La retraite au soleil

L’enquête réalisée par l’Institut Ipsos pour Pleine Vie confirme l’intérêt des séniors français pour un phénomène nouveau : le départ à l’étranger pour la retraite, désormais synonyme d’évasion et d’héliotropisme. La peur de perdre son réseau familial reste néanmoins un puissant frein à l’expatriation des retraités. Pour éviter l’isolement, ils se montrent avant tout intéressés par une expatriation temporaire, quelques mois par an, qui leur permettrait de garder le contact avec leur entourage, tout en bénéficiant de vacances prolongées au soleil.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur de département - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
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La retraite à l’étranger, synonyme d’évasion…

Pour les séniors, partir à l’étranger pour la retraite représente avant tout une évasion par rapport à la France (24%). Cette envie d’ailleurs n’est pas pour autant considérée comme une fugue ou une dérobade: seuls 9% des séniors l’assimilent à un refus d’affronter sa peur de la retraite. Il s’agit de l’item le moins cité, et qui correspond donc le moins à l’idée qu’ils se font d’une retraite sous un soleil étranger.

Au-delà du rêve d’évasion, cette dernière est également considérée de manière plus pragmatique et actuelle comme le meilleur moyen de faire face à la baisse du pouvoir d’achat des retraités (17%). Les plus jeunes des séniors (les 50-59 ans), vraisemblablement parce qu’ils sont plus inquiets de leur futur niveau de vie (incertitudes sur la pérennité du système de retraite français, impact de la crise…), sont plus nombreux à considérer la retraite à l’étranger sous cet angle (22%).

Pour 14% des séniors, c’est aussi un moyen de recommencer sa vie. Les 50-59 ans sont plus nombreux à le penser que leurs aînés (19% contre 11% des 60-69 ans et 9% des 70 ans et plus). Les séniors en couple sont par ailleurs légèrement moins nombreux que ceux vivant seuls à considérer la retraite à l’étranger comme un moyen de recommencer leur vie (13% contre 16%). Notons qu’hommes et femmes sont aussi nombreux à le penser (14%): le sexe n’est donc pas clivant en la matière. Il l’est davantage sur l’item suivant: les hommes sont en effet plus nombreux que les femmes à penser que la retraite à l’étranger constitue une possibilité de se faire de nouvelles connaissances (14% contre 10% pour les femmes et 12% de l’ensemble).

…et d’héliotropisme

Si les séniors devaient choisir de partir vivre leur retraite à l’étranger, ce serait avant tout pour avoir du beau temps tout le temps (40%). De manière logique, ce sont les habitants du Nord-Ouest et Nord-Est de la France, où l’ensoleillement est le moins important, qui sont les plus nombreux à mentionner cet argument (respectivement 44% et 43% contre 36% des habitants du Sud-Ouest et 37% du Sud-Est). La recherche du soleil est donc de très loin la première motivation d’un départ à l’étranger pour la retraite.

La deuxième raison avancée est la quête d’une qualité de vie meilleure qu’en France (16%). Elle est sans doute très liée à la première, dans la mesure où les régions ensoleillées sont souvent considérées comme des régions où la qualité de vie est meilleure. D’ailleurs, les habitants du Sud-Est, principale région destinataire des migrations de retraités à la recherche du soleil, sont les moins nombreux à avancer l’argument de la recherche d’une meilleure qualité de vie (11% contre 18% des Franciliens).

Gagner en qualité de vie est également fortement corrélé au fait de gagner en pouvoir d’achat: c’est d’ailleurs la 3ème motivation avancée par les séniors (12%). Le niveau de revenu du foyer n’est pas réellement clivant sur cette question: 14% des séniors aux revenus les plus modestes (revenu net mensuel du foyer inférieur à 1200€) avancent cet argument, contre 20% de ceux dont le revenu est compris entre 2000€ et 3000€. Le sexe et l’âge ne sont pas non plus clivant: il s’agit d’un argument partagé par tous, vraisemblablement nourri par la crise économique et le renchérissement du coût de la vie.
 
Les séniors Français mentionnent également la perspective de payer moins d’impôts et taxes (9%). L’argument est davantage avancé par les revenus les plus modestes (11% de ceux dont le revenu est inférieur à 1200 €) que par les séniors plus aisés (6% de ceux dont le revenu est de 3000 € et plus), peut-être car ils ont les moyens de privilégier des considérations qui sont moins purement économiques.

Enfin, l’argument le moins cité par les séniors est le fait que leurs enfants viendraient les voir plus souvent (3%).

Les DOM TOM: l’attrait du soleil sans les inconvénients de l’étranger

Lorsque l’on interroge les séniors Français sur leur destination préférée pour vivre leur retraite au soleil, parmi les DOM TOM, le Maroc, la Tunisie, l’Ile Maurice et le Sénégal, ce sont les DOM TOM qui arrivent vainqueurs, avec 24% des suffrages. Cette préférence peut s’expliquer par le fait que la France d’Outre-Mer répond à l’envie de soleil et au rêve d’ailleurs, sans en présenter les inconvénients (tracasseries administratives, environnement sanitaire…). Si l’intérêt des 50-59 ans est particulièrement fort pour cette destination (30% la choisiraient), son attrait décline lorsque l’âge des répondants augmente (22% des 60-69 ans et 16% des 70 ans et plus), peut-être car elle implique un éloignement géographique important qui devient plus anxiogène quand l’âge augmente.

Les pays du Maghreb, du fait de leur proximité du territoire national, ont ainsi une véritable carte à jouer. Le Maroc est désormais la 2ème destination préférée des Français pour une retraite au soleil, ex aequo avec l’Ile Maurice. Sa francophonie, son climat mais aussi la médiatisation du boom des achats immobiliers de Riyads à restaurer et autres propriétés y sont vraisemblablement pour beaucoup. Si les 50-59 ans sont moins sensibles à ses charmes (17%), la classant 3ème derrière les DOM TOM et l’Ile Maurice, le Maroc est sans conteste la destination favorite des 60 ans et plus.

L’Ile Maurice, ex aequo avec le Maroc dans le cœur des séniors Français (21%), constitue la destination préférée des femmes (23%). Son attrait décline lorsque les séniors s’approchent du 4ème âge (23% des 50-59 ans, 18% des 70 ans et plus).
La Tunisie (7%) et le Sénégal (4%) ferment la marche, assez loin derrière. Ces deux pays, destinations importantes de tourisme, ne sont pas encore envisagées comme des lieux d’expatriation.

Principal frein à l’expatriation: la peur de rompre le lien social

Près d’un sénior Français sur deux le dit (49%), s’il avait la possibilité de partir pour vivre sa retraite à l’étranger, c’est la peur de perdre son réseau familial qui serait la plus susceptible de le retenir. Cette crainte est aussi forte chez les plus « jeunes » des séniors, les 50-59 ans (50%) que les plus âgés (50% des 70 ans et plus). Car la peur de l’isolement n’a pas d’âge, et la crainte de manquer les premiers pas des petits-enfants comme de les voir grandir est importante. Or le vieillissement est d’autant plus anxiogène qu’il est souvent associé à une mise en retraite sociale: dans ce contexte, s’éloigner de sa famille, qui considère la cellule ultime de socialisation, peut paraître particulièrement inquiétant.

C’est pourquoi la peur de l’isolement dépasse fortement toutes les autres, y compris la crainte du manque de qualité de l’environnement sanitaire (14%). Notons néanmoins que cette dernière est plus forte parmi les candidats à l’expatriation au Maroc et au Sénégal (21%). Les DOM TOM et l’Ile Maurice sont moins anxiogènes sur ce point.

La peur de perdre son réseau d’amis, cité en troisième (12%) rejoint la peur de l’isolement vis-à vis de son réseau familial. Elle est plus forte pour les hommes (17%) que les femmes (9%), et pour les 60 ans et plus (14%).

Les différences culturelles avec la population locale ne sont citées que par 8% des répondants. Cette crainte est plus forte chez les candidats à l’expatriation en Tunisie (17%) et la moins forte pour les DOM TOM (4%).

La peur de s’ennuyer, enfin, est citée par seulement 8% des séniors. Cette crainte augmente néanmoins avec leur âge: 7% des 50-59 ans, 8% des 60-69 ans et 10% des 70 ans et plus.

Les remèdes contre l’isolement: une retraite active et une expatriation temporaire

Si les séniors sont aussi peu nombreux à craindre de s’ennuyer, c’est parce qu’ils n’imaginent pas une retraite au soleil inactive: 72% d’entre eux déclarent que s’ils avaient la possibilité de partir pour vivre leur retraite au soleil, ils s’engageraient dans des actions bénévoles au service des populations locales (dont 34% certainement). Cette proportion décline avec l’augmentation de l’âge des répondants. Cependant, même si les 70 ans et plus ont vraisemblablement conscience qu’ils auraient moins d’énergie à consacrer à ce type d’activités que leurs cadets, 61% restent prêts à aider les populations locales (dont 33% certainement).

Pour lutter contre l’isolement, et surtout éviter la perte de leur réseau familial qui est leur plus grande crainte, ils opteraient à 76% pour une expatriation temporaire, quelques mois de l’année seulement. Seuls 7% opteraient pour une expatriation à l’année. Cette proportion diminue encore lorsque l’on interroge les plus âgés: seuls 5% des 70 ans et plus préfèreraient vivre à l’étranger tout au long de l’année (contre 10% des 50-59 ans).

Dans la mesure où ils semblent considérer cette retraite au soleil comme des vacances prolongées, il n’est pas très étonnant qu’ils envisagent de vivre ces quelques mois dans une résidence service ouverte à tous (67%), qui semble le plus proche de l’hébergement classique de tourisme. Dans 17% des cas, c’est plutôt une résidence service réservée à des séniors qui aurait leur préférence: c’est davantage le cas des 60 ans et plus (19%) que des 50-59 ans (12%). Enfin, seuls 5% seraient attirés par un autre type de logement (9% de ceux qui souhaiteraient vivre à l’étranger à l’année).


Fiche technique :

Cette étude a été réalisée auprès de 813 personnes âgées de 50 ans et plus, issues d’un échantillon national de 2000 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. Ces dernières ont été interrogées par téléphone du 18 au 21 décembre 2009.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur de département - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs

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