Le Festival de Cannes, plutôt pour ses stars que pour ses films

Si le Festival de Cannes fait toujours rêver les Français, sa dimension strictement cinématographique suscite aujourd'hui un moindre intérêt. Une assez large majorité des personnes interrogées par Ipsos pour le magazine Première regrette que l'on ne présente pas assez de films "grand public" pendant la quinzaine ...

S’il est aujourd’hui indéniable que le prochain événement que les Français comptent suivre avec le plus d’attention est la coupe du monde (50%), on note toutefois que le Festival de Cannes reste un moment fortement attendu par 14% d’entre eux, juste derrière le tournoi de Roland-Garros (17%). Même pour les cinéphiles (*), la coupe du monde (42%) passe avant le festival (23%).

Cannes fait pourtant toujours rêver de nombreux Français. Si on leur en offrait la possibilité, 42% préféreraient être invités en tant que VIP au Festival, plutôt que d’assister à la finale du tournoi de Roland-Garros (43%) ou aux coulisses de Loft-story (5%). Les cinéphiles affichent un engouement encore plus fort puisque 55% d’entre eux citent Cannes avant Roland-Garros (36%). Les femmes se montrent également plus sensibles aux attraits de la croisette : 20% d’entre elles considèrent que le Festival est l’événement qu’elles suivront avec le plus d’attention (contre 8% pour les hommes) et 46% choisiraient d’abord l’invitation VIP à Cannes (contre 37% pour les hommes). A l’opposé, les hommes se montrent résolument tournés vers les prochains grands événements sportifs.

Pour la majorité des Français, Cannes, c’est d’abord l’argent (62%), les stars (54%), la frime (45%) voire, dans une moindre mesure, la fête (22%). Rares sont ceux qui associent d’abord le Festival à "intello" (8%) ou "scandale" (6%). De fait, l’événement cannois est presque aussi bien symbolisé par la cérémonie de remise des palmes (44%) que par la montée des marches (37%) : à la fois le palmarès d’un cinéma d’auteur et la présence de stars. Une apparent "grand écart" que Gilles Jacob, réalisateur et directeur du Festival, résumait par l'axiome : "Pour avoir Tarkovski, il faut Sharon Stone…"

La dimension strictement cinématographique suscite en revanche un moindre intérêt. D’une manière générale, la moitié des personnes interrogées estime que le Festival est "moins intéressant qu’il y a quelques années" (46% chez les cinéphiles), contre seulement 20% qui le considèrent plus intéressant. La majorité d’entre eux regrette qu’il n’y ait pas assez de films français (59% et 53% chez les cinéphiles) et que le Festival fasse la part trop belle au cinéma américain (52% et 50% des cinéphiles).

En fait, Cannes est un événement dont les Français ont une perception fortement paradoxale. Si le Festival fait toujours rêver, seulement 8% des Français sont capables de citer un film ayant eu la palme d’or au cours de ces dix dernières années. Les trois quarts se déclarent dans l’incapacité de le faire tandis que 18% donnent une réponse erronée. Les cinéphiles affichent un niveau de connaissance un peu plus élevé puisque 19% d’entre eux sont capables de citer une palme d’or (contre 55% qui en sont incapables).

Par ailleurs, si les deux tiers des interviewés jugent que "le Festival défend le cinéma d’auteurs", 60% estiment aussi "qu’il ne présente pas assez de films grand public". De même, si 51% considèrent que Cannes ne récompense pas des films "ennuyeux", 41% sont d'un avis contraire ; cinéphiles ou pas.

De fait, parmi les récompenses qui peuvent donner envie d’aller voir un film, la Palme d’or (22%) arrive derrière l’Oscar (33%) ou le César du meilleur film (31%). Les cinéphiles se montrent toutefois plus sensibles à la récompense suprême du Festival puisqu’ils la citent à un niveau équivalent aux deux autres (25%, contre 28% pour l’Oscar et le César).

Il faut toutefois relever que parmi les critères les plus souvent cités comme étant décisifs dans le choix d'un film que l'on va aller voir, "le sujet abordé" (47%), "le bouche à oreille" (37%), "les noms des comédiens" (26%) arrivent assez loin devant "le nom du réalisateur" (17%), "les journaux" (14%) et "la télévision" (6%). "Les récompenses obtenues par le film" ne viennent qu’encore après (4% pour l’ensemble et 6% pour les cinéphiles). Dans le même temps, les récompenses obtenues sont souvent un moyen pour un film de susciter le bouche à oreille, les reportages et les articles dans les médias.


(*) dans cette enquête, sont considérés comme cinéphiles les personnes déclarant aller au moins deux fois par mois au cinéma.

Auteur(s)

Articles liés