Les citadins s'installent à la campagne

Après avoir sondé les maires de communes rurales sur le phénomène des citadins actifs qui viennent s'installer à la campagne, Ipsos vient de mener une enquête "miroir" auprès des néo ruraux afin d'avoir leur propre ressenti : opinions et attitudes des "néo-ruraux".

PRINCIPAUX ENSEIGNEMENTS

Profil des néo-ruraux

Dans le cadre de cette enquête sont considérés comme néo-ruraux les français de 15 ans et plus :

· Habitant actuellement une commune rurale de moins de 2.000 habitants
· Résidant dans cette commune depuis moins de 5 ans
· Ayant leur précédent domicile dans une commune de plus de 2.000 habitants
et située à plus de 50 km de leur commune d'habitat actuelle.

Sur la base de cette définition, les néo-ruraux représentent 4,2% de la population française des plus de 15 ans soit 2 Millions de personnes.

Par rapport à la population nationale, les néo-ruraux se distinguent principalement par leur jeunesse ( 46% ayant entre 25 et 34 ans alors que cette classe d'âge représente 19% dans la population nationale) et leur appartenance à des catégories socioprofessionnelles plus modestes (46% avec chef de ménage employé ou ouvrier). Les hommes ont tendance à y être plus représentés. (55% contre 48% en France).Sur le plan de leur formation ils suivent par contre la moyenne nationale.

Pour quelles raisons des citadins souhaitent-ils s'installer durablement à la campagne ?

En dehors du bénéfice d'une meilleure qualité de vie (motivation prioritaire et évidente pour 95% des néo-ruraux et 97% des maires) plusieurs autres facteurs se combinent pour expliquer selon nos interviewés la décision de quitter la ville pour la campagne :

· prendre un nouveau départ (38%),
· Retrouver ses racines (25%)
· Volonté de vivre dans une région que l'on aime (24%)
· et même, pour 14%, participer au renouvellement et développement du milieu rural.

Derrière ces réponses l'on perçoit qu'il y a eu un véritable choix de vie, voire même chez certains une attitude " militante ", ce que les maires de communes rurales pressentent moins. Ces derniers valorisent en effet davantage (53%) la recherche des racines familiales dans les motivations initiales et ils sont moins nombreux que les néo-ruraux à penser que la volonté de prendre un nouveau départ (27%) ou de participer de manière active au développement du milieu rural (8%) puissent constituer des facteurs déclenchants.

Pour quelles raisons certains renoncent-ils à ce projet ?

La principale raison qui peut expliquer le renoncement des projets d'installation durable à la campagne segmente les néo-ruraux :

· Pour 34% elle repose essentiellement sur l'incapacité des citadins à pouvoir vivre à la campagne et s'y adapter (34%),
· Pour 32% il s'agit surtout d'un manque de volonté à franchir le pas

Les maires quant à eux , et de manière majoritaire (51%) ont le sentiment qu'il s'agit davantage d'un problème d'incapacité d'adaptation à la vie à la campagne qu'un réel problème de volonté (17%).

Quels avantages procurent ces nouveaux habitants aux communes rurales?

La contribution à la vie des services de proximité et l'apport plus général de vie dans la commune et les associations, sont considérés à part égale par les maires (76%) comme les deux avantages essentiels que procurent aux communes rurales l'installation de nouveaux citadins . Nos interviewés néo-ruraux reconnaissent également comme principal avantage cet apport de vie (62%) mais 53 % insistent ensuite sur l'apport économique que les nouveaux habitants peuvent apporter aux communes en y créant ou en y reprenant une activité. Un aspect , au contraire, peu valorisé par les maires (13%).

L'apport de compétences, expériences et cultures nouvelles représente un autre avantage cité par un interviewé sur quatre, et ceci qu'il s'agisse des maires comme des néo-ruraux. Il y a donc des deux côtés le sentiment , partagé dans les mêmes proportions, que la diversité est gage d'enrichissement pour une commune.

Quel est le rôle des élus pour favoriser l'installation de citadins à la campagne ?

Sur la base de leur expérience, les néo-ruraux interrogés expriment une forte attente d'intégration à la population locale. Ils attendent en priorité (58%) une aide de la part des maires sur ce point mais également pour la mise en œuvre d'une politique municipale pro active et en particulier :

· obtenir l'adhésion de leurs administrés au fait qu'il soit nécessaire de faire venir de nouveaux habitants (38%),
· orienter les futurs candidats vers les bons interlocuteurs et les accompagner dans leurs démarches (34%).

Sur ce même thème, l'opinion des maires de communes rurales est plus partagé : soit ils expriment une attitude plutôt défensive en estimant que leur rôle consiste principalement à faire prendre conscience aux citadins qu'il leur faut s'adapter aux réalités de la vie locale (37%), [voire même pour certains (16%) à évaluer leurs réelles motivations] , soit ils sont plus offensifs et considèrent alors qu'il est nécessaire avant tout d'aider les nouveaux venus à s'intégrer (34%).

Quelles sont les conditions essentielles à réunir pour que des citadins s'intègrent bien à la population locale ?

La volonté des nouveaux venus à aller vers les autres, à participer et s'investir dans la vie locale (associations, fêtes…) représente pour 51% des élus et 52% des néo ruraux la principale condition d'intégration. 19% des néo ruraux attendent au contraire que la population locale aille vers eux, 16% estiment qu'il s'agit d'un effort qui doit être partagé et 15% admettent qu'il ne faut pas arriver en terrain conquis et respecter les habitudes locales.

Les maires, et en particulier ceux qui sont sur la défensive, insistent davantage que les néo ruraux sur la nécessité pour les citadins de s'adapter aux contraintes de la vie locale :

· admettre qu'on ne trouve pas tout sur place et qu'il faut se déplacer (36%)
· accepter les contraintes liées à l'activité agricole (40%)

Notons que cette dernière condition est amplifiée par les élus puisque 40% la mettent en avant alors que seulement 4% des néo ruraux l'évoquent…….!

Quels sont les principaux facteurs d'échec des installation ?

Pour les néo ruraux les difficultés d'adaptation à la vie locale (47%) tout comme celles d'intégration à la population locale (42%) représentent les deux principaux facteurs d'échec des installations à la campagne. Viennent ensuite les difficultés pour trouver du travail (21%) et le manque d'infrastructures commerciales , éducatives et/ou culturelles (11%).

Les maires, s'ils rejoignent globalement l'avis des néo ruraux sur les deux principaux facteurs d'échec, insistent davantage (62%) sur les difficultés des citadins à s'adapter à la vie rurale mais également sur le fait que les projets économiques de ces derniers sont parfois peu viables et peu réalistes (35%).

Quelles sont les attitudes des habitants de la commune vis à vis des citadins qui viennent s'y installer ?

Les néo ruraux , sur la base de leur vécu, estiment à 56% que les habitants de leur commune sont favorables au fait que des citadins viennent s'y installer, 30% pensent qu'ils sont plutôt neutres et seuls 13% déclarent qu'ils y sont plutôt opposés.

Même s'ils sont un peu plus nuancés, les maires partagent le même sentiment. Ils déclarent en effet que les habitants de leur commune sont soit favorables (53%) soit neutres (36%) à ce phénomène.

Ces résultats montrent au final qu'aujourd'hui un habitant de zone rurale sur deux exprime une attitude positive à l'arrivée de citadins dans sa commune, ce qui représente un facteur très positif, surtout lorsqu'on pense aux fortes demandes d'intégration exprimées par les néo ruraux.

Existence d'une politique municipale en faveur des néo ruraux ?

En majorité (57%) les néo ruraux interrogés estiment qu'il n'existe pas de politique municipale particulière dans leur commune pour y attirer et y installer durablement des citadins. Ils sont 37.5% à déclarer au contraire que des actions sont engagées dans leurs communes soit depuis un certain temps (15.5%) soit récemment (22%).

Même si les maires sont en proportion un peu plus nombreux à dire avoir engagé des actions spécifiques (43% dont 27% depuis un certain temps), la majorité (57%) déclare n'avoir rien fait de particulier.

Il n'en demeure pas moins que 80% des élus interrogés affirment qu'ils seraient favorables à l'intégration de néo ruraux dans leur conseil municipal. Les néo ruraux n'ont pas tout à fait le même vécu : 49% pensent que le maire de leur commune y est ou serait favorable mais 19.5% déclarent qu'il y est opposé ( 3% des maires seulement ont cette opinion…)

Quelles actions prioritaires faut-il mettre en œuvre pour faciliter l'installation durable des citadins ?

Trouver des logements vacants dans la commune (47%), développer des activités culturelles et de loisirs (37%) ainsi que des services de proximité pour les enfants en particulier, (36%) représentent les trois actions prioritaires à mettre en œuvre aux yeux des néo ruraux pour attirer de nouveaux habitants (en dehors des retraités) dans leur commune.

Les maires sur-valorisent quant à eux le problème des logements (62%) car ils sont certainement plus exposés à des demandes à ce sujet. Arrive ensuite, mais avec une importance deux fois moindre, le développement de services de proximité (33%) puis la recherche de personnes motivées ayant des compétences utiles à la commune (cité par 24%).

On peut noter que les élus sous estiment les attentes de leurs futurs habitants en ce qui concerne le développement d'activités culturelles et de loisirs : les néo ruraux sont en effet trois fois plus nombreux (37% contre 12% des élus) à considérer qu'il s'agit là d'une des deux actions prioritaires à mettre en œuvre. Il existe donc manifestement une véritable demande que peu de maires perçoivent . [même si par ailleurs 22% d'entre eux nous disent qu'il s'agit d'une des questions que les citadins leurs posent lorsqu'ils les rencontrent] Citons le maire d'un village ayant mis en place avec succès une politique active en ce sens "Nous avons la salle des fêtes la plus pourrie du Plateau des Mille vaches mais avec toutes les associations crées elle est occupée tous les jours "

Remarquons enfin l'importance non négligeable accordée par 28% des néo ruraux et 21% des maires à l'identification des activités économiques non pourvues ou manquantes dans la commune.

Quelles sont les principales questions des citadins avant l'installation ?

Avant de choisir la commune rurale où ils sont installés, les néo ruraux interrogés par Ipsos se sont préoccupés de questions centrées essentiellement autour des thèmes suivants :

· Les possibilités d'emploi existantes dans la commune ou aux environs (32%) [ou les possibilités de trouver un outil de production pour un commerce ou une activité particulière (4%)]
· Les services de proximité : infrastructures éducatives (16%), commerces et services publics existants (4%) sur place ou à proximité
· Les logements disponibles à louer ou acheter (17%)
· L'accueil que la population locale leur réserverait (11%)

Il n'en demeure pas moins, et ceci fait partie des enseignements du sondage, qu'une partie non négligeable des néo ruraux interrogés (30%) déclarent ne pas avoir cherché de réponses à des questions particulières et s'être débrouillés seuls : est ce à dire qu'ils ont manqué d'aide et d'accompagnement ou bien est-ce la preuve qu'il s'agit de personnes autonomes et volontaires ?

Les maires, quant à eux, déclarent en très grande majorité (63%) être principalement sollicités par les citadins pour tout ce qui concerne les services et infrastructures éducatives. Ce thème d'interrogation prioritaire est suivi ensuite de questions sur les commerces existants (29%) ,les associations culturelles (22%) et les services publics (19%) Les élus semblent moins exposés aux questions sur l'emploi et les possibilités économiques (12%) lesquelles semblent être davantage posées aux Etablissements consulaires (CCI, Chambre d'Agriculture, Chambre de métiers).

Qui contacter lorsqu'on a le projet de s'installer durablement en zone rurale?

A la question suivante " Au vu de votre expérience personnelle, quelles sont les personnes ou organismes que vous conseilleriez de contacter pour trouver une commune rurale d'accueil et s'y installer dans de bonnes conditions ? " 56% des néo ruraux interrogés conseilleraient aux futurs candidats de se diriger vers les organismes consulaires (39%), les mairies (29.5%) ou d'autres organismes type Conseils Régionaux, Syndicat intercommunal (24%).

Par contre, et ceci constitue un autre enseignement d'importance, 44% déclarent qu'il est nécessaire de se débrouiller seul, preuve que la fonction d'accueil et d'orientation a été manifestement inexistante dans leur cas et qu'elle reste certainement à remplir ou améliorer.

Le choix de la commune relève t'il d'un choix personnel ou professionnel ?

Cette question segmente les néo-ruraux interrogés selon leur statut professionnel actuel :

Dans leur très grande majorité (81%), ceux qui sont actuellement salariés déclarent être venus dans leur commune d'habitat par choix personnel (qu'il s'agisse du leur 65%/ ou de celui du conjoint : 16%). Ceci tend à démonter l'intérêt qu'il y a pour les communes en recherche d'habitants à recenser et faire connaître les possibilités d'emplois salariés existants.

Les néo-ruraux exerçant une profession indépendante (commerçant, agriculteur, artisan, profession libérale) disent au contraire en majorité (58%) que leur démarche a été dictée en priorité par leur choix professionnel. Le choix de la région n'est intervenu qu'ensuite, soit grâce à une opportunité correspondant à leur projet (41% d'entre eux) soit grâce à l'existence d'un système d'assistance et d'interlocuteurs régionaux pouvant les aider à la mise en œuvre (17%). Dans ces cas l'on voit bien la nécessité d'arriver à mettre en phase projet professionnel et région.


Situation aujourd'hui des néo ruraux intérrogés ?

Au regard de leur situation personnelle aujourd'hui, les néo ruraux interrogés peuvent être répartis en 3 groupes :

La majorité (64%) est constituée de personnes manifestement intégrées puisqu'elles déclarent vivre principalement à la campagne et participer activement à la vie de leur commune.

Un quart (25.5%) peut être qualifié de Mixtes "Urbains/Ruraux" : ils sont souvent en ville ou une grande partie de leur vie se déroule en ville même s'ils habitent à la campagne. (on est plus alors dans un choix de cadre d'habitat)

Enfin 10.5% sont en attitude de repli : ils vivent à la campagne mais déclarent ne pas participer à la vie de leur commune.


Fiche technique :

Enquête menée au téléphone (système CATI) du 3 au 22 mars 2003 auprès de 200 Néo-ruraux préalablement identifiés via une phase de screening .
Les résultats de ce sondage ont été mis en perspective avec celui mené en novembre 2002 auprès de 500 élus constituant un échantillon national représentatif des maires de communes rurales de moins de 2.000 habitants.

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