Jordaniens-Américains : regards croisés sur la crise irakienne

Une récente enquête réalisée par Ipsos en Jordanie nous renseigne sur le climat d'opinion qui règne dans le Golfe persique. Si souvent dans cette région la situation politique n'autorise pas de mobilisation anti-guerre à l'image des manifestations qui ont lieu en Europe par exemple, l'enquête Ipsos-BBC montre l'hostilité des Jordaniens aux positions de l'administration Bush. Les deux tiers d'entre eux ne pensent pas non plus que "le peuple irakien vivrait mieux sans Saddam Hussein à la tête du pays"

Les Jordaniens n'ont pas trop de doutes sur les motivations des Etats-Unis dans ses menaces d'intervention militaire en Irak. Pour les deux tiers des personnes interrogées, "la principale raison pour laquelle les Etats-Unis préparent cette guerre est d'assurer son approvisionnement en pétrole". Moins nombreux sont ceux qui pensent que l'Amérique cherche en priorité à "destituer Saddam Hussein" (16%), à "détruire les armes de destruction massives" (11%), voire à "se prémunir contre un nouveau 11 septembre" (4%).
Sur cette question, les Américains sont plus partagés. Le tiers d'entre eux juge que la priorité des Etats-Unis est l'élimination des armes de destructions massives, un peu plus d'un sur quatre croient qu'on cherche d'abord à se prémunir contre d'autres attaques terroristes, 15% estime qu'on en veut surtout à Saddam Hussein, et 15% pense que le pétrole est la principale motivation. Une personne sur dix ne se prononce pas.

Au fil de ces dernières semaines, les Américains ont accordé de plus en plus d'importance à l'avis de l'ONU. Aujourd'hui pour la majorité d'entre eux, "Saddam Hussein ne doit être chassé du pouvoir seulement si un mandat des Nations Unies l'ordonne" (49%). Un bon tiers juge toutefois qu'une "coalition militaire" peut se charger de cette mission, même "sans le soutien des Nations Unies", contre 16% qui croient que c'est "seulement au peuple irakien" que doit revenir une telle décision. Cette dernière proposition recueille une très large majorité de suffrages en Jordanie (74%), contre 20% qui estiment qu'un mandat des Nations Unies serait suffisant. De toute façon, contrairement à la plupart des Américains (87%), les deux tiers des Jordaniens ne pensent pas que "le peuple irakien vivrait mieux sans Saddam Hussein à la tête du pays" (contre 22% qui le croit et 14% sans opinion).

La menace américaine n'aura en tout cas pas redoré le blason de George W. Bush dans le Golfe : seulement 5% des Jordaniens soutiennent les positions tenus par le Président des Etats-Unis par rapport à l'Irak, contre 90% derrière Jacques Chirac. Aux Etats-Unis, le Président de la République française est tout de même soutenu par un Américain sur dix (George Bush, 74% et Tony Blair, 16%). Mais si l'on en croit les Jordaniens, ses prises de position à l'ONU risquent fort de ne pas être entendues. Les trois quarts d'entre eux décrivent les Nations Unies comme avant tout "un forum de débat et de discussion". Moins d'un sur quatre pensent que "cette institution a le pouvoir de changer le cours des évènements". De leur côté, près de 60% des Américains croient en la capacité des Nations Unies d'inverser le cours des choses (contre 32% d'avis contraire).

Pour plus d'information, contacter
Mustapha Tabba'
Directeur Général
Amman, Jordanie
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