Les Français et leur santé mentale : comment améliorer la prévention ?

Enjeu majeur de santé publique, les maladies mentales touchent 1 personne sur 5 en France. Elles représenteront, à l’horizon 2020, la 1ère cause de handicap dans le monde. Aujourd’hui, comment les Français les perçoivent-elles ? Peurs et idées reçues prédominent-elles ? Ont-ils le sentiment d’être bien informés sur les facteurs de risques, les comportements à tenir, les possibilités de prise en charge ? Ipsos Santé a réalisé pour la Fondation FondaMental et Klesia une enquête exclusive sur le rapport des Français à la santé mentale.

En bref, l’étude témoigne d’une réalité contrastée :

  1. Un paradoxe : les maladies mentales représentent un sujet important pour un Français sur 2, puisque affectés eux-mêmes ou concernés via leur entourage mais demeurent un champ de méconnaissance manifeste.
  2. Des représentations qui demeurent négatives malgré une légère inflexion: la comparaison des résultats avec une précédente enquête de 2009 témoigne d’une légère inflexion des représentations les plus stéréotypées et négatives des maladies mentales, même si les peurs et idées reçues continuent de s’exprimer à des niveaux élevés. 
  3. Au final, des besoins de repères sont adressés sur tous les sujets : de la prévention de la survenue, aux conduites à tenir en cas de troubles suspectés, et aux traitements post diagnostic. Le médecin généraliste s’impose comme un interlocuteur de référence.

« Si la photographie prise en 2014 est moins noire qu’en 2009 sur l’image sociale des maladies mentales, les conditions d’une prévention optimale ne sont pas réunies. Une mobilisation est aujourd’hui nécessaire pour apporter des repères aux Français. Méconnaissance des facteurs de risques et des moyens de prévention, crainte de la désocialisation et de la stigmatisation, difficultés à s’orienter etc., autant de freins profonds restent à surmonter encore aujourd’hui. »  Pr Marion LEBOYER (Hôpitaux universitaires Henri Mondor, UPEC, Inserm U955, Créteil)

 

Un paradoxe sur les maladies mentales : un sujet d’importance mais peu de connaissances

Les Français sont une majorité à se sentir concernés par le sujet

>> 58% des Français sont affectés de près ou de loin par les maladies mentales

  • 53% des Français ont un ou des proches affectés (en augmentation de 19 pts vs. 2009, symptôme d’une normalisation de l’image)
  • et 13% se déclarent affectés personnellement (en augmentation de 8 pts vs. 2009). 

La dépression est la maladie mentale la plus répandue en France puisque 47% des Français déclarent y être confrontés : 8% personnellement et 41% disent avoir un ou plusieurs dépressifs dans leur entourage. Ces chiffres paraissent cohérents avec ceux publiés par l’INPES dans leur Baromètre Santé de 2005 où 3 millions de personnes avaient déjà vécu une dépression au cours des douze mois précédant l’enquête (8% de la population Française).

>> Les Français sont nombreux à s’être déjà interrogés sur leur santé mentale ou celle de leurs proches

  • 28% de la population indique s’être déjà posé des questions sur sa propre santé mentale,
  • Et 4 Français sur 10 se sont décrits comme ayant été préoccupés par la santé mentale d’un proche (39%), ce qui au total nourrit presque une moitié des Français (45%) ayant déjà eu des doutes sur une possible maladie mentale pour soi ou un proche.

Pourtant, on constate une méconnaissance manifeste du sujet

  • Une identification relativement floue des maladies mentales
    Les maladies mentales les plus citées spontanément sont la schizophrénie (56%), les maladies maniacodépressives/troubles bipolaires (26%) et la dépression (18%). Néanmoins, 46% des Français associent spontanément les maladies mentales à des maladies neurologiques : 38% avec l’Alzheimer, 10% d’entre eux citent la trisomie, 6% Parkinson. 6% ne savent pas citer de maladies mentales.
  • Les ¾ des Français sous-estiment la prévalence des maladies mentales

Hommes et séniors

Les hommes se disent moins concernés que les femmes par la dépression (41% contre 52%) et d’une manière plus générale par les maladies mentales (49% pas concernés contre 37%).

A noter également que les séniors de 60 ans et plus ont moins tendance à s’interroger sur leur propre santé mentale (79% d’entre eux affirment ne pas se poser de question sur leur santé mentale contre 72% de la population française).

Si les ¾ des Français sous-estiment la prévalence des maladies mentales, cette tendance est renforcée chez les hommes (81%) et les 60 ans et plus (80%).

Des représentations moins négatives des maladies mentales, mais les stéréotypes ont la vie dure

Des représentations négatives des malades atteints de problèmes mentaux

Les maladies mentales spontanément présentes à l’esprit des Français sont la schizophrénie (56%), les maladies maniacodépressives/troubles bipolaires (26%) et la dépression (18%).

Les représentations dans l’imaginaire collectif restent très connotées négativement :

  1. à la folie d’une part puisque 42% des Français associent spontanément les termes maladies mentales à la folie (baisse de 5pts vs 2009) et 7% d’entre eux vont même jusqu’à les qualifier de « tarés », « cinglés » (baisse de 7pts vs 2009).
  2. à la dangerosité d’autre part : 45% pensent qu’ils sont dangereux pour les autres, et 71% envisagent un danger pour soi.
  3. à la dépendance enfin et son impact sur la socialisation : 54% jugent que les personnes atteintes de troubles mentaux doivent être assistés dans leur vie de tous les jours. Les Français émettent aussi par exemple des réserves sur la capacité des malades mentaux à pouvoir assumer la responsabilité d’une famille (42% pensent qu’ils ne peuvent pas le faire, et 32% ne se prononcent pas), 21% qu’ils doivent prendre un traitement qui les rendent apathiques, 14% d’entre eux estiment que les personnes atteintes de troubles mentaux ne peuvent pas exercer de travail, 9% pensent qu’elles ne peuvent pas vivre en couple et 8% affirment qu’elles doivent vivre isolées.

Des malades peu fréquentables ?

La moitié de la population se sentirait gênée de vivre sous le même toit qu’un malade mentale et un tiers n’aimerait pas travailler (35%) ni même partager un repas (30%) avec une personne atteinte d’une maladie mentale quelle qu’elle soit.  Les plus jeunes (18-24 ans) ont un degré d’acceptation beaucoup plus élevé que la population française puisque seulement 20% d’entre eux se disent gênés à l’idée de partager un repas ou travailler avec une personne atteinte de troubles mentaux.

 

Face à cet enjeu, les Français reconnaissent ne pas disposer d’éléments de réponse ou d’action

Les Français se décrivent assez peu ou pas informés sur la santé mentale dans ses différentes dimensions.

Comment prévenir et limiter les risques de survenue d’une maladie mentale ?

84% des Français ne se sentent pas assez informés au sujet de la prévention des maladies mentales, et pour 78% qui s’estiment mal informés sur leurs facteurs de risques. Ce sentiment de manque d’information est beaucoup plus fort versus d’autres pathologies. Selon une étude menée par Ipsos en 2013, 76% des Français se sentent bien informés au sujet des AVC.

Pas évident non plus de savoir si l’on est à risque ou non compte tenu du flou sur l’origine des maladies : 54% des Français sont catégoriques sur la non hérédité, tandis que 26% ne savent pas se prononcer sur cette question.

  • Et que faire en cas de suspicion d’un problème ?
    79% ne se sentent pas assez informés au sujet des conduites à tenir en cas de problèmes de santé mentale. Les Français expriment en particulier un désarroi sur l’orientation : seulement 45% d’entre eux se sentent assez informés au sujet des professionnels de santé à consulter en cas de problèmes mentaux et 70% disent manquer d’information sur les structures disponibles en cas de problèmes de santé mentale.
  • Quid des traitements ? 78% se décrivent insuffisamment informés sur les traitements pour soigner les maladies mentales.  Et seulement un tiers par exemple considèrent les psychothérapies comme vraiment efficaces (part des notes >7/10 sur l’efficacité).

Le médecin généraliste reste le premier interlocuteur des Français sur le sujet et est de fait un acteur de choix pour toute politique de prévention :

En cas de problème de santé mentale, les Français se dirigeraient en premier vers:

  • Leur médecin traitant (81%)
  • Leur famille (41%)
Améliorer la prévention et la prise en charge des maladies mentales en France :  les priorités vues par les Français

- Agir en faveur du dépistage grâce à la connaissance des signaux d’alertes et des ressources adaptées (67%)

- Informer sur les facteurs de risques et moyens de prévention (66%)

- Mieux faire connaître les moyens disponibles pour traiter les maladies mentales (63%)

- Changer le regard sur les maladies mentales (58%)


Fiche technique :

Ipsos a interrogé pour FondaMental 1002 Français âgés de 18 ans et plus, par Internet via le panel d’Ipsos, constituant un échantillon national représentatif selon la méthode des quotas (sexe, âge, région, catégorie d’agglomération et profession du chef de famille - Source INSEE), du 17 au 23 Avril 2014.

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