Les Français préfèrent désormais la crémation à l’inhumation pour leurs propres obsèques

En 2008, les Services Funéraires de la Ville de Paris ont chargé l’Institut Ipsos de réaliser une enquête auprès des Français sur leurs perceptions et souhaits en matière d’organisation des obsèques. En 2010, une nouvelle interrogation a été réalisée afin de mesurer l’évolution des opinions sur ce sujet aussi riche que difficile tant il renvoie à de multiples évolutions de la société française : recul de la pratique religieuse notamment catholique, transformation du rapport au corps, évolutions légales ou encore intérêt grandissant pour l’environnement. C’est dans cet objectif que 1017 Français âgés de 15 ans et plus ont été interrogés par téléphone les 23 et 24 juillet 2010. Crédit photo

Auteur(s)
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
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Lorsque les Français pensent à leurs propres obsèques, c’est la crémation qui a leur préférence.

Le choix de la crémation semble plus facile pour soi-même que pour ses proches. Parmi ceux qui parviennent à se prononcer sur l’alternative crémation / inhumation, la crémation est même majoritairement choisie (52% contre 48% pour l’inhumation).

La préférence pour l’une de ces deux techniques funéraires est fortement liée aux croyances et au niveau de pratique religieuse. Les athées ou non croyants (qui parviennent à se prononcer) arrêtent plus souvent leur choix sur la crémation (67%) que les croyants (41%) et en particuliers les croyants et pratiquants (27%). On note cependant que même chez les croyants, la crémation obtient un score relativement élevé (41%).

Le choix de la crémation progresse pour les obsèques d’un proche, même si la préférence traditionnelle pour l’inhumation demeure.

Les Français sont de plus en plus nombreux à envisager le recours à la crémation pour les obsèques d’une personne très proche : 47% de ceux qui se prononcent sur l’alternative crémation / inhumation feraient le choix de la crémation (+3 points par rapport à 2008).

Si l’attractivité de la crémation pour les proches se renforce, c’est vraisemblablement en partie en raison de son intérêt économique en des temps difficiles : les frais d’obsèques pour une crémation sont généralement moindres pour une crémation (choix de cercueil plus simple…), mais surtout par la suite car elle n’implique pas les mêmes frais de cimetière (achat d’une concession, entretien de la tombe…). 

Les arguments de type écologiques ne sont par ailleurs pas étrangers à la préférence grandissante pour la crémation : en particulier dans les grandes villes, elle permettrait d’économiser de l’espace et limiterait les risques de contamination.
Mais surtout, elle accompagne le recul de la pratique religieuse (notamment catholique) en France. Les Français se considérant croyants et pratiquants ne représentent plus en effet que 11% de la population (contre 14% en 2008). Or si l’Eglise catholique tolère le recours à la crémation depuis 1963, les réticences restent encore nombreuses envers ce mode de disparition du corps qui est resté longtemps tabou.
Lorsqu’il s’agit des obsèques d’un proche, la préférence culturelle et religieuse pour l’inhumation demeure néanmoins: les Français qui parviennent à se prononcer quant à la technique funéraire qui aurait leur préférence choisissent en effet majoritairement le recours à l’inhumation (53%). Cette préférence reste fortement corrélée aux croyances religieuses des répondants : si 63% des croyants (qui se prononcent) disent qu’ils préfèreraient l’inhumation pour leurs proches (76% des Français qui se disent croyants et pratiquants), c’est la crémation qui a nettement les faveurs des athées ou non croyants (62% contre 38% pour l’inhumation).

Le fait que les Français pensent davantage à recourir à la crémation pour eux-mêmes s’explique sans doute par les éléments suivants : le souci de ne pas entraîner trop de frais pour ses obsèques ; l’aspect moins douloureux de la disparition radicale de son propre corps alors que la crémation d’un proche reste une épreuve difficile pour la famille, y compris en raison de la désapprobation qu’elle peut susciter. On peut aussi avancer que lorsque l’on réfléchit à ses propres obsèques, on a moins tendance à penser au besoin des proches d’un lieu de recueillement (certes aussi possible pour la crémation avec les columbariums et les jardins du souvenir), que ce soit par modestie, parce que l’on pense que se rendre sur la tombe d’un défunt pour se recueillir est une tradition qui se perd, ou encore parce qu’on considère que le choix des obsèques ne doit pas privilégier les souhaits de la famille mais avant tout celles du défunt (91% des Français étaient de cet avis en 2008).

Les Français sont attachés aux rites qui accompagnent les obsèques.

Croyants ou non, les Français considèrent très majoritairement que les obsèques doivent être l’occasion d’une cérémonie. S’ils devaient prochainement organiser les obsèques d’une personne très proche, 4 Français sur 5 organiseraient une cérémonie (80% contre 74% pour eux-mêmes). Seuls 16% organiseraient des obsèques sans aucune cérémonie pour un proche.

Que leur choix se porte sur l’inhumation ou la crémation, les Français sont donc très attachés à ce qu’une célébration soit organisée (86% de ceux qui choisiraient l’inhumation pour leurs proches organiseraient une cérémonie et 76% de ceux qui choisiraient la crémation).

La croyance religieuse influe par ailleurs sur la nature de la cérémonie envisagée : lorsqu’il s’agit du décès d’un proche, 80% des croyants envisagent plutôt une cérémonie religieuse, alors que 10% préfèrent une cérémonie civile. Quant aux athées ou non croyants, 24% d’entre eux envisagent une cérémonie religieuse contre 41% qui optent pour une cérémonie civile.

Si plus de 8 Français sur 10 jugent le coût moyen des obsèques élevé (84%), ils considèrent cependant que le financement des obsèques doit rester une affaire privée.

Le coût moyen des obsèques hors frais de cimetière (achat du cercueil, préparation du corps, transfert, inhumation ou crémation) s’élève en moyenne en France à un peu plus de 3 000 €. Un coût que les Français jugent très majoritairement élevé (84%), voire même très élevé (32%) au regard des opérations et services proposés. Ce coût est particulièrement prohibitif aux yeux des plus modestes : 90% des Français appartenant à un foyer dont le revenu mensuel net est inférieur à 1200 € considèrent ce coût élevé, et 41% d’entre eux le jugent même très élevé.

Pour un peu plus de 4 Français sur 10, c’est le défunt lui-même qui de son vivant (par un contrat de prévoyance obsèques par exemple) qui devrait prendre en charge ces coûts car c’est parfois une dépense très élevée pour les enfants (stable par rapport à 2008).

A un niveau quasi équivalent, les Français considèrent que ce sont les familles qui doivent supporter ce coût car ils jugent normal que les enfants s’occupent des obsèques de leurs parents (38% ; +1 point par rapport à 2008). Cette opinion est plus répandue parmi les plus jeunes : 53% des moins de 25 ans sont de cet avis. Elle recule quand l’âge avance : le répondant pense alors vraisemblablement d’abord à ses propres obsèques, et ne souhaite pas imposer une charge à ses propres enfants. Ainsi, seuls 29% des Français de 70 ans et plus considèrent que c’est aux enfants de s’occuper de leurs obsèques, et 46% que c’est au défunt lui-même de faire preuve de prévoyance, ce qui l’assure par ailleurs que ses dernières volontés seront respectées.

Pour les Français, ce sont donc avant tout les solidarités familiales et intergénérationnelles qui doivent primer au moment des obsèques. D’ailleurs, seuls 16% d’entre eux considèrent que les pouvoirs publics devraient prendre en charge le coût des obsèques.

Auteur(s)
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs

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