IPSOS FLAIR : UN MEDIA DANS L'AIR
Ipsos.fr : Il y a 10 ans paraissait la première édition d'Ipsos Flair. Qu'est-ce qui a motivé sa création ?
Yves Bardon : Une rencontre en 2004 avec Jean-Marc Lech. Grand amateur de sports collectifs, il citait le « French flair », cette expression anglaise pour rendre hommage à certaines victoires improbables. Il l’a choisie pour illustrer la différence et le caractère innovant d'Ipsos. Notre institut traite des millions d'informations dans tous les domaines, une position qui nous donne une vision exceptionnelle du consommateur-citoyen sous toutes ses facettes.
Avec le recul, avez-vous eu autant de flair que ça ?
Nous avons démarré 2005 avec le thème « Société sans merci » pour montrer que nous étions entrés dans une relation extrêmement dure entre les citoyens, les consommateurs, les marques et les politiques. Nous avons installé alors une lecture de la société française qui n'a jamais été démentie depuis. « La Divergence » qui est le thème d'Ipsos Flair cette année est la conséquence de cette relation de plus en plus désabusée et exigeante entre les citoyens et les promesses qui leur sont faites.
Il n'est pas toujours possible de flairer l'actualité. Comment mettez-vous à jour votre copie ?
Le passage d'Ipsos Flair au format digital apporte une grande souplesse. Nous traitons trois catégories de sujets. Ceux qui sont prévisibles et que nous choisissons de valoriser. Par exemple, le 1er mai, c’est l’ouverture à Milan de l'Exposition Universelle dont le thème cette année est « Nourrir la planète, énergie pour la vie ». C’est l’occasion de faire le lien avec Ipsos Flair Italie, lancé en 2010. Il y a ensuite l'actualité sur laquelle les experts Ipsos réagissent à chaud. Et puis, il y a la troisième voie qui concerne les sujets que nous souhaitons approfondir. Ce sont les focus thématiques que nos experts choisissent de traiter en fonction de leur impact social, économique et/ou scientifique.
UNE SOCIETE DIVERGENTE
Vous voyez en 2015 l'avènement d'une société de plus en plus divergente. Comment se manifeste-t-elle ?
L'exemple de divergence le plus récent : on a parlé de l'esprit du 11 janvier. On attend qu'il se prolonge et crée une harmonie républicaine assez magique. Oui mais voilà, les Français continuent à vivre leur vie, la réalité, les déceptions, les plans sociaux, les difficultés au quotidien. Traduction électorale : l’abstention, et pas l’implication attendue... C'est ça la divergence, l’écart entre ce que l'on attend des gens et ce qu'ils font réellement.
Ce qui s'est pourtant exprimé le 11 janvier marque un grand mouvement de convergence pour ne pas dire une communion ?
C'est une énergie qui s'est exprimée dans un désir de collectif extrêmement puissant. C'est aussi une énergie qui se manifeste à l'échelle personnelle dans la volonté de trouver des solutions pour continuer à se faire plaisir, à vivre, à profiter. « Profiter » est d'ailleurs l'un des mots les plus récurrents dans les discours des Français à propos de tout. Je suis parti en week-end et j'ai bien profité. Ce verbe synthétise tout. On est dans un monde où l'on profite ou pas. L'objectif des Français, c'est de continuer à « profiter » malgré la crise et grâce à la crise ! Il ne faut pas se faire trop d'illusions sur la société du « co ». Elle n'est pas idéologique. Elle offre avant tout un bénéfice pratique, économique voire relationnel. On ne fait pas du covoiturage pour des raisons uniquement écologiques en priorité.
Tout de même, il est question là de « convergence » et non plus de « divergence » ?
Oui mais l'exercice de la convergence entre particuliers est un accélérateur de la divergence entre les particuliers et les institutions, les entreprises/marques. On va faire ensemble en se passant des acteurs habituels ! Il y a partout des déstabilisations entre les acteurs classiques et des formes de consommation alternatives que la crise a aidé à se développer et installées durablement. En réalité, les gens sont vraiment d'accord sur le principe que rien ne va plus et, comme à la roulette, c'est peut-être l'opportunité de faire des paris insensés !
UN PROGRAMME EDITORIAL COMPLET
Ipsos Flair est-il ouvert à tous ou réservé à certains ?
Ipsos Flair est un programme éditorial numérique accessible à tous sur www.ipsos.fr/ipsos-flair. L'idée est d'en faire un média avec la possibilité pour les lecteurs de réagir, de commenter. L'objet n'est pas de diffuser seulement des données, de reprendre des baromètres ou des sondages. L'idée, c'est d’aider notre public en France, mais aussi en Chine, au Brésil, en Italie, en Inde, etc., en fonction de nos différentes éditions à l'international, à mieux comprendre les leviers de l’opinion (politiques, sociétaux, culturels) avec nos points de vue sur différents sujets clés. Il est rare qu'un institut d'études s'exprimer aussi directement. C'est une manière de bousculer les choses qui va dans le sens de notre nouvelle signature « Game changers ».
Quels sujets inscrits sont au sommaire d'Ipsos Flair cette année ?
2015 promet d'être riche sur Flair. C'est en effet une année-test deux ans avant la Présidentielle, avec les élections départementales à la fin du mois suivies des régionales en décembre. Nous reviendrons aussi sur le vote des femmes, un droit obtenu pour la première fois en France lors des élections municipales de 1945 . Il y a 70 ans, c'est aussi bien sûr la Libération et toute la séquence qui va s'ouvrir en lien avec cette commémoration. 2015 est une année cruciale où seront mis en exergue les enjeux et les interrogations sur le modèle français ainsi que les rapports de force et les nouvelles fractures au sein de la société. Nous allons ainsi bientôt parler d'individu divisé et de transhumanisme mais aussi d'innovation... Ipsos Flair étant désormais proposé dans un format digital, les sujets peuvent varier autant de fois qu'un des experts d'Ipsos souhaite publier un point de vue ou une analyse sur un sujet en lien avec une actualité à chaud ou prévisible. Il sera d'ailleurs très prochainement possible de s’abonner sur ipsos.fr pour recevoir via alertes email les publications Ipsos Flair.