Le racisme dans le foot est jugé préoccupant

Selon l’enquête Ipsos-UCPF-LICRA, la moitié des Français se déclare préoccupée par le racisme dans football. Pour la majorité des interviewés, le phénomène aurait d’ailleurs plutôt tendance à s’aggraver, ce qui dissuade parfois d’aller au stade. Les insultes racistes émanent pourtant d’une toute petite minorité, et choquent la quasi-totalité des supporters.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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La note qui suit présente les principaux résultats de cette enquête, présentée à l’occasion du colloque organisé par l’UCPF (l’Union des Clubs Professionnels de Football) et la LICRA (la Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme) le lundi 9 février 2009 à l’Assemblée nationale.

Niveau de préoccupation, sentiment à l’égard de l’évolution du phénomène et impact déclaré sur l’attractivité du football professionnel

Un Français sur deux (48%) se déclare aujourd’hui préoccupé par le racisme dans le football professionnel français. Il est à noter que ce pourcentage est supérieur à la proportion de personnes se déclarant parallèlement intéressées par le football dans cette enquête (42%), signe que le racisme dans le football préoccupe au-delà du seul cercle des personnes effectivement intéressées par la compétition sportive en tant que telle. Par ailleurs, c’est parmi les personnes intéressées par le football que se trouve le plus fort taux de préoccupation. Audience large du problème d’une part, mais également niveau de préoccupation important de la part de la population la plus directement concernée.

Pour quasiment la moitié des Français (46%), le phénomène a eu plutôt tendance à augmenter au cours des trois dernières années, 22% considérant qu’il est resté « au même niveau », 4% qu’il a eu « tendance à diminuer ». On remarque par ailleurs, sur cette question, un taux de sans réponse important, puisque près d’un Français sur trois (28%) ne se prononce pas sur cette question. C’est parmi les personnes qui se déclarent intéressées par le football (53%) et celles qui regardent très souvent des matchs de football en tant que spectateurs ou téléspectateurs (56%) que se trouvent les personnes déclarant avoir le sentiment d’une aggravation du phénomène.

Il est par ailleurs à noter que pour 40% des Français et plus particulièrement pour 49% des personnes intéressées par le football, « il y a plus de racisme dans le football professionnel que dans d’autres sports professionnels ». Cette question n’a pas trait ici directement au football professionnel français, mais elle explique en partie le sentiment de préoccupation explicité plus haut.

Interrogés sur les « affaires de racisme » dans le football professionnel français qui les ont particulièrement marqués, les Français citent, pour un tiers d’entre eux (29%), l’affaire de la « banderole anti-Ch’ti ». Il s’agit de l’événement le plus marquant, devant les insultes adressées aux joueurs de couleurs (18%), la Marseillaise sifflée (13%) ou encore les cris de singe à l’encontre de ces mêmes joueurs (10%).

Le rôle des médias est également évalué, et l’opinion se révèle ici partagée : pour 28% des Français, les médias ont tendance à exagérer les choses s’agissant du racisme dans le football professionnel français mais, à l’inverse, 21% (et 27% des personnes intéressées par le football), considèrent qu’ils « sous-évaluent » les choses. Enfin 27% (35% des personnes intéressées par le football) estiment qu’ils en rendent compte fidèlement.

Enfin ce phénomène du racisme, tel que perçu, peut également avoir une incidence sur l’attractivité du football professionnel français en tant que tel : 50% des personnes intéressées par le football  déclarent que les incidents racistes les dissuadent d’aller dans les stades. C’est notamment le cas de 59% des femmes se déclarant intéressées par le football.

Les raisons de relativiser… ou d’espérer : une critique qui ne vise pas le football en particulier, et un socle idéologique solide

Si le phénomène du racisme dans le football professionnel préoccupe, la majorité des personnes qui sont spectateurs ou téléspectateurs de matchs de football (70%) déclarent n’avoir jamais été elles-mêmes témoins ou acteurs d’actes racistes. Mais 27% ont au contraire été témoins d’une situation au cours de laquelle « un des acteurs du jeu (joueur, arbitre, entraîneur) ou les supporters adverses ont été sifflés ou moqués « en fonction de leur origine nationale, de leur couleur de peau ou de leur confession religieuse ». Enfin 4% avouent avoir déjà eu, personnellement, ce type de comportements (cette proportion est de 10% chez les personnes très intéressées par le football).

En premier lieu, les Français considèrent majoritairement que la situation dans le football professionnel français n’est pas pire que dans les autres pays européens : 45% estiment qu’il y en a autant en France qu’ailleurs, 11% « plutôt moins ». Cette évaluation est également partagée par les personnes intéressées par le football, qui déclarent, pour une plus large part d’entre eux encore, que ce phénomène n’est pas pire en France qu’ailleurs – tout en, rappelons-le, témoignant d’un fort niveau de préoccupation.

Parallèlement, seuls 5% des Français considèrent qu’il y a « plus de racisme dans le football que dans la société en général ». 31% pensent qu’il n’y en a pas plus et 55% qu’il y en a autant. La tendance n’est pas donc celle d’une incrimination du football en tant que tel, mais plutôt celle d’une appréciation sociale plus large, et le constat d’une montée du racisme dans la société en général.

Troisième élément prépondérant, les deux tiers des Français (67%) sont « tout à fait d’accord » pour considérer qu’« il est choquant d’entendre des insultes racistes à l’égard de joueurs de football ». Cette proportion s’élève à 74% chez les personnes se déclarant intéressées par le football. Au total, 90% des français et 96% des personnes intéressées par le football s’accordent pour considérer que ces insultes sont choquantes. Par ailleurs, une proportion importante des Français (60%) considèrent parallèlement que « le football joue un rôle d’intégration et d’insertion sociale ». Là encore, les personnes intéressées par le football délivrent une évaluation plus positive encore que l’ensemble (69%).

La méconnaissance des sanctions encourues

Seuls 16% des Français déclarent avoir une idée précise des sanctions encourues par une personne tenant des propos ou ayant des comportements à caractère raciste dans le cadre d’un match de football professionnel, en tant que spectateur. Plus préoccupant, cette proportion est à peine plus importante chez les personnes intéressées par le football (27%).

Une fois rappelées aux interviewées, les sanctions encourues, tant du point de vue des individus que des clubs, bénéficient d’une notoriété bien plus importante – à l’exception des condamnations à une peine de prison ferme ou avec sursis. Il s’agit donc bien, ici d’un problème de « présence à l’esprit » et de conscience des sanctions encourues. Parallèlement, on note que les sanctions encourues par les clubs, même présentées aux interviewé(e)s, sont quant à elles moins connues que celles visant les personnes.

Or, cette méconnaissance a un impact très direct sur l’évaluation de ces mêmes sanctions. Alors que les Français se montrent volontiers critiques sur les différents items testés (crédibilité, dissuasion, efficacité, ainsi que le caractère suffisant ou non de ces sanctions), les scores obtenus auprès des personnes déclarant avoir une idée précise des sanctions sont sensiblement meilleurs. Les deux tiers des personnes concernées estiment ainsi que les sanctions à l’égard des supporters sont « crédibles » (65%, contre 51% de l’ensemble des Français), et 51% qu’elles sont « dissuasives » (contre 33% s’agissant des Français dans leur ensemble).

 


Fiche technique :

Cette enquête a été réalisée par Ipsos Public Affairs du 22 au 26 janvier 2009 auprès d’un échantillon national représentatif de 1.000 personnes, représentatif de la population âgée de 16 et plus, constitué selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage, après stratification par région et par taille d’agglomération).

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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