L'accord de paix est bien accueilli par les Irlandais

Les deux premiers sondages réalisés après l'accord du 10 avril montre qu'une majorité des électeurs, en Ulster comme en République d'Irlande, est favorable au processus de paix.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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Les premières réactions des Irlandais à l'accord de paix signé le 10 avril sont très favorables. Un sondage publié dimanche 19 avril par "The Sunday Independent" de Dublin (1147 personnes interrogées par l'institut Ulster Marketing Surveys) montre que 52% des habitants d'Irlande du Nord approuvent cet accord, seulement 13% s'y opposant tandis que 32% se déclarent "sans opinion". Cette enquête met cependant en évidence une importante différence d'attitude entre la majorité protestante et la minorité catholique de l'Ulster. Si 78% des catholiques d'Irlande du Nord ont l'intention de voter "oui" au référendum de ratification de l'accord du 22 mai, ce n'est le cas que pour 34% des protestants (24% se déclarant opposés à l'accord et 42% "sans opinion"). La prise de position favorable à l'accord du Parti Unioniste d'Ulster (UUP), acquise le 19 avril par un vote de 72% de ses délégués, devrait toutefois accroître la proportion de protestants décidés à voter "oui" au référendum. Son leader, David Trimble, a d'ailleurs estimé qu'il serait préférable que l'accord soit ratifié par plus de 70% de habitants de l'Ulster pour lever tous les obstacles au processus de paix.

Une précédente enquête, réalisée du 11 au 14 avril et publiée conjointement par "The Irish Times" et "The Gardian", faisait état d'un appui encore plus prononcé des populations intéressées à l'accord de paix. Les électeurs d'Irlande du Nord (500 personnes interrogées par le Harris Research Centre) étaient 73% à vouloir voter "oui" au référendum, contre seulement 14% de "non" et 13% d'indécis. Le taux d'approbation était plus important chez les partisans du parti catholique Sinn Féin (81%) que chez ceux du parti protestant UUP (70%).

Dans la République d'Irlande (1000 électeurs interrogés par l'institut MRBI), l'enthousiasme à l'égard de l'accord était moindre. Une nette majorité (61%) se déclaraient toutefois en faveur d'une modification des articles 2 et 3 de la Constitution qui proclament le revendication d'un rattachement de l'Irlande du Nord à la République. Cette réforme constitutionnelle, nécessaire pour remplir les termes de l'accord, sera elle aussi soumise à référendum le 22 mai. Seulement 20% des électeurs de la République d'Irlande s'y déclarent opposés tandis que 19% sont indécis. Les jeunes sont plus souvent partisans du "oui" que les électeurs âgés. Une courte majorité (52%) pense que l'accord du 10 avril ouvre la voie à une "paix durable" en Irlande.

Toujours est-il que le processus de paix dope la popularité du gouvernement irlandais. Le premier ministre, Mr Ahern, est désormais approuvé par 84% des électeurs de République d'Irlande, toujours selon l'enquête "Irish Times"-MRBI. C'est le score le plus élevé jamais enregistré dans ce baromètre de popularité. Le chef du gouvernement gagne dix points par rapport au précédent sondage réalisé en décembre 1997.

En Grande-Bretagne elle-même (1000 électeurs interrogés par l'institut ICM), le compromis destiné à mettre fin à un conflit qui dure depuis une trentaine d'années est très bien accueilli. Selon cette enquête, 81% des Britanniques voteraient en sa faveur si, ce qui n'est pas prévu, cet accord leur était soumis par référendum.

Soulignons que ces enquêtes, réalisées à chaud dans le climat d'espoir qui a suivi la signature de l'accord du 10 avril, ne sauraient refléter les rapports de forces qui vont se structurer pendant la campagne des deux référendums du 22 mai. Le taux relativement élevé des indécis montre que les échanges d'arguments entre partisans de la paix et extrêmistes des deux bords auront une influence non négligeable sur le verdict des urnes.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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