La répartition des tâches ménagères au sein du couple: mode d’emploi

Depuis un certain nombre d’années, il semblerait que cette fois, ça y est : les hommes se sont mis aux tâches ménagères. Les femmes disposeraient désormais d’un soutien de taille. Récurer le carrelage, baigner les enfants, mitonner un petit plat ou repasser une montagne de linge, cela ne ferait plus peur aux hommes. Ils auraient changé à tel point que l’on parlerait même dorénavant de « partage » des tâches ménagères. Mais qu’en est-il dans la réalité ? Quelles sont les relations qu’entretiennent aujourd’hui les couples dans le domaine des tâches ménagères ? Le partage est il aujourd’hui une réalité ou une fiction ?

Auteur(s)

  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
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MAPA, SPONTEX et IPSOS ont voulu réaliser un état des lieux en donnant directement la parole aux couples et en leur demandant de nous raconter comment les choses se passent à la maison. 569 personnes vivant en ménage et issues d’un échantillon représentatif de la population française ont été interrogées. Leurs réponses ont permis de dresser un panorama complet et contrasté de la situation.

Du côté des femmes : si les hommes acceptent de réaliser certaines tâches ménagères, leur investissement reste aujourd’hui encore très limité

Les hommes avouent que leurs compagnes font la quasi-totalité des tâches ménagères et le plus souvent sans renâcler. C’est le cas pour le tri et le nettoyage du linge (pour 94% des hommes interrogés, elles le font sans rechigner), pour le fait de changer les draps (94%), laver les sanitaires (90%) mais aussi laver les sols (84%), cuisiner (82%), faire la vaisselle (81%) ou encore faire les courses (80%) et repasser (79%). D’ailleurs, les femmes ne les démentent pas. Lorsqu’on leur demande si elles s’investissent sur ces tâches, elles confirment la perception des hommes.
Qu’en est-il des hommes ? Pour ce qui est de sortir les poubelles, ces dames viennent confirmer les dires des messieurs. Il semble que ce soit l’un des domaines réservés des garçons puisque 79% affirment qu’ils le font et sans résistance. La majorité des femmes affirment qu’ils peuvent aussi prendre la vaisselle en main (pour 59% des femmes, sans rechigner et pour 16% en essayant de l’éviter) ainsi que les courses (57% affirment qu’ils le font sans aucun problème et 22% en essayant de l’éviter).
Pour le reste, les choses se compliquent fortement. Ainsi, une majorité de femmes affirme que son conjoint rechigne ou ne s’occupe jamais du repassage (86% dont 77% ne le font jamais), de laver les sanitaires (74% dont 58% ne le font jamais), de changer les draps (72% dont 62% ne le font jamais), de trier le linge et lancer une machine à laver (71% dont 60% ne le font jamais) ou encore de laver les sols (54% dont 39% ne le font jamais).

Du côté des hommes : une majorité d’entre eux a le sentiment de s’investir sur presque toutes les tâches ménagères et sans rechigner

Les hommes n’expriment pas du tout les mêmes perceptions que leurs compagnes. Une majorité d’entre eux a au contraire le sentiment de s’investir et de faire la quasi-totalité des tâches ménagères sans rechigner lorsqu’on leur demande. Que ce soit faire les courses (75%), laver la vaisselle (71%) et les sanitaires (52%), cuisiner (61%), changer les draps (51%) ou sortir les poubelles (94%). Mieux, d’après leurs dires, leur investissement ne s’arrête pas là. Une majorité dit aussi laver les sols sans bougonner (56%). Il n’y a que pour la lessive et surtout pour le repassage qu’une majorité avoue entrer en résistance ou ne jamais le faire (respectivement 59% et 81%).

De réelles différences de perceptions qui génèrent des disputes dans près d’un couple sur deux chez les moins de 35 ans

Il existe donc aujourd’hui de très fortes différences de perceptions que l’éternelle mauvaise foi masculine n’explique pas à elle seule. S’il arrive très certainement à de très nombreux hommes de laver les sols ou de changer les draps (et ce, sans faire la tête), il n’en demeure pas moins vrai qu’aujourd’hui encore, de l’avis même des messieurs mais aussi des dames, la gent féminine en fait toujours plus dans le domaine des tâches ménagères (fait confirmé par 74% des femmes). Plus grave, les femmes estiment actuellement que dans le couple, elles en font même « beaucoup » plus (48%).

Quant aux hommes, une majorité d’entre eux avoue qu’ils devraient en faire plus (56%). Si la majorité des femmes estime en faire « beaucoup plus » qu’eux (48%), la plupart des hommes considère simplement qu’ils devraient en faire « un peu » plus (44%). Seulement 12% des hommes considèrent que leur investissement devrait être « beaucoup plus » important. Nul doute que cette différence de perception est une source de tensions. D’ailleurs, près de 35% des personnes interrogées avouent qu’il leur arrive souvent (4%) ou parfois (31%) de se disputer au sujet de la répartition des tâches ménagères au sein du couple.

C’est au sein des jeunes ménages que c’est le plus souvent un motif de dispute (pour 48% des moins de 35 ans). D’ailleurs, ce sont les femmes les plus jeunes qui ont le sentiment d’être les moins épaulées : 84% d’entre elles déclarent en faire plus que leur conjoint (dont 49% « beaucoup plus »).

Ce que les hommes sont prêts à faire pour échapper aux tâches ménagères témoigne d’une très forte inventivité

Méfiez-vous s’il commence à être aux petits soins avec vous. Près de 6 femmes sur 10 estiment aujourd’hui que leur conjoint pourrait utiliser cette parade pour éviter le ménage (34% nous disent même qu’il l’a déjà fait). Plus d’un homme sur deux avoue aujourd’hui l’avoir déjà fait ou être capable de le faire (54%). Toutefois, d’autres stratégies semblent être aussi en usage. Plus d’une femme sur deux affirme que le coup de faire la sourde oreille est aujourd’hui utilisé ou pourrait l’être par leur conjoint (51%). Les hommes affirment pourtant le plus souvent être incapables d’une telle manœuvre. On se demande qui croire. Ne pas faire la corvée cette fois-ci mais promettre de s’en occuper la prochaine fois semble encore être encore souvent utilisé (selon 40% des femmes interrogées). D’autant plus que sur ce sujet, elles minimisent le potentiel de leur conjoint : près d’un homme sur deux avoue de son côté l’avoir déjà fait ou pouvoir utiliser cette stratégie là (51%).

Les évolutions dans les perceptions des tâches ménagères devraient générer des rééquilibrages entre les hommes et les femmes

L’enquête montre aussi que dans de nombreux couples l’équilibre des tâches ménagères est d’ores et déjà de mise. Ainsi, 24% des femmes et 32% des hommes affirment qu’ils en font « exactement » autant que leur conjoint.
           
Le fait est qu’au sein du couple, l’image des tâches ménagères évolue fortement. Elles sont très probablement de plus en plus considérées comme des moyens qui permettent de s’assurer que l’on est proche des siens dans tous les instants du quotidien.
Ainsi, désormais près de 7 personnes sur 10 qui vivent en couple (67%) affirment que c’est leur rôle de s’investir dans les tâches ménagères. On note surtout qu’il n’y a aucune différence de perception entre les hommes et les femmes (67% pour les conjoints et 68% pour leurs compagnes). D’ailleurs pour la majorité des couples interrogés, le ménage n’est pas ou plus considéré comme une corvée (54%), même si les avis restent encore partagés sur ce sujet (57% des hommes et 51% des femmes). Les couples considèrent en fait très majoritairement que cela leur permet de se sentir bien avec leurs proches (77%).

Logiquement, ils estiment que réaliser ces tâches leur donne une image positive d’eux-mêmes (62% dont 59% pour les hommes et 65% pour les femmes). Pour la plupart d’entre eux, c’est devenu aujourd’hui une habitude (82%) même si c’est beaucoup plus vrai pour les femmes (92%) que pour les hommes (72%).


Fiche technique :

Sondage effectué pour : MAPA - SPONTEX

Dates du terrain : Les 4 et 5 janvier 2008

Echantillon : 569 personnes, constituant un échantillon national représentatif de la population française vivant en couple, âgée de 18 ans et plus.

Méthode : Echantillon interrogé par téléphone.
Méthode des quotas : sexe, âge, profession du  chef de famille, catégorie d’agglomération et région.

Auteur(s)

  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs

Société