Les jeunes femmes et le progrès
1. Le progrès est en soi une idée positive, quelle que soit la génération de femmes
Dans un contexte de pessimisme généralisé, l’inquiétude par rapport à l’avenir du pays est de mise : 74% des jeunes femmes et 81% des mères sont inquiètes – à l’instar de la population française actuellement, en ligne également avec le pessimisme historique des Français.
Mais la nouvelle génération est plus positive que leurs mères :
Alors que les jeunes femmes sont 53% à être « confiantes pour leur avenir personnel », dissociant leur propre futur de celui du pays, leurs mères sont beaucoup plus angoissées pour l’avenir de leurs filles : 68% se disent inquiètes (dont 29% « très inquiètes ») pour l’avenir de leurs filles.
La notion de progrès est positive pour 91% des jeunes femmes, et 69% reconnaissent qu’il exerce « une influence importante dans leur quotidien ». La génération des mères est un peu plus négative par rapport au progrès : pour 20% d’entre elles, « le progrès évoque quelque chose de négatif » (contre 10% chez les jeunes femmes) et elles sont en effet 44% à se sentir dépassées par la vitesse du progrès (contre 30% des jeunes femmes qui considèrent que « le progrès génère dans leur vie de tous les jours des changements trop rapides »).
2. Le progrès est ancré dans des archétypes scientifiques mais déconnecté des préoccupations actuelles des jeunes femmes
Quels sont les domaines pour lesquels le progrès est le plus perçu en une génération ?
Les jeunes femmes perçoivent très clairement la dimension scientifique et technologique du
progrès : les nouvelles technologies (91%), la médecine (88%), les connaissances scientifiques
(85%), l’accès à l’information (84%) sont les domaines où le plus d’avancées sont ressenties.
De fait, les acteurs les plus légitimes du progrès à venir sont les chercheurs et les médecins (près de 90% des jeunes femmes leur accordent leur confiance). Le progrès est ainsi incarné par « les blouses blanches » et les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication.
Alors même qu’elles ressentent fortement la réalité du progrès dans les domaines scientifiques et technologiques, les jeunes femmes n’ont pas le sentiment d’en bénéficier dans leur quotidien. Seules 49% des jeunes femmes considèrent que la qualité de vie s’est améliorée tandis que 34% perçoivent une détérioration de la qualité de la vie. 72% des jeunes femmes pensent que l’accès à l’emploi s’est dégradé – préoccupation majeure pour cette génération -, 61% perçoivent une détérioration de l’économie.
Le progrès scientifique, partie la plus visible du progrès depuis une génération, semble déconnecté du progrès social et du progrès économique, domaines pour lesquels elles attendent le plus d’avancées : près de deux jeunes femmes sur trois attendent des avancées concernant l’accès à l’emploi, près d’une jeune femme sur deux cite la qualité de vie, 40% mentionnent l’égalité des chances ; tandis que la médecine reste un domaine où elles attendent du progrès à l’avenir (49%), les connaissances scientifiques (23%) et les nouvelles technologies (19%) représentent les domaines pour lesquels elles attendent le moins de progrès. Il est à noter que cette vision du progrès est transgénérationnelle : malgré des nuances, mères et jeunes femmes ont une même hiérarchie globale dans leurs perceptions de l’évolution des choses et présentent les mêmes attentes de progrès pour l’avenir.
Le progrès est une idée positive, fortement associée aux sciences, mais reste un grand concept déconnecté de leurs attentes actuelles, concrètes et quotidiennes.
3. Une défiance vis-à-vis des grands acteurs institutionnels
Seules 40% des jeunes femmes font confiance aux patrons d’entreprise, comme aux pouvoirs publics et aux médias pour faire en sorte que « le progrès ait des répercussions positives dans leur vie personnelle », les politiques se situant en queue de peloton avec 26% de confiance. Les mères sont quant à elles encore plus méfiantes vis-à-vis de ces acteurs.
Aujourd’hui, en dehors des acteurs de la science (médecins et chercheurs) unanimement plébiscités, les jeunes femmes comptent également sur les associations (80%) et les universités / grandes écoles (78%) pour que « le progrès ait des répercussions positives dans leur vie quotidienne ».
Elles sont également 72% à avoir confiance dans leur génération pour faire en sorte que « le progrès ait des répercussions dans leur vie quotidienne ». Mais sont-elles prêtes elles-mêmes à s’engager dans le progrès ?
4. Il n’y a pas de « voie royale »
Ni la carrière ni les hautes études, ni l’engagement ne constituent en soi des voies envisagées pour contribuer au progrès : « accéder à un poste de responsabilité », « créer sa propre entreprise » constituent des leviers du progrès pour moins de 10% des jeunes femmes, de même que le fait de « faire des études supérieures », de « faire de la recherche scientifique », de « militer » et de « s’engager dans la politique » pour moins de 20% d’entre elles.
Le progrès est polymorphe, les manières d’y contribuer également. C’est avant tout l’éthique personnelle et professionnelle qui compte (44%). Cela se traduit par le désir d’une société régie par des valeurs collectives. Le respect des autres et la solidarité sont considérés comme des leviers du progrès (respectivement pour 54% et 39% des jeunes femmes), loin devant la protection (6%), l’autorité (9%), la liberté (8%), ou encore la richesse (11%). La valeur-travail est également clé pour le progrès (35% des jeunes femmes et 47% des mères).
5. 96% des jeunes femmes croient au progrès mais seulement 10% sont véritablement motrices du progrès
Les jeunes femmes sont mitigées quant à l’efficacité de leur implication dans le progrès : la moitié des jeunes femmes est convaincue que sa « participation au progrès pourrait faire évoluer positivement les choses », l’autre moitié est sceptique. Si la quasi-totalité de ces jeunes femmes (96%) croit au progrès, elles ne sont que 36% à se dire « prêtes à s’impliquer personnellement ». Les mères sont en revanche plus portées à croire à l’implication de leurs filles (42%).
On constate des attitudes très différentes face à la contribution au progrès, qui se reflètent dans
cinq groupes de jeunes femmes différenciés selon deux axes :
- l’envie d’y participer versus le désengagement
- la responsabilité individuelle versus la responsabilité d’autrui
10% des jeunes femmes s’avèrent véritablement Motrices du progrès. Trois groupes seraient susceptibles de passer à l’acte : les Idéalistes, tournées vers les élites, les Révolutionnaires attentistes qui espèrent le « grand soir », les Passives attentistes, en attente d’un mouvement collectif de leur génération. Comment les motiver à s’impliquer dans le progrès ?
Cette étude révèle que pour s’engager dans le progrès, les jeunes femmes, pragmatiques, sont dans l’attente de figures qui les inspirent, les motivent à participer à la transformation de la société qui les entoure. Susciter des vocations et mobiliser les jeunes femmes, c’est aujourd’hui le défi que l’École polytechnique veut relever en augmentant son attractivité et en valorisant les formations d’ingénieur auprès des jeunes femmes.
Fiche technique :
étude en ligne auprès de 2 générations de femmes :
• 400 jeunes femmes, de 18-25 ans
• 400 mères de jeunes femmes de 18-25 ans
Toutes ayant au moins le brevet, échantillons représentatifs de ces 2 cibles au sein de la population française en termes d’âge, région, niveau d’études et catégories socioprofessionnelles.
(Terrain réalisé du 21 au 25 août 2012)