Les Français sont particulièrement attirés par le commerce électronique
"Rien ne sert de courir" : le rapport de la France avec Internet relèverait-il d’une version "cyber" de la fable du lièvre et de la tortue. A en croire l'enquête internationale Ipsos/Sofinco réalisée dans huit pays d'Europe, l’Hexagone devrait petit à petit combler son retard en matière d'Internet par rapport à ses principaux voisins Européens. En terme d'équipement, 12% des Français non connectés aujourd'hui ont l'intention de le faire d'ici moins d'un an. Ce chiffre, légèrement supérieur à la moyenne européenne (11%), place la France parmi les nations de tête en terme de désir d'équipement à court terme. Le Portugal, l'Espagne et la Belgique sont un peu plus en retrait. Surtout, les intentions d'équipement à moyen terme semblent indiquer que l'utilisation d'Internet en France devrait être d'ici quelques années aussi courante que dans les autres pays. Un quart supplémentaire des Français non encore connectés déclarent souhaiter le faire "dans plus d'un an". Ce taux, le plus important de tous les pays concernés par l'enquête (la moyenne européenne est de 16%) montre la curiosité et l'intérêt que portent les Français au réseau mondial, même si le retard en terme de personnes déjà connectées donne un sens particulier à ces chiffres.
Si Internet semble aujourd'hui fasciner les Français, c’est aussi au regard du considérable retard de l’implantation du réseau des réseaux dans leur pays. Si les actes suivent les intentions, ils devraient venir de plus en plus nombreux sur la Toile. A condition que les obstacles sociologiques (peur de la nouveauté, méconnaissance de l'anglais, archaïsme du système éducatif) économiques (coût des communications et surtout de l'équipement informatique) voire techniques (lenteur des transmissions via le réseau téléphonique, complexité des ordinateurs), soient surmontés.
L'attirance des Français pour le commerce électronique accélérera peut-être la tendance au rattrapage de leurs homologues Européens. Certes, seulement 15% des internautes ont déjà effectué des achats personnels par le biais d'Internet, ce qui est inférieur aux pourcentages allemands (18%) et surtout britanniques (22%). Mais "l'e-commerce" devrait suivre un développement exponentiel en France. Près d'une personne interrogée sur deux est en effet attirée par ce moyen d'achat (48% de "oui, pourquoi pas un jour"), un chiffre très supérieur aux taux enregistrés dans les autres pays. Cette mesure d’intérêt pour le commerce électronique doit être cependant nuancée : les internautes français, moins nombreux que ceux des autres pays, sont peut-être plus "mordus" par le virus virtuel, davantage enclins à effectuer des achats en ligne que leurs homologues européens.
On peut, par ailleurs, arguer d'un historique français propice au développement de ce moyen d'achat. Le Minitel, présent en France dans la plupart des foyers depuis plusieurs années, a familiarisé les gens aux achats par voie électronique.Ainsi, l'ensemble des Français, déjà connectés ou non, estiment plus que les autres qu'Internet est bien "adapté pour faire ses achats". Sept Français sur dix considèrent qu'Internet est un moyen adéquat pour acquérir un billet d'avion ou de train, alors que ce n'est le cas que de 55% des Allemands, 40% des Espagnols ou des Hollandais, la moyenne européenne étant de 56%. D'une manière générale, les dépenses de loisirs (livres, disques, ou même vacances) sont celles pour lesquelles transiter par Internet paraît le plus pertinent dans l'esprit des Européens. Viennent ensuite la gestion des portefeuilles (quatre Européens sur dix estiment "qu'Internet est un moyen adapté à l'achat d'actions en bourse"), l'achat de matériel informatique (pour 38% des personnes interrogées), d'équipement TV/Vidéo (pour 35%) ou de matériel de bricolage et de jardinage (pour 32%) des personnes interrogées. Pour chacun des produits proposés, les Français sont beaucoup plus nombreux que les habitants des autres pays concernés par l'enquête à estimer que le web est un moyen approprié pour réaliser ses achats.
Au final, si le Minitel a vraisemblablement constitué un frein majeur au développement de l'Internet en France, l'habitude du "36 15" pourrait être demain un vecteur favorable de pénétration du Web et du commerce électronique dans l'Hexagone.