La dédramatisation du sida et l’amélioration des traitements entraînent un relâchement des attitudes
Face au sida, la prévention et l’information demeurent plus que jamais des impératifs catégoriques. Même s’il est toujours difficile d’évaluer et de mesurer des attitudes qui relèvent de la plus stricte intimité, l’enquête d’IPSOS révèle qu’un quart des Français (et plus particulièrement les hommes que les femmes) seraient susceptibles d’adopter des comportements à risques. Ce phénomène de « relaspe » se nourrit à l’évidence de fausses croyances sur la maladie : trois Français sur dix ne la considèrent plus comme incurable.
Un quart des Français pourrait « potentiellement » avoir des comportements à risques…
Depuis un certain temps, de nombreuses voix s'élevaient pour affirmer qu'il y avait aujourd'hui un très fort relâchement des comportements de prévention que l'on avait pu observer les années précédentes. Le fait est par exemple, que le nombre de cas de Syphilis a brutalement augmenté. Beaucoup estiment encore aujourd'hui que les comportements de « relapse » (ou relâchement) restent très rares sein de la population. L'enquête IPSOS vient remettre de façon dramatique les pendules à l'heure et montre non seulement que ce phénomène est très certainement bien réel mais aussi qu'il tend à prendre de plus en plus d'importance chez nos concitoyens. Aujourd'hui, 21% des Français avouent que s'ils rencontraient une personne pour laquelle ils éprouvent beaucoup de désir mais que cette dernière refusait d'utiliser un préservatif lors de leur premier rapport sexuel, ils ne sauraient pas vraiment ce qu'ils feraient, cela dépendrait de la personne . Plus grave, 3% avouent qu'ils accepteraient d'avoir des rapports sexuels non protégés . Au total, c'est près de 24% de la population des 18-60 ans qui avoue être touchée par ce comportement de relâchement alors que l'on estimait qu'il était très peu répandu. Ramené à l'ensemble de la population française, ce chiffre fait frémir même si 73% des personnes interrogées disent qu'elles refuseraient d'avoir des rapports sexuels ..
Autre enseignement de l'enquête, ce comportement de relapse se retrouve au sein de l'ensemble de la population interrogée même si on identifie certaines cibles dont les attitudes sont plus inquiétantes. Les hommes se montrent beaucoup plus « relâchés » que les femmes : 28% d'entre eux ne sauraient pas à l'avance ce qu'ils feraient, cela dépendrait de la personne (contre 15% pour les femmes) et 4% affirment qu'ils n'en mettraient pas (contre 2% pour les femmes). Au total, 32% de ces messieurs se montrent potentiellement adeptes du « relapse » (contre 17% des femmes).
Par ailleurs, même si cette attitude se retrouve au sein de l'ensemble des générations, c'est auprès des classes d'âge intermédiaires et des plus âgés que l'on trouve le plus souvent des comportements à risques. Si 79% des 18-24 ans et 82% des 25-34 ans affirment qu'ils mettraient un préservatif, la proportion chute à 73% pour les 35-44 ans, 65% pour les 45-54 ans et 60% pour les 55-60 ans. Ces chiffres peuvent être interprétés de différentes façons.
Nul doute, qu'une partie de l'explication tient d'abord au fait que les plus jeunes ayant très certainement plus souvent que les autres des expériences sexuelles avec différents partenaires, ils se sentent plus souvent exposés au risque. Ils se protégent donc peut-être plus. Une bonne part d'entre eux a aussi découvert la sexualité au moment où le sida était déjà là et la nécessité d'utiliser systématiquement un préservatif est un message qu'ils ont toujours entendu et certainement plus souvent intégré.
A l'opposé, si les générations les plus âgées avouent des comportements potentiellement plus dangereux (c'est normalement l'inverse qui se produit), c'est peut-être aussi parce que nombre d'entre eux ont connu une sexualité avant « les années sida », celles de l'apparition du virus et de l'épidémie au moment même où être atteint du virus était synonyme de mort (ce qui n'est plus le cas comme nous allons le voir). Ce comportement de « relapse » concerne très certainement pour une bonne part des individus qui en « ont marre » et souhaitent revenir à leurs anciennes pratiques.
Facteur aggravant, pour beaucoup de Français, le sida n'est plus une maladie incurable dont on meurt
Si l'on devait évoquer un effet néfaste de l'apparition des nouveaux traitements, ce serait celui là. En effet, outre le fait, important, que beaucoup de nos concitoyens ne perçoivent pas véritablement le drame qui se joue aujourd'hui en Afrique et en Asie, on note que 27% des Français interrogés estiment que le sida est une maladie grave mais qui se soigne bien tandis que 3% considèrent même qu'elle n'est plus vraiment grave grâce aux progrès actuels de la médecine. Pire, on observe une certaine corrélation entre la perception de la maladie et le niveau de relâchement.
Ceux qui pensent que la maladie est grave mais qu'elle se soigne bien ou qu'elle ne l'est plus vraiment, affirment aussi plus fréquemment que les autres que si leur partenaire leur demandait de ne pas mettre de préservatif pour faire l'amour, ils verraient au cas par cas ou n'en mettraient pas. Ces résultats ne sont pas non plus très encourageant en ce qui concerne le niveau de mobilisation de nos concitoyens pour éradiquer la maladie.
Là encore, pour les mêmes raisons que celles exposées précédemment, on note que les plus âgés sont là encore les moins raisonnables. A titre d'exemple, près de la moitié des 55-60 ans ne considèrent pas que le sida est une maladie incurable dont on meurt (49%) tandis que 41% des 45-54 pensent de même.
Mais le sida est toutefois aujourd'hui massivement perçu comme une maladie dont on parle insuffisamment à la télévision
Si une proportion importante de nos concitoyens font montre aujourd'hui de tendances inquiétantes au relâchement face à la maladie, s'ils se montrent très nombreux à ne pas considérer que c'est une maladie incurable dont on meurt…au moins, ils éprouvent majoritairement que l'on ne parle pas assez du sida à la télévision (67%). Toutefois, ce résultat reste à relativiser. D'abord parce que lorsque l'on voit leur état d'esprit actuel, on est tenté de considérer que l'on n'en parle certainement pas assez. Ensuite parce que plus d'un Français sur trois considère que l'on en parle suffisamment (29%) ou trop souvent (3%). Enfin et surtout parce que les personnes qui ne pensent pas que le sida est une maladie incurable dont on meurt, considèrent aussi plus fréquemment que les autres que l'on parle suffisamment ou trop du sida à la télévision (38%).
Fiche technique :
Sondage effectué pour : TF6 / TELE CABLE SATELLITE HEBDO
Date du terrain : Les 30 septembre et 1 er octobre 2005
Echantillon : 724 personnes, constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Méthode : Echantillon interrogé par téléphone
Méthode des quotas : sexe, âge, profession du chef de famille, catégorie d'agglomération et région.