La consommation des français: une nouvelle donne?

La confiance économique des consommateurs ne connaît pas de détérioration majeure à la suite des attentats du 11 septembre. Leur impact n''est en rien comparable avec la situation enregistrée aux Etats-Unis, où le dernier indice de confiance des consommateurs, publié la semaine dernière, connaissait un tassement brutal. Sans céder à la crainte d''une récession, les Français semblent vouloir adopter un comportement de prudence de consommation dans les mois qui viennent.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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Les consommateurs face à la conjoncture économique : l'analyse de Pierre Giacometti, Directeur Général d'Ipsos, d'une étude Ipsos - Sofinco réalisée pour LCI et Le Figaro:

La confiance économique des consommateurs ne connaît pas de détérioration majeure à la suite des attentats du 11 septembre. Leur impact n'est en rien comparable avec la situation enregistrée aux Etats-Unis, où le dernier indice de confiance des consommateurs, publié la semaine dernière, connaissait un tassement brutal.

Le niveau de confiance dans " l'évolution du niveau de vie dans les prochains mois " est néanmoins en baisse. Le pessimisme redevient légèrement majoritaire : en progressant de 4 points, il rejoint le niveau enregistré dans la vague du baromètre Sofinco du mois de février 2000.

La capacité de résistance de cet indicateur est évidemment décisive pour les prochains mois. En effet, depuis maintenant 3 ans, grâce à une dynamique de croissance restaurée, les Français ne sont plus dans la situation d'anticiper dans leur grande majorité une détérioration de leur situation financière. C'était en revanche le cas durant les années 1997 et 1998. Le relatif équilibre constaté dans cette enquête sur cette question témoigne bien du fait que les Français n'ont pas, dans leur majorité, intégré l'hypothèse du retour de la récession.

Mais cet équilibre est précaire. Au-delà de cette vision d'ensemble, on observe en effet des signes tangibles de la montée des inquiétudes. Le solde de confiance des consommatrices, dont le comportement est souvent décisif dans l'orientation des flux de dépenses des foyers, perd 16 points (57% de pessimisme contre 41% d'optimisme) et rejoint les niveaux convalescents du début de l'année 1999. Le contraste avec la progression de la confiance masculine est, dans cette étude, significatif (55% d'optimisme contre 42% de jugements inverses, soit 5 points de progression). Dans cette période marquée par une vision incertaine de l'avenir, jamais l'écart de confiance économique entre hommes et femmes n'avait atteint une telle importance depuis la création du baromètre Sofinco (29 points au total !).

Le pronostic des jeunes sur leur avenir financier continue à progresser alors que celui des catégories salariées moyennes ou populaires connaît une détérioration significative. La fragilité de ce niveau général de confiance économique est également illustrée par l'appréciation que font les Français de leurs marges de manœuvre financières à court et moyen terme. Si près de la moitié d'entre eux (42%) n'imagine pas de changement significatif, un cinquième décrit le scénario d'une amélioration alors qu'un Français sur trois retient l'hypothèse d'une dégradation. Parmi les plus de 60 ans, cette hypothèse rassemble plus de 50% des personnes interrogées.

Dans ce climat d'expectative, le temps est à la prudence. L'intention des consommateurs d'adopter des réflexes d'épargne de précaution constitue l'un des principaux enseignements de l'enquête Ipsos-Sofinco. En voici plusieurs illustrations :

  • Le suivi barométrique depuis 5 ans de l'arbitrage épargne/dépense souligne l'interruption de la tendance favorable au réflexe de consommation. Lors de la vague d'enquête du mois du printemps dernier, 43% des consommateurs exprimaient leur souhait de vouloir dépenser " une augmentation de 10% de leurs revenus " contre 53% qui déclaraient préférer " mettre de côté " cette ressource nouvelle.

    Aujourd'hui, ils ne sont plus que 41% à vouloir la dépenser, soit le plus faible niveau depuis la création de cet indicateur, alors que 57% choisissent le réflexe d'épargne. Cette évolution marquée en faveur de l'épargne de précaution est particulièrement significative chez les femmes, les salariés issus des classes moyennes ou disposant de revenus modestes.

  • Une majorité des consommateurs français (53%) déclare " avoir envie d'attendre avant d'engager des dépenses importantes. Cette volonté de prudence atteint un niveau supérieur à la moyenne parmi les foyers aux revenus les plus modestes.
  • De tous les arbitrages micro-économiques recensés dans l'étude Ipsos, la volonté d'épargner est la plus fréquente. 23% des Français déclarent avoir " essayé de mettre de l'argent de côté " depuis le 11 septembre. Cette réaction de prudence touche toutes les strates de revenus, et parmi les classes d'âge, plus particulièrement les jeunes. D'autres attitudes suivent la même orientation, comme celles consistant à " différer certains achats " (18%) ou à " diminuer le montant du ticket de caisse " (13%).

Si l'ensemble de ces nouveaux arbitrages ne touche qu'une minorité des acteurs économiques, le phénomène pourrait néanmoins ne pas rester sans conséquence sur les comportements effectifs de consommation. Ils concernent en effet le plus souvent les mêmes catégories fragilisées par une anticipation pessimiste de la situation économique: plutôt les femmes que les hommes, les milieux populaires et les personnes âgées notamment.

Par ailleurs, dans le scénario d'une incertitude prolongée, la propension à épargner et le désir de ralentir le rythme de dépenses sont particulièrement prononcés. Economiser, différer des achats, adopter une plus grande retenue au moment de dépenser au quotidien : les consommateurs français veulent pouvoir se constituer une réserve d'épargne si la perspective de temps plus difficiles venait à se confirmer.

Dans ce climat incertain, le moral général des consommateurs va bien évidemment influer de manière déterminante sur les tendances des mois à venir. A ce titre, la psychologie collective des Français apparaît finalement assez solide. Les Français, dans leur très grande majorité " veulent résister " aux tentations de la déprime " par esprit civique " (73%) et sont également nombreux (54%) à vouloir se convaincre que le trouble économique correspond plus à une période passagère. Même au sein des catégories les plus inquiètes, l'horizon d'une nouvelle récession n'est décrit que par une minorité.

Dans leur très grande majorité (84%), les Français n'ont pas modifié leurs habitudes de consommation. Conduits à énoncer leurs premières décisions intervenues sur un certain nombre de postes de dépenses depuis la mi-septembre, ils affirment le plus souvent avoir maintenu leurs habitudes. A la marge, ce sont les voyages de tourisme et, à un degré moindre, les dépenses d'habillement qui semblent les premiers touchés. La hiérarchie devient beaucoup plus lisible lorsqu'il s'agit d'anticiper sur des arbitrages futurs en cas d'incertitude économique prolongée. Le secteur touristique et celui des transports aériens pourraient bien devenir la principale victime de la tension internationale. C'est déjà le cas outre-atlantique et les premières données collectées en France le confirment.

Près d'un Français sur trois déclare être prêt à retarder ou limiter ses dépenses de voyages touristiques. C'est plus particulièrement le cas des jeunes et des consommateurs les plus aisés sur le plan financier. A l'approche des fêtes de fin d'année, les secteurs de l'audiovisuel, de l'informatique et de l'équipement du logement pourraient également souffrir d'une baisse éventuelle du moral des consommateurs : ce sont les autres secteurs sur lesquels les intentions de restriction sont les fréquemment avancées.

Si la crise internationale venait à monter d'un cran, le risque de secousse dans le rythme des comportements de consommation est donc réel pour la fin de l'année et le début de l'année 2002, au moment crucial de la mise en circulation de l'euro.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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