La France au scalpel
Pour le directeur général d’Ipsos France, la défiance des Français à l’égard des politiques est due à la crise du résultat. La désacralisation des médias est également le symptôme d’une opinion déboussolée qui ne sait plus qui croire.Analyse publiée dans le numéro 407 de la revue l'hémicycle.
La défiance des Français à l’égard des institutions et des autorités est un phénomène profond et ancien. Son moteur principal est la crise du résultat. Or, rarement la crise du résultat en politique n’a été aussi profonde : aux 25 ans de chômage de masse s'ajoute la perception d’un pouvoir d'achat en berne et une dette et des déficits publics dont tout le monde a compris la profondeur. Ils nourrissent la peur d'une érosion inéluctable de la protection sociale, d’une hausse probable de la fiscalité et au final, la projection d'un déclassement inéluctable. Si l'on y ajoute un sentiment d’inégalité historique, une insécurité non réglée et une immigration qui taraude certains, tous les ingrédients sont réunis, à un an du scrutin présidentiel, pour amplifier la crise du résultat, le rejet des sortants et le sentiment, omniprésent dans la société française, que les puissants (comprendre les politiques, les grands patrons, les médias et depuis peu les sondages nous manipulent ». C’est cette situation qui fonde le glissement de pans entiers de la société vers des formes de désengagement (abstention en hausse d’un côté, salariés de moins en moins motivés de l'autre) ou de contestation active du système : on ne l’a pas assez dit, mais le total des intentions de vote en faveur du FN, de l’extrême gauche et d'un Front de gauche - dont le leader préconise “qu’ils s’en aillent tous”- dépasse les 30 %. C'est un peu plus que le record atteint le 21 avril 2002 par ces mêmes forces anti-système. [...]