L'apprentissage, loué par les dirigeants de PME

Près de 90% des dirigeants de PME pensent que l'apprentissage est un outil efficace pour favoriser l’insertion des jeunes, 76% jugent que c’est un moyen efficace pour lutter contre le chômage des jeunes et 63% considèrent que c’est un moyen de recruter des collaborateurs directement opérationnels... L'enquête réalisée par Ipsos pour les Apprentis d'Auteuil montre la bonne réputation de l'apprentissage auprès des chefs d'entreprise, même si l'on relève un important déficit d'information, notamment sur la récente réforme de la taxe d'apprentissage.

La taxe d’apprentissage: un impôt jugé utile mais au fonctionnement "opaque et mal connu"

Interrogés sur la taxe d’apprentissage, les dirigeants de PME sont une large majorité (81%) à la juger importante pour assurer le développement et le succès de l’apprentissage en France. Trois chefs d’entreprise sur quatre, notamment dans les petites structures et dans les secteurs des services et du commerce, considèrent de plus qu’elle est un moteur d’intégration des jeunes dans l’entreprise. Plus de deux chefs d’entreprise sur trois soulignent également le fait que cette taxe leur permet d’aider des établissements qui proposent des formations dont leur entreprise a le plus besoin.

La possibilité de choisir l’organisme bénéficiaire de sa taxe d’apprentissage est une dimension à laquelle les chefs d’entreprises restent donc très attachés. Cet attachement est même renforcé par la crise économique. Dans le contexte actuel, l’image favorable de cet impôt reste exceptionnelle: si cette image très favorable est avant tout le fruit de son utilité perçue, elle tient aussi à cette liberté de choix laissée à ceux qui s’en acquittent.
En revanche, pour une majorité de chefs d’entreprises, cette taxe reste un impôt dont le fonctionnement est opaque et mal connu (71% de cet avis).

Le niveau d’information des chefs d’entreprise sur la taxe d’apprentissage reste très perfectible

Si une majorité de chefs d’entreprise (66%) connait le ou les organismes auxquels leur entreprise verse sa taxe d’apprentissage, un sur trois (34%) ne le sait pas. Dans le détail, 29% des chefs d’entreprise interrogés s’estiment mal informés du mécanisme de collecte et des possibilités qu’ils ont de choisir à qui ils versent leur taxe d’apprentissage (dont 16% "très mal"). Cette méconnaissance n’est pas l’apanage des chefs de TPE: 34% des chefs d’entreprise de 10 à 499 salariés s’estiment en effet mal informés sur ce point, soit davantage même que les chefs d’entreprises de moins de 10 salariés (28%).

Par ailleurs, les chefs d’entreprise sont encore plus nombreux à s’estimer mal informés de l’utilisation qui est faite de la taxe d’apprentissage (45% dont 22% "très mal informés"). Là encore, les dirigeants d’entreprises de 10 salariés et plus ne se distinguent pas par un meilleur niveau d’information. Le mécanisme de répartition de la taxe vers les régions et les différents organismes de formation est encore moins connu : 58% des chefs d’entreprise s’estiment mal informés sur ce point.

Les chefs d’entreprise sont également peu au fait de la réforme de la taxe d’apprentissage

Seul un quart des interviewés a entendu parler de la réforme de la taxe d’apprentissage pourtant intervenue au cours de cette année (26%) et parmi eux seuls 4% connaissent assez précisément les dispositions qu’elle englobe. Les chefs d’entreprises de 10 à 499 salariés sont un peu plus nombreux à en avoir entendu parler (38% dont 11% qui savent précisément de quoi il s’agit), mais ce niveau de notoriété pour une réforme aussi récente reste décevant. Les quelques chefs d’entreprises qui s’estiment d'ailleurs les mieux informés à ce sujet (les 4% qui ont entendu parler de la réforme et connaissent assez précisément ses dispositions) peinent à se prononcer sur son efficacité : 39% d’entre eux ne se prononcent pas, tandis qu'une majorité relative en a tout de même un a priori positif (47% la jugent efficace, contre 14% pas efficace).

Les répondants sont de plus très partagés quant à l’impact du relèvement du quota des jeunes en formation en alternance : une majorité relative considère que cette mesure permettra d’accroître le recours à l’apprentissage (47%) mais une part non négligeable n’en est pas convaincue (38%) ou ne se prononce pas (15%). Les chefs d’entreprise de 10 salariés et plus sont un peu plus nombreux à juger que cette mesure sera efficace (54% contre 46% pour les moins de 10 salariés). 

Les motivations du recours à l’apprentissage: pas d’effet d’aubaine lié à la crise, mais de véritables vertus

Pour une majorité de répondants (63%), la crise ne renforce pas leur intérêt pour l’apprentissage. Les chefs d’entreprise sont donc une minorité à déclarer que la crise augmente leur intérêt à ce sujet (32%), même si c’est un peu plus le cas dans les entreprises de 10 salariés et plus (39%). Il n’y a donc pas d’effet d’opportunité lié à la crise, mais un intérêt déjà préexistant pour l’apprentissage auquel les chefs d’entreprise trouvent de nombreuses vertus : 89% d’entre eux pensent que c’est un outil efficace pour favoriser l’insertion des jeunes, 76% jugent que c’est un moyen efficace pour lutter contre le chômage des jeunes et 63% considèrent que c’est un moyen de recruter des collaborateurs directement opérationnels. Pour autant, seuls 14% des chefs d’entreprise pensent qu’ils vont davantage recourir à des apprentis en 2012, 40% d'avis contraire et 43% "ni plus ni moins".

Le principal frein au recours à des apprentis reste néanmoins aux yeux des chefs d’entreprise leur insuffisante adaptation au monde de l’entreprise,

La crise, loin d’agir comme un stimulant pour l’apprentissage, pèse sans doute sur les intentions de recrutement d’apprentis. C’est d’une certaine manière un enseignement positif: les entreprises n’utilisent pas les apprentis comme une variable d’ajustement, une main d’œuvre à moindre coût. C’est aussi un enseignement alarmant, dans la mesure où le coût d’un apprenti n’est pas le principal obstacle au recours à l’apprentissage. La faible intention de davantage recourir à des apprentis ne s’explique donc pas uniquement par une conjoncture défavorable, mais par des raisons plus profondes.

Aux yeux des chefs d’entreprise, c’est moins "la charge salariale que représente un apprenti" (22%) qui explique le mieux que les PME n’aient pas plus recours à l’apprentissage que "l’insuffisante adaptation des apprentis au monde de l’entreprise" (29%) et le manque de candidats à l’apprentissage du fait de la mauvaise image des métiers manuels (25%; 37% dans les entreprises de 10 salariés et plus). La méconnaissance de ce dispositif (20%) et la complexité administrative du recours à l’apprentissage (16%) sont également citées comme des freins au recours à l’apprentissage.

Jugeant les apprentis insuffisamment adaptés au monde de l’entreprise, les chefs d'entreprise sont donc favorables à la présence d’un interlocuteur relais impliqué dans le suivi éducatif du jeune pendant la durée du contrat (82% dont 43% qui y sont "tout à fait favorables"), ce qui aurait vraisemblablement pour vertu de faire le lien entre l’entreprise et l’école. Il s’agit d’une attente très forte, puisque les dirigeants y sont même davantage favorables qu’aux mesures d’incitation financières et fiscales spécifiques pour l’embauche de jeunes de niveau CAP (79% dont 34% de "tout à fait favorables"). 


Fiche technique :

Enquête par telephone réalisée du 28 novembre au 7 décembre 2011 auprès d’un échantillon de 306 chefs d’entreprises de 1 à 499 salariés.

Auteur(s)

  • Etienne Mercier
    Etienne Mercier
    Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama - Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
    Amandine Lama
    Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs

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