des pratiques peu massives. Il reste que sur ces différents aspects, la proportion d'internautes non encore convertis à ces pratiques mais qui envisagent de s'y convertir à l'avenir se révèle plus que prometteuse.

Les modifications évoquées sur les habitudes de vie ne sont pas sans conséquences concrètes. Plus de la moitié des internautes écrivent aujourd'hui plus de courrier (54%) qu'avant l'arrivée d'Internet. D'autres évolutions - moins généralisées mais plus spectaculaires - concernent le réseau social (27% ont ainsi fait plus de nouvelles rencontres), le travail (25% déclarent travailler plus) ou encore les loisirs (25% jouent plus). A l'inverse, d'autres temps de la vie quotidienne souffrent de la concurrence d'Internet : un internaute sur deux regarde aujourd'hui moins la télévision qu'auparavant (49%), tandis que 31% lisent moins de journaux ou de magazines et que 13% passent moins de temps en famille.

Le public français est encore en phase de structuration face au phénomène Internet. Structuration sociologique tout d'abord. On perçoit ainsi l'existence d'un premier clivage : face aux "initiés", une grande partie de la population française reste étrangère au phénomène. Structuration des pratiques ensuite : Internet est d'abord perçu, à ce jour, comme un média d'information avant d'être le formidable supermarché virtuel pronostiqué par certains.

Le grand pari d'Internet en France sera, à n'en pas douter, la conversion des pratiques : comment faire de ce consommateur d'information un acheteur ? Et, plus encore, quand cette transition sera-t-elle véritablement effective ? C'est une angoisse que doivent partager à ce jour nombre d'investisseurs.

L'Observatoire de l'Internet en France

L'analyse et les tableaux qui s'y rattachent ne constituent qu'un aperçu des informations contenues dans l'Observatoire de l'Internet en France. De nombreux autres éléments sont présents dans l'enquête. On citera notamment les thématiques suivantes : la satisfaction des utilisateurs à l'égard du contenu et de la forme des sites, le rôle d'Internet face aux médias traditionnels, la perception d'une possible autorité de contrôle, les atouts et les défauts d'Internet et les pratiques détaillées des internautes.

L'originalité de l'Observatoire de l'Internet en France tient notamment à la multiplicité des cibles interrogées : internautes, "intentionnistes" (c'est à dire les personnes aujourd'hui non internautes mais qui estiment avoir recours à moyenne échéance à ce vecteur) et Français dans leur ensemble ont été interrogés sur un questionnaire en grande partie identique, de manière à respecter le statut de chacun par rapport à l'outil.

L'autre originalité de cette enquête tient à l'ambition de ses questionnements. Qui ? Comment ? Quoi ? Cet observatoire barométrique se veut un outil de référence en matière de compréhension du phénomène Internet en France, loin du fantasme collectif. Quelle est la sociologie des internautes français, notamment au regard de nos principaux voisins européens ? Qu'est-ce qu'Internet a réellement changé ou changera dans la vie de ses utilisateurs présents ou futurs ? Quelles sont les pratiques actuelles ou potentielles des internautes ? Autant de questions largement développées dans cette enquête, dont une partie est ici rendue publique.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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