L'éloignement des proches, une incitation au voyage

L'enquête menée par Ipsos pour l'Observatoire Thalys dans sept pays d'Europe révèle que les Européens sont déjà assez largement confrontés à la dispersion géographique de la famille. Si l'on est pourtant encore, dans toute l'Europe mais plus particulièrement au sud, assez réticent à s'éloigner du cocon familial, les aspects positifs de cet éloignement l'emportent sur les désagréments pour une large part des personnes concernées.

Aujourd'hui, l'éloignement géographique au sein de la sphère familiale constitue une réalité très palpable pour près d'un Européen sur trois (36%) : ainsi, 27% des personnes interrogées déclarent que certains de leurs proches vivent dans une autre région, 7% dans un autre pays européen ou encore, dans une proportion équivalente, hors d'Europe. Pour 13% des Européens, cet éloignement géographique se double donc d'un éloignement culturel. Toutefois, cette dispersion géographique de la sphère familiale touche inégalement l'ensemble des nationalités interrogées : plus d'un Français sur deux, 45% des Britanniques et des Néerlandais se déclarent éloignées des personnes qui leur sont chères, contre seulement le quart des Allemands, des Espagnols ou des Italiens. Réalité tangible, ce phénomène est encore loin de faire l'unanimité. Interrogés sur l'hypothèse que les générations futures seront davantage amenées à s'expatrier, une personne sur deux juge qu'une telle évolution serait positive, contre 41% d'avis contraires. Les pays les plus enthousiastes étant les premiers concernés, on peut imaginer que l'expérience aide à mieux cerner les bénéfices associés à cet éloignement.

Si l'opinion des Européens s'avère partagée quant à l'expatriation des générations futures, les interviewés témoignent d'une assez forte perméabilité à la mobilité. Toutefois, les modalités du départ sont très tributaires des attaches des répondants : ainsi, si on leur proposait aujourd'hui "de quitter leur pays pour aller vivre en famille à l'étranger", et cela indépendamment de toute contrainte matérielle et financière, quatre Européens sur dix accepteraient, mais 53% d'entre eux s'y opposeraient. Là encore, l'Europe du Sud est plus réticente, tandis que les Français (54% qui accepteraient) et les Britanniques (57%) semblent plus aventuriers. S'expatrier seul est en revanche plus difficile : les deux tiers des Européens, les trois quarts des Allemands, 70% des Hollandais pour ne citer que les plus circonspects, n'accepteraient "probablement" ou "certainement" pas de "s'éloigner de leur famille pour aller vivre à l'étranger".

Pourtant, pour la majorité des Européens interrogés, distance géographique ne rime pas forcément avec détérioration des relations familiales. Si 40% des interviewés sont toutefois de cet avis, on constate que les personnes directement confrontées à la situation sont également celles qui souscrivent le moins à cette affirmation. En particulier, seulement 30% des sondés ayant un proche à l'étranger considèrent que l'éloignement nuit à la qualité des relations. Au contraire, les Européens voient plus souvent dans cet éloignement "un encouragement à voyager plus souvent" (50% de citations sur l'ensemble des personnes interrogées, et plus de 70% de citations en France et aux Pays-Bas), ou "une opportunité d'enrichissement culturel" (citée par plus de quatre Européens sur dix, par deux-tiers des Français et des Belges). Sur ce dernier point, des pôles de réticence sont tout de même à relever : en Allemagne et en Espagne particulièrement, où moins de trois sur dix voient dans l'éloignement la possibilité de s'ouvrir à de nouvelles cultures.
Plus globalement, il est intéressant de constater que l'on a d'un côté des nations très sensibles à la distance familiale (France, Belgique, Pays-Bas), où l'on ressent le plus les menaces, mais aussi les avantages, de l'éloignement ; ces pays sont également les premiers concernés par le phénomène. De l'autre côté, les pays plus indifférents aux menaces comme aux points positifs sont aussi les moins touchés par l'éparpillement familial (c'est particulièrement le cas de l'Espagne ou de l'Italie).

Positive ou négative, la dispersion familiale renforce en tout cas les envies de voyage. Si le cas se présentait, plus de sept Européens sur dix aimeraient rendre plus souvent visite à leur famille à l'étranger, les plus jeunes étant également les plus motivés pour saisir cette opportunité. Des déplacements plus fréquents vont-ils alors favoriser les mariages "bi-nationaux" ? Déjà deux Européens sur trois pensent qu'il serait positif que "les générations futures connaissent plus de mariages entre personnes de nationalités différentes". Les Britanniques (77% d'entre eux jugeraient une telle évolution favorablement), les Français (73%) et les Espagnols (67%) sont les plus ouverts à ces unions ; et sur l'ensemble des Européens, ce sont une fois encore les jeunes qui se montrent les plus attirés par cette perspective…

Auteur(s)

Articles liés