Le choc des attentats rassemble les Français derrière l'exécutif
Le soutien de Jacques Chirac et de Lionel Jospin au combat engagé par les Américains contre le terrorisme a été largement approuvé par les Français, toutes sensibilités politiques confondues. On enregistre de ce fait une forte remontée des popularités des deux têtes de l'exécutif dans un baromètre de l'action politique Ipsos-Le Point largement orienté à la hausse.
Plus quinze points pour Jacques Chirac, plus onze pour Lionel Jospin : la popularité des deux têtes de l'exécutif profite d'un climat de cohésion nationale, engendré par les attentats terroristes aux Etats-Unis. Le président de la République gagne sept points de jugements favorables auprès des proches de la droite parlementaire, et surtout dix-huit points chez les sympathisants de gauche, pour atteindre sur l'ensemble des Français 65% de bonnes opinions. Sa forte popularité est aujourd'hui comparable à celle relevée pendant le conflit des Balkans (67% de jugements favorables en avril 1999).
Le Premier ministre accuse maintenant un retard de près de dix points sur le chef de l'Etat. Soutenu par 56% des Français, contre 36% de jugements défavorables, Jospin progresse lui aussi à gauche (78% d'avis favorables chez les sympathisants de gauche, +9) et à droite (41% de bonnes opinions chez les proches de la droite parlementaire, +11). Le chef du gouvernement ne retrouve pourtant pas le niveau de popularité qui était le sien à l'époque de la guerre du Kosovo, où il était passé de 57 à 65% de bonnes opinions. Il reste impopulaire à droite, et même, pour la première fois depuis son arrivée à Matignon, auprès de la majorité des proches du parti communiste.
Les évènements du 11 septembre ont également ravivé chez les Français les préoccupations d'ordre et de sécurité. Les deux ministres de l'intérieur ayant, chacun à leur manière, rassuré sur ces questions, Pasqua à droite et Chevènement à gauche, enregistrent respectivement sept et huit points de bonnes opinions supplémentaires. Chevènement- -fort de 55% de jugements favorables - conserve la troisième place du palmarès des leaders politiques. Le député-maire de Belfort progresse de dix points dans son propre camp (de 48 à 58% de jugements favorables) et semble aujourd'hui le mieux placé pour troublé un duel Chirac-Jospin à la prochaine présidentielle. Charles Pasqua enregistre symétriquement une hausse de popularité de 11 points auprès des sympathisants de droite (50% d'avis favorables). Plus généralement, la conjoncture profite davantage aux personnalités de droite, qui comblent ainsi une part du traditionnel retard de popularité par rapport à leurs homologues de gauche. Edouard Balladur progresse de 10 points (43% de bonnes opinions), Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy de huit points (35% de jugements favorables chacun), Alain Juppé de six. Ce dernier est par ailleurs la personnalité la plus appréciée dans le camp conservateur, avec 71% de jugements favorables, soit le plus haut niveau jamais atteint par l'ancien Premier ministre. Il devance même chez les proches de la droite Philippe Douste-Blazy, dont la très forte progression (+14 points à droite pour 69% de jugements favorables, +11 points sur l'ensemble des personnes interrogées, 48% de jugements favorables) est certainement à rapprocher de la solidarité des Français pour les Toulousains et les victimes de l'explosion de l'usine AZF le 21 septembre. A gauche, à part Gayssot qui progresse de huit points (43% de jugements favorables), les hausses de popularité sont moins nettes. La majorité continue toutefois de truster les premières places du palmarès. Derrière Bernard Kouchner (66% de jugements favorables), Jack Lang (59%) et Jean-Pierre Chevènement conservent leur rang.
Les partis politiques bénéficient eux aussi en ces temps tourmentés d'une plus grande clémence de l'opinion. Malgré leurs hésitations autour de la candidature Lipietz pour la présidentielle, les Verts restent le parti préféré des Français, et gagne même quatre points de jugements favorables (55%). Plus généralement, il convient de noter que l'écart de popularité entre les différents partis s'est considérablement resserré. Le PS, toujours deuxième avec 50% de jugements favorables (+4), est aujourd'hui talonné par le RPR (48%, +8), voire l'UDF (45%, +9). Le RPR devance même le PS chez les personnes aux revenus les plus modestes. Ces positions n'ont toutefois rien de figé, et devraient nettement évoluer au fur et à mesure que nous nous rapprocherons des échéances électorales de 2002.