Les Israéliens soutiennent Sharon et l'armée
Un sondage réalisé ce week-end en Israël montre à quel point l'opinion se range derrière la politique d'un Ariel Sharon à nouveau très populaire : soutien à l'offensive militaire en Cisjordanie, à l'expulsion de Yasser Arafat. Mais ils sont aussi majoritairement favorables à la création d'un état palestinien et à l'abandon des territoires occupés en échange de la paix.
La dernière enquête réalisée en Israël par Market Watch pour le quotidien Maariv (*) révèle la radicalisation actuelle de l'opinion publique israélienne. L'opération "rempart" menée par l'armée en Cisjordanie est aujourd'hui approuvée par les trois quarts des Israéliens (contre 20% d'opposants). Plus de deux sur trois approuvent d'ailleurs la décision de l'armée de ne pas laisser de journalistes couvrir les actions menées dans les territoires (69%, contre 27% qui pensent que c'est une mauvaise décision). L'efficacité de cette campagne n'est pourtant pas clairement établie : si 41% des personnes interrogées pensent que la terreur va diminuer suite aux opérations militaires, 17% jugent qu'au contraire les choses vont aller en s'aggravant, et 30% estiment que cela ne changera rien (12% ne se prononcent pas).
Parallèlement, la politique du Premier ministre Ariel Sharon, très largement rejetée il y a encore un mois (60% de jugements défavorables le 13 mars), est à nouveau soutenu par 59% des personnes interrogées (contre 33% d'insatisfaits). Ariel Sharon est également la personnalité politique israélienne la plus souvent citée comme étant "appropriée" à tenir le rôle de Premier ministre (61%), devant Netanyahu (58%). Tous les autres leaders recueillent une large majorité d'avis défavorables. En particulier, 71% des interviewés estiment que Shimon Peres ne serait pas approprié dans ce rôle (contre 26% d'avis contraire). Aujourd'hui, 55% des Israéliens se déclarent proches de la droite ou du centre droit, 22% se définissent au centre, 17% se considèrent de gauche ou de centre gauche, 6% ne se prononçant pas.
Les Israéliens soutiennent également assez largement l'idée d'expulser Yasser Arafat des territoires (62%, contre 29% d'avis contraire), même s'ils sont très partagés sur les conséquences politiques d'un tel exil : 22% pensent que "l'autorité le remplaçant seraient plus extrême envers Israël que lui", 29% imaginent au contraire cette autorité "plus modérée" quand 28% pensent que ça ne changerait rien de ce point de vue (21% ne se prononcent pas).
Moins large, le soutien d'Ariel Sharon dans son choix de ne pas tenir compte des recommandations de George Bush de se retirer des villes envahies en Cisjordanie, est néanmoins majoritaire : 51% des interviewés pensent qu'Israël ne doit pas partir de ces villes, contre 44% d'avis contraire (5% ne se prononcent pas). Les avis sont d'ailleurs très partagés sur la confiance à accorder au soutien des Etats-Unis : 46% pense que "Bush n'abandonnera pas l'Etat d'Israël", mais 47% ne font plus confiance au président américain.
Avec le ralliement de l'opinion à la politique de crise menée actuellement par la droite israélienne, une solution politique au conflit est-elle encore envisageable ? En tout cas, une majorité absolue d'Israéliens reste favorable à la "création d'un Etat palestinien" (54%, contre 40% d'avis contraire). Une proportion à peine inférieure se déclare favorable aux propositions saoudiennes, de se retirer des territoires en échange de la paix (52%, contre 42% qui s'opposeraient à une telle initiative). Il convient toutefois relever que la description de Maariv omet une partie importante de la proposition saoudienne, à savoir le retour des réfugiés palestiniens dans les territoires. Les avis très partagés quant au "déploiement d’une force internationale, et l’octroi d’un mandat international de contrôle de l’Etat palestinien" (47% d'avis favorables, 48% d'avis défavorables) rendent plus hypothétique encore les espoirs d'un retour rapide à la paix. Si les Israéliens sont majoritairement contre " l’annexion de tous les territoires et l’application d’un "transfert" de la population (arabe)" (60%, contre 32% de personnes favorables à cette proposition", ils s'opposent également, dans des proportions équivalentes, au "démantèlement d’une implantation par mois, en cas de calme du côté palestinien".
(*) Enquête réalisée par l'institut israélien Market Watch pour le quotidien Maariv. Echantillon national représentatif de 590 adultes israéliens interrogés le week-end du 12 avril.