Les Français et le logement : lucides ou résignés ?

Nexity dévoile les principaux enseignements du Baromètre du logement, dont la troisième vague a été réalisée par Ipsos fin août 2013. Au menu, un effet «rentrée» indéniable sur les inquiétudes en matière de logement. Comme en 2012, une très large majorité de Français (83%) estime qu’il est difficile de trouver un logement en France (contre 75% en janvier 2013)…

Auteur(s)
  • Fabienne Simon Chief client officer
  • Sarah Duhautois Directrice Adjointe Corporate Reputation
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  • Les locataires ressentent plus durement que la moyenne les difficultés d’accès au logement : ils sont en effet 48% à juger qu’il est « très » difficile de se loger, tout comme les Franciliens (51%) confrontés à la pression immobilière spécifique s’exerçant dans la région.
  • Sans surprise, les catégories les plus vulnérables se montrent également les plus préoccupées : 57% des ménages les plus modestes (
  • Aux yeux des Français, la situation demeure difficile, qu’il s’agisse de l’accession à la propriété, de la location dans le parc privé, ou de l’accès au logement d’urgence (respectivement 62%, 66% et 83% - stables par rapport aux mesures précédentes). Mais c’est surtout sur le logement social que semble se cristalliser l’inquiétude en cette rentrée 2013 : + 4 points par rapport à janvier dernier, à 79%.

Les jeunes générations apparaissent plus inquiètes que la moyenne sur l’avenir du logement

Si les Français sont préoccupés par la crise du logement, la part de ceux qui considèrent que la situation va se dégrader dans les années à venir s’est réduite de 8 points en un an, passant de 36% en septembre 2012 à 28% aujourd’hui. L’écart se resserre entre les pessimistes et les optimistes, au profit du pronostic d’un statu quo : 15 points de différence en septembre 2012, 14 points en février 2013 et 6 points seulement en septembre 2013, avec 46% de Français pensant que les choses vont rester sans changement en matière de logement.

En revanche, les nouvelles générations manifestent un niveau d’inquiétude beaucoup plus élevé, révélateur d’un profond manque de confiance dans l’avenir du logement : selon près d’un jeune de moins de 25 ans sur deux (47%, +6 points), la situation du logement en France va se dégrader.

Les Français expriment une vision nuancée de la situation de logement

Les Français sont une majorité à considérer que la pénurie de logement concerne avant tout certaines zones régions et agglomérations (74%) ou certaines populations comme les étudiants et les personnes âgées (73%). Seul ¼ des Français pointe un problème général de pénurie de logements en France.

Faisant directement écho à la situation particulière de leur région en matière de logement, les habitants de l’Ile-de-France sont plus nombreux que la moyenne à déplorer le manque de logements dans certaines agglomérations (83%, contre 74% chez l’ensemble des répondants), et tendent davantage à extrapoler ces difficultés au reste de l’hexagone : ils sont en effet 38% à pointer un manque global de logements en France, contre 25% des Français dans leur ensemble.

Les Français souhaitent une politique de logement ciblée en fonction des besoins des territoires

Les Français appellent de leurs vœux une politique de logement ciblée : si 43% déclarent que la politique de logement doit être partout la même, c’est-à-dire avec des dispositifs d’aide ou de défiscalisation identiques sur l’ensemble du territoire français, 53% sont d’avis contraire, souhaitant une politique adaptée aux situations différenciées des régions et des territoires, qui mette l’accent sur les zones les plus touchées par les difficultés.

Ce sont les catégories socioprofessionnelles modestes qui manifestent davantage leur préférence pour une politique universaliste : c’est le cas de la majorité des locataires HLM (57%) et des personnes dont les revenus mensuels du foyer ne dépassent pas 1 200 € (56%). En revanche, les personnes plus aisées sont davantage favorables à la politique ciblant les territoires prioritaires : les cadres supérieurs (69%), ainsi que les personnes déjà propriétaires de leur logement (65%) sont les plus nombreux à le souhaiter.

Dans ces conditions, une majorité relative de Français estime que l’intercommunalité est l’échelon le plus approprié pour mener à bien la politique de logement (45%), contre 16% pour l’échelon de la commune. Seul un tiers des Français (33%) pense que la politique de logement devrait être décidée au niveau étatique.

En revanche, pour une majorité de Français (46%), les dispositifs d’aide à l’accession à la propriété doivent rester la chasse gardée de l’Etat.

Le coût de l’immobilier demeure la première préoccupation

Les budgets restreints des Français

Dans le contexte de crise économique prolongée, la question financière gagne encore davantage en importance, y compris en matière de logement. Le pouvoir d’achat des Français en souffre : pour 42% des Français, leurs revenus leur permettent juste de boucler la fin du mois. Un tiers seulement parvient à mettre de l’argent de côté (34%) et près d’un quart (23%) vit sur ses économies ou à crédit. Les locataires sont particulièrement touchés, et seul un quart d’entre eux arrive à épargner de l’argent.

Par ailleurs, plus d’un tiers (36%) des Français ont déjà dû renoncer à changer de logement. Au total, ce sont  16% des Français qui ont renoncé car les prix de l’immobilier étaient trop élevés (soit une hausse de 7 points par rapport à janvier dernier). Parmi ceux qui n’ont pas pu mener à bien leur projet immobilier, on retrouve notamment les Parisiens (45% vs. 36% pour la moyenne des Français). La moitié d’entre eux ont abandonné leur projet justement pour des raisons financières.

Le pronostic sombre sur l’évolution des prix perdure

Les Français sont toujours aussi nombreux qu’en janvier à craindre la hausse des prix de l’immobilier, tant dans le neuf que dans l’ancien, à la location comme à l’achat. Comme lors des vagues précédentes, les Français dressent un pronostic particulièrement sombre de l’évolution des prix des logements loués (le prix du neuf augmenterait dans les 6 prochains mois selon 77% des Français et celui de l’ancien pour 61% d’entre eux), alors que pour l’achat de l’immobilier ancien, 39% des répondants prévoient même au contraire une baisse des prix (+4 points par rapport à janvier).

Les locataires sont les plus alarmistes, estimant plus souvent que la moyenne des Français que les prix à la location vont beaucoup augmenter, quel que soit le type de bien (ainsi, ils sont 27% à craindre l’augmentation des prix du neuf, pour 18% des Français dans l’ensemble).

Les marges des promoteurs responsables de la hausse des prix de l’immobilier neuf ?

Parmi les raisons de la hausse des prix du neuf, les marges des promoteurs sont aujourd’hui le plus souvent citées (par 52% des répondants, contre 39% en janvier et 43% en 2012 et 2011), notamment par ceux qui ont récemment cherché sans succès à déménager. Elles devancent ainsi pour la première fois la raréfaction et la hausse du prix des terrains (48%, vs. 54% au début de l’année) et l'augmentation des coûts de construction (46%, stable depuis 2012). Ce revirement s’explique peut-être par un amalgame entre les promoteurs et les agents immobiliers dont les tarifs ont largement occupé le terrain médiatique cet été, pointés du doigt notamment par les associations de consommateurs au moment des premières annonces sur le projet de loi ALUR.

La baisse des prix de l’immobilier représente le premier facteur incitatif à l’achat…

Parmi les facteurs pouvant inciter à devenir propriétaire de son logement, les Français appellent avant tout de leurs vœux une baisse des prix (64%), loin devant une baisse des taux d’intérêt (45%), la défiscalisation d’une partie du montant investi (41%) et une aide publique (31%).

La baisse des prix est notamment souhaitée par les plus jeunes (82% des 18-24 ans), par les cadres supérieurs (76%), et surtout par les Franciliens (49% d’entre eux la citent en premier, contre 38% des Français, et 70% au total). Assez logiquement, la défiscalisation plaît avant tout aux catégories aisées (50% des personnes ayant des hauts revenus, 56% des cadres, mais aussi aux jeunes retraités (52% des personnes entre 60-69 ans). Les aides directes de l’Etat sont davantage choisies par les catégories vulnérables en matière de logement : les jeunes (45% des moins de 35 ans), les classes populaires (44% des CSP-), les locataires (45%), ou encore les pessimistes concernant le logement (38% de ceux qui pensent que les choses vont se détériorer) et ceux qui ont vécu une mauvaise expérience dans l’immobilier (40% de ceux qui ont récemment cherché à changer de logement, sans succès)

…et elle demeure la première priorité en matière de logement

Sans surprise alors, on constate que les priorités des Français en matière de logement sont avant tout de nature financière. La limitation de la hausse des loyers constitue de nouveau en la première priorité (49%). Limiter l’augmentation du prix à l’achat arrive en troisième position (30%), juste après la rénovation énergétique qui progresse légèrement en 2013 (32%, soit une hausse de 4 points depuis janvier).

Si la baisse des prix constituent un objectif de première importance, ceci est moins le cas du développement du logement social : il perd 8 points depuis la dernière vague et se retrouve en dernière position des priorités (16%), derrière la mixité sociale (23%) et fonctionnelle (20%) des quartiers. Le parc social perd de l’importance tant chez les propriétaires (-8 points, à 14%) que chez les locataires (-7 points, à 20%).

Alors que le logement social perd une partie de ses défenseurs (peut-être parce qu’il s’agit déjà d’une priorité affichée du gouvernement), la demande pour une plus grande mixité sociale demeure stable. En revanche, favoriser la mixité fonctionnelle, certes toujours relativement secondaire, gagne 6 points depuis janvier (à 20%), et le progrès est visible tant chez les propriétaires (+5 à 21%) que chez les locataires (+7 à 18%).

L’accession à la propriété constitue à la fois une priorité et une solution aux problèmes de logement

Les Français réclament la construction des logements en accession à la propriété…

On notera par ailleurs qu’un quart des Français place la construction de nouveaux  logements comme une priorité en matière de l’immobilier (24%). Dans le détail, en ce qui concerne les nouveaux programmes de construction, les Français privilégieraient des logements en accession à la propriété, aussi bien en France en général (87%) que dans leur propre région (82%). Pour les logements destinés aux plus démunis, les Français leur donnent la priorité à l’échelle nationale (88%), mais un peu moins sur leur territoire (77%). Enfin, le parc social est le moins souvent cité, mais vient juste après (83% pour les constructions en France et 72% dans la région).

Les aides à l’accession à la propriété constituent la meilleure solution pour assurer le développement de l’immobilier neuf selon une majorité relative de répondants (33%), devant la libéralisation des terrains appartenant à l’Etat (30%, en progrès de 7 points depuis septembre 2012), les incitations fiscales (14%) ou l’accélération de procédures (12%).

Parmi les critères d’accès aux aides, les Français privilégient le revenu de l’acquéreur (82%), la situation familiale (71%) et de logement (le fait d’être locataire au moment de l’achat devrait être pris en compte selon 71%) ou encore la localisation du bien immobilier acheté (65%). L’âge de l’acquéreur, en revanche, n’est retenu comme critère légitime que par une minorité des Français (43%). Seuls les retraités sont majoritairement favorables à ce critère (57% des personnes âgées de plus de 60 ans).

…et estiment que les prêts avantageux seraient le meilleur moyen pour le favoriser

Enfin, 78% des Français considèrent que les prêts à taux faible en plus du prêt à taux zéro seraient les plus efficaces pour favoriser l’accession à la propriété des ménages modestes. En revanche, les aides directes arrivent en dernière position des solutions les plus efficaces selon les Français (56%), après les chartes d’engagement locales signés par les promoteurs (64%) et la réglementation des coûts du foncier par les collectivités locales (58%).

Si le logement reste plus que jamais un problème à l’automne 2013, l’opinion a toutefois fortement évolué sur le sujet : de crise globale appelant des solutions générales, les Français ont désormais une vision plus nuancée et perçoivent la complexité des difficultés, qui touchent plus particulièrement certaines régions ou certaines catégories de Français. Dès lors, si les attentes restent concentrées sur le coût et le financement, le ciblage des dispositifs et des aides est manifestement appelé de leurs vœux. 

Les dernières vagues du baromètre du logement Ipsos / Nexity :


Fiche technique :

Etude réalisée par téléphone les 30 et 31 août 2013 auprès de 931 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L’échantillon est construit selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille, catégorie d’agglomération et région).

Auteur(s)
  • Fabienne Simon Chief client officer
  • Sarah Duhautois Directrice Adjointe Corporate Reputation

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