La prévention de la santé des yeux dans le monde : quelles pratiques ? Quelles spécificités ?

En 2014, la prévention de la santé oculaire est une pratique répandue dans le monde. Pour autant, il existe des spécificités. Une grande enquête internationale, menée auprès de 7000 personnes sur quatre continents – Europe (France, Allemagne), Amérique du Nord (États-Unis), Amérique du Sud (Brésil) et Asie (Chine, Japon, Inde) – révèle analogies et disparités.

Auteur(s)

  • Thibaut Nguyen Directeur Trends & Prospective
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INFORMATIONS CLÉS

Les deux piliers de la prévention dans le monde : protection solaire et recours à un spécialiste :

  • 32% des personnes dans le monde portent des lunettes solaires (45% en France, 47% aux USA)
  • 30% des personnes consultent un spécialiste (48% des Français, 41% des Américains, 31% des Allemands, 11% des Chinois, 7% des Japonais).
  • Un tiers de la population en moyenne est en contact avec un spécialiste des yeux au moins une fois par an :
  • 37% des personnes consultent un docteur-prescripteur au moins une fois par an et 29% un opticien.

Seniors et femmes sont les plus soucieux de prévention oculaire.

Les yeux ont toujours représenté un capital précieux mais fragile à préserver tout au long de sa vie. Avec les progrès spectaculaires de l’ophtalmologie au cours des dernières décennies, il est aujourd’hui plus aisé d’en améliorer et d’en entretenir le bien-être. De fait, les individus ont accès à beaucoup plus d’informations de prévention que par le passé. Et, dans de nombreux pays, l’accès aux spécialistes des yeux a été rendu plus simple.

Néanmoins, des marges de progres­sion existent partout dans le monde. Car la question subsiste : à l’époque de la surinformation, la prévention de la santé des yeux est-elle devenue un réflexe pour tous ? Quelles sont aujourd’hui les pratiques les plus répandues ? Et le sont-elles auprès de tous les segments de la population de façon uniforme ?
C’est pour répondre à ces questions qu’Ipsos a mené en 2014 une grande enquête internationale sur quatre continents (1) : Europe (France, Allemagne), Amérique du nord (États-Unis), Amérique du Sud (Brésil) et Asie (Chine, Japon, Inde). Dans chaque pays, un échantillon de 1 000 personnes a été interrogé, représentatif des populations nationales (des populations urbaines en Chine, en Inde et au Brésil). Au total, 7 000 interviews ont été conduits.

Dans chaque pays, les mêmes indicateurs ont été mesurés, ce qui permet de comparer les représentations et les habitudes d’un pays à un autre. En définitive, il apparaît que la prévention de la santé des yeux est une pratique répandue dans le monde, mais que tout le monde n’est pas sensibilisé de la même façon. Des stratégies de communication et de ciblage différenciées sont donc pleinement justifiées pour continuer à améliorer dans le futur le bien-être et la santé oculaire des individus. 


À l’échelle mondiale, deux tiers des individus ont un comportement de prévention vis-à-vis de leurs yeux.

Interrogés sur ce qu’ils font pour pré­server la santé de leurs yeux, 68% des individus indiquent pratiquer au moins une action de prévention (cf. fig. 1). Fait notable : ce chiffre est comparable d’un pays à un autre. De plus, dans des pays tels que la Chine ou le Brésil, les classes moyennes urbaines convergent de plus en plus dans leurs habitudes de santé vers les populations des pays développés. Une exception est à souligner cepen­dant : au Japon, seulement 36% des personnes interrogées disent entre­prendre une action de prévention.

Les deux piliers de la prévention : protection solaire et recours à un spécialiste

Quelles sont les actions entreprises pour prendre soin de ses yeux ? Deux comportements de prévention ocu­laire se détachent aujourd’hui dans le monde. Le premier consiste dans le port de lunettes de soleil. Pour 32% des personnes interrogées, c’est aujourd’hui un réflexe bien ancré. La protection des yeux à l’égard de l’exposition au soleil est perçue comme un véritable geste de santé. C’est en France et aux Etats-Unis que la population est la plus sensibilisée. Dans ces deux pays, près d’un individu sur deux dit porter des lunettes de soleil pour se proté­ger les yeux : respectivement 45% en France et 47% aux Etats-Unis.
La deuxième action de prévention la plus répandue dans le monde est la consultation d’un spécialiste. De ce point de vue, rien de mieux qu’une visite régulière selon 30% des personnes interrogées. À noter que la consultation régulière d’un spécialiste est net­tement plus élevée dans les pays occidentaux : elle concerne 48% des Français, 41% des Américains et 31% des Allemands. En Asie, elle représente un réflexe beaucoup plus occasionnel (11% en Chine et 7% au Japon).
D’autres actions ont été citées par les personnes interrogées mais elles sont moins diffusées et leur intensité varie grandement d’un pays à un autre. À noter cependant que l’omniprésence des écrans conduit les individus les plus exposés à protéger leurs yeux. Signe que l’ordinateur ou les tablettes font aujourd’hui partie intégrante de l’univers professionnel pour un grand nombre de gens, la proportion d’individus utilisant des verres pour se protéger des écrans touche en moyenne plus d’un individu sur dix dans au sein de la population interrogée.

Enfin, certaines actions sont spéci­fiques à certaines aires culturelles. Ainsi en Asie (Inde et Chine principalement), une partie non négligeable de la population dit manger régulièrement certains aliments censés avoir un effet positif sur la vue (respectivement 47% en Inde et 41% en Chine). Ce type d’action de préven­tion appliquée aux yeux est beaucoup plus limité dans les pays occidentaux où l’alimentation est associée à d’autres bénéfices santé et peu à la santé oculaire.

Les seniors et les femmes sont les plus soucieux de la prévention oculaire

L’enquête confirme que certains seg­ments spécifiques sont aujourd’hui davantage préoccupés de protéger leurs yeux que le reste de la population. Sans surprise, plus on avance en âge et plus on entreprend au moins une action pour préserver la santé de ses yeux (Cf. Fig. 2). Ainsi 73% des plus de 50 ans font quelque chose contre 66% des moins de 35 ans. C’est surtout le recours à un pro­fessionnel qui distingue les plus âgés. En effet, si le port de lunettes de soleil a été adopté par toutes les générations, la consultation régulière d’un spécialiste augmente nettement avec l’âge. 41% des plus de 50 ans disent y avoir recours contre seule­ment 25% des moins de 35 ans.

Autre segment actif en matière de prévention de la santé des yeux : les femmes. D’une part, elles sont plus nombreuses à faire quelque chose pour leurs yeux (70% contre 65% des hommes, voir Fig. 3). D’autre part, sur la plupart des actions, elles devancent les hommes de façon significative. Ainsi sont-elles nette­ment plus nombreuses que leurs homologues masculins à déclarer porter des lunettes de soleil quand elles se trouvent dans un environnement extérieur (37% contre 28%). Elles sont aussi plus nombreuses à consulter régulièrement un spécia­liste des yeux (33% contre 27%). De même, elles sont plus enclines que les hommes à reconnaître tenir compte des vertus de certains ali­ments pour prévenir la santé de leurs yeux (26% contre 22%). Enfin mais non des moindres, elles sont égale­ment plus nombreuses que les hommes à s’hydrater les yeux (17% contre 12%). Bref, les femmes sont aujourd’hui plus sensibilisées que les hommes et agissent en conséquence. C’est une population à l’écoute. Cela signifie aussi que les femmes sont en demande d’information sur une démarche de prévention à long terme.

Les professionnels des yeux : un rôle intermédiaire dans la hiérarchie des acteurs de la santé

Quand on se penche plus en détail sur les chiffres de consultation des professionnels, on observe que 37% des personnes interrogées disent voir un ophtalmologiste (optométriste dans les pays anglo-saxons) au moins une fois par an et 29% un opticien. Ces chiffres sont significatifs : un tiers de la population en moyenne est en contact avec un spécialiste des yeux au moins une fois par an.

Néanmoins, quand on compare ces chiffres avec ceux des autres spécia­listes on se rend compte que le recours à d’autres professionnels est beaucoup plus fréquent (Cf. Fig. 4). C’est le cas notamment du médecin généraliste que 63% des personnes interrogées vont voir au moins une fois par an. C’est surtout le cas des dentistes que l’on va voir nettement plus souvent que les ophtalmologistes. En effet, 59% lui rendent visitent au moins une fois par an.
Au global, le professionnel des yeux vient après le dentiste et, dans le cas des femmes, après la consultation d’un gynécologue. En revanche, il vient avant les dermatologues, les ostéopathes, les cardiologues ou les nutritionnistes. Le spécialiste des yeux occupe donc une position impor­tante mais intermédiaire. Dans tous les pays de l’enquête, les patients le voient nettement moins qu’un médecin généraliste, ce qui est natu­rel, mais aussi beaucoup moins qu’un dentiste, alors même que la vue est un capital précieux comme le révè­lent de nombreuses études. Ainsi, une étude conduite par Ipsos en 2013 (2) auprès de jeunes âgés de 15 à 30 ans montrait que la vue, après les dents, était la partie du corps dont il est très important de prendre grand soin le plus tôt possible dans sa vie. Cette perception était la même en Europe, aux Etats-Unis ou en Chine.
Si l’Europe domine pour les consultations du médecin généraliste, la fréquentation des professionnels des yeux est relativement homogène dans les autres régions couvertes par l’enquête. Les Américains sont plus réguliers et font appel plus souvent aux ophtalmologistes que partout ailleurs. Dans les pays émergents, la population urbaine et connectée y a un accès plus fréquent.

Enfin, si les seniors consultent davan­tage que les jeunes, une proportion non négligeable de jeunes y ont recours régulièrement. Le rôle des parents et de l’institution scolaire en est sans doute en partie responsable.

Femmes et seniors : des populations plus soucieuses de prévention oculaire

En conclusion, il apparaît que si les populations dans la plupart des pays étudiés sont sensibilisées à la prévention oculaire, certains seg­ments se distinguent par leur plus grande implication. Les femmes et les seniors, en particulier, sont la fois plus actifs et plus réguliers dans leur consultation de spécialiste. Elles constituent, en conséquence, des cibles privilégiées pour toute action de prévention. Ce fait doit aussi inciter les professionnels de santé à s’intéresser à ces populations qui semblent moins impliquées : les plus jeunes ou les hommes. Il y a là un enjeu de santé publique qui passe par une information plus ciblée.

Source : article paru dans le magazine Points de Vue (N° 71 - Automne 2014)

(1) Ipsos, Understanding health positioning across cultures, March 2014. Survey conducted in France, Germany, United States, Brazil, China, Japan and India.
(2) Ipsos, Jeunes Attitudes 2013, November 2013. Survey conducted in France, Germany, United States and China.

Auteur(s)

  • Thibaut Nguyen Directeur Trends & Prospective

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