La perception par les parents des risques encourus par leurs enfants sur Internet

La Délégation Interministérielle à la famille a souhaité réaliser une enquête auprès de parents d’enfants de 6 à 17 ans, afin de mesurer la perception par ceux-ci des risques encourus par leurs enfants sur Internet. Cette étude a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 801 parents d’enfants de cette classe d’âge, du 26 au 28 décembre 2007.

Auteur(s)
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
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Plus d’un parent sur deux d’enfant internaute considère que ce dernier prend des risques

Les parents dont les enfants vont sur la Toile, sont relativement inquiets, à considérer que lorsque leur enfant surfe, il est confronté « souvent », « parfois » ou « rarement » à des contenus ou des propos inadaptés à son âge ou « traumatisants ». A l’opposé, 46% sont convaincus que leur enfant n’est « jamais » confronté à de tels propos. En revanche, ce taux est nettement plus élevé lorsque sont considérés les parents d’enfant ne surfant pas encore sur la Toile : 84%.

En effet, interrogés sur les risques encourus par leurs enfants lorsqu’ils surfent sur Internet, concernant notamment les contenus ou propos inadaptés à leur âge ou traumatisants sur lesquels ils pourraient tomber, les parents répondent différemment selon que leur enfant, selon eux, surfe sur Internet ou n’y va jamais.

Il convient toutefois d’avoir à l’esprit que les parents dont les enfants ne surfent jamais sur Internet sont essentiellement des parents de jeunes enfants (6-10 ans). Il est donc probable que leurs réponses soient pour beaucoup liées à l’âge de l’enfant : celui-ci étant encore très jeune, ces parents estiment davantage que les contenus auxquels ils pourraient être confrontés sur Internet sont inadaptés ou traumatisants.

Pour autant les parents d’enfants plus âgés (11 à 17 ans) et qui ne surfent pas sur Internet, certes peu nombreux, se montrent très inquiets sur le sujet : 92% d’entre eux considèrent que si leur enfant surfait sur Internet, il serait confronté à des contenus ou propos inadaptés à son âge ou traumatisants. Il est probable que ces parents sont moins inquiets du fait du jeune âge de leur enfant qu’en raison d’une méfiance à l’égard d’Internet, sans doute considéré comme un outil potentiellement dangereux pour des adolescents souvent en recherche d’autonomie, voire en opposition à leurs parents, et dont les actes sont moins facilement contrôlables par ces derniers.

Les parents d’enfants allant peu sur la Toile – moins d’une fois par semaine – se montrent logiquement nettement moins inquiets (13%) que ceux dont les enfants y vont tous les jours ou presque (33%). Les plus gros consommateurs d’Internet étant des jeunes de 15 à 17 ans, ce sont logiquement les parents d’adolescents de cet âge qui envisagent le plus le fait que leur enfant soit confronté à ce type de propos (32% contre 14% des parents d’enfants de 6 à 10 ans). Dans la même logique, filles et garçons fréquentant Internet de manière relativement similaire, l’exposition à un danger potentiel ne concerne selon les parents pas plus les unes que les autres. Enfin, le fait de disposer d’une connexion à domicile ne modifie pas non plus la perception que les parents se font des risques puisque, comme on l’a vu, ils sont conscients que leur enfant peut aller sur Internet en dehors du domicile familial.

Les dangers d’Internet vus par les médias

Les parents estiment majoritairement que la manière dont sont présentés les dangers d’Internet dans les médias, à l’école ou dans l’opinion publique est bonne (« comme il faut » : 59%). A l’opposé, 11% jugeant qu’elle est exagérée et 29% considèrent tout de même qu’elle est au contraire sous-estimée.

Assez logiquement, les parents dont les enfants ne surfent pas sur Internet et qui pensent que si c’était le cas ils seraient exposés à des contenus inadaptés sont plus nombreux à déclarer que ces dangers sont sous-estimés (37%). C’est aussi le cas de ceux qui affirment que leur enfant est d’ores-et-déjà confronté à ce type de propos (33%).

Le logiciel de contrôle parental plébiscité

Face aux problèmes de sécurité sur Internet, les attentes des parents se concentrent dans deux domaines : une amélioration technique, via les logiciels de contrôle parental, et une amélioration en termes de communication, via le développement de l’information des citoyens sur le sujet.

Ainsi, 61% des parents jugent qu’il est primordial d’améliorer les performances des logiciels de contrôle parental, tandis que 32% jugent cela « important mais pas primordial » et 7% seulement secondaire. Les logiciels de contrôle parental semblent donc rassurer les parents, probablement en raison de l’aspect préventif de cet outil, mais aussi de son caractère concret. Les parents attendent sans doute des améliorations poussées dans le domaine pour s’assurer qu’ils peuvent garder un œil sur les sites fréquentés par leur progéniture. Ce souhait concernant les logiciels émane essentiellement des parents d’enfants de 6 à 10 ans (65%) et de 11 à 14 ans (64%), plus jeunes donc plus vulnérables, mais aussi même si c’est dans une moindre mesure, des parents d’adolescents de 15 à 17 ans (49%) – les plus exposés à des dangers selon les parents.  

Notons également que les mères (66%) jugent davantage que les pères (55%) que c’est quelque chose de primordial, tout comme les parents qui n’ont pas de connexion Internet chez eux (70%) par rapport à ceux dont le domicile est équipé (58%). En revanche, les parents expriment des attentes similaires sur ce sujet qu’ils estiment ou non que leurs enfants est effectivement confronté à des contenus choquants ou non.

Au-delà d’un contrôle technique des sites fréquentés par leurs enfants, les parents semblent être demandeurs d’une plus grande communication sur ce sujet. Ainsi, 57% d’entre eux considèrent qu’il est primordial de disposer d’informations facilement accessibles et compréhensibles sur le sujet, 36% estimant que c’est important mais pas primordial, et seulement 7% que c’est secondaire. Cette demande d’information passe notamment par le développement de campagnes de sensibilisation sur les risques liés à Internet, jugé primordial par 57% des parents d’enfants de 6 à 17 ans, 38% estimant que c’est important mais pas primordial, et 5% que c’est secondaire. En revanche, l’organisation de débats publics avec des experts est davantage considérée comme quelque chose « d’important mais pas primordial » (48%), voire secondaire (34%), que comme quelque chose de « primordial » (18%). Ces chiffres sont moins le reflet d’un désintérêt des parents pour de tels débats que la marque de leur préférence pour une information plus accessible et plus facilement compréhensible : il est probable que le principe de débats avec des experts leur apparaisse à première vue plus technique et plus ardu, et donc moins fondamental ou moins urgent, que des campagnes de sensibilisation davantage destinées au grand public.

Une pratique massive d’Internet

Lorsqu’on demande aux parents à quelle fréquence leurs enfants surfent sur Internet, leur réponse est sans appel : leurs enfants surfent massivement sur Internet, et ce dès leur plus jeune âge. Ainsi, les trois quarts (77%) des parents d’enfants de 6 à 17 ans estiment que leur enfant surfe sur Internet, dont près d’un tiers qui déclarent que celui-ci surfe « tous les jours ou presque ». Les enfants les plus âgés sont les plus gros consommateurs de web, la quasi-totalité des 15-17 ans surfant sur la Toile (96%) d’après leurs parents, et ce de manière très régulière (65% le font tous les jours ou presque). Mais les plus jeunes ne sont pas en reste : 60% des parents d’enfants de 6 à 10 ans indiquent ainsi que leur enfant va sur le Net, dont 37% qui précisent qu’il y va au moins une fois par semaine. Les réponses des parents à cette enquête montrent qu’Internet est devenu un outil de communication maîtrisé par une part considérable de jeunes enfants, et adopté par la quasi-totalité des lycéens. L’utilisation massive d’Internet augmente avec l’âge, mais n’est en revanche pas liée au sexe de l’enfant : filles comme garçons, à tous les âges, utilisent de manière similaire cet outil de communication. 

Logiquement, la pratique d’Internet est plus fréquente quand les enfants disposent d’une connexion à la maison. Ainsi, 83% des parents qui sont connectés chez eux déclarent que leur enfant surfe sur le web, contre 59% de ceux qui n’ont pas de connexion à domicile. Pour autant, si ces chiffres témoignent de l’utilisation massive d’Internet par les enfants lorsque le foyer dispose d’une connexion, ils montrent également que même lorsqu’ils n’y ont pas accès chez eux, ils arrivent majoritairement à y aller dans un autre cadre (l’école, les cafés Internet, chez des amis etc.). Plus significatif, 20% des parents dont le foyer n’est pas doté d’une connexion indiquent que leur enfant surfe sur Internet tous les jours ou presque.

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  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs

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