Les points cardinaux de la sexualité

Les laboratoires Lilly et Ipsos ont réalisé une vaste enquête sur la sexualité des Français. Elle souligne une sérénité globale des français vis à vis de leur sexualité, une relation en surface plutôt pacifiée vis à vis des conflits qui demeurent entre la norme et la libido. Mais cette enquête constate aussi l’impact douloureux des troubles de l’érection sur la sexualité et plus généralement sur l’équilibre des individus et des couples qui en sont victimes. Elle montre enfin une normalisation du rapport des Français aux traitements contre les troubles de l’érection.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
Get in touch

"Exister pour nous c'est sentir. Notre sensibilité est antérieure à notre intelligence et nous avons des sentiments avant des idées". Cette réflexion de Jean Jacques Rousseau propose une introduction à la complexité du dialogue qui s'instaure dès lors qu'on interroge un individu sur sa sexualité. Une enquête sur la sexualité questionne davantage les sens que l'intelligence. Elle sollicite la sensibilité des individus.

Aborder la sexualité des Français revient à observer une part vitale de leur intimité. Ouvrir à d'autres une fenêtre même éphémère sur sa sexualité, c'est accepter de partager un instant les constructions imaginaires que l'on échafaude pour accéder au désir et au plaisir. Au cœur de cette intimité se nouent des tensions, entre fantasmes et tabous, morale et désirs.

Une sexualité épanouie relève donc d'une alchimie qui peut sembler parfois confuse quand, en outre, elle dépend d'un ensemble de variables qui appartiennent à la vie quotidienne : environnement professionnel, stress, troubles physiques parfois. L'ensemble de ces paramètres interagit sur la sexualité comme sur l'équilibre général de chaque individu.

Les laboratoires Lilly et Ipsos ont réalisé une vaste enquête sur la sexualité des Français. Elle souligne une sérénité globale des français vis à vis de leur sexualité, une relation en surface plutôt pacifiée vis à vis des conflits qui demeurent entre la norme et la libido. Mais cette enquête constate aussi l'impact douloureux des troubles de l'érection sur la sexualité et plus généralement sur l'équilibre des individus et des couples qui en sont victimes. Elle montre enfin une normalisation du rapport des Français aux traitements contre les troubles de l'érection.

1. …pour le plaisir

La sexualité c'est d'abord le plaisir et la sensualité aux yeux de 44% des français. Spontanément ils évoquent ensuite l'amour (42%). Bien plus loin, avec 29% d'évocations, viennent la vie à deux et la famille. 6% des français seulement associent la sexualité à la naissance d'un enfant. On est bien loin de l'époque où la sexualité répondait d'abord à une fonction reproductrice. La place qu'occupent les préliminaires dans les scénarii sexuels des français, signale cette recherche primordiale du plaisir. L'importance de ce prologue amoureux réunit 90% des français. 36% jugent même ne pas pouvoir s'en passer. Hommes et femmes goûtent aux préliminaires comme à une phase initiatique, une exploration mutuelle, une phase ou l'on s'apprivoise, dans le souhait que le plaisir qu'elle procure profite à l'un comme à l'autre.

Dès ces premières minutes, une hiérarchie des sens s'ébauche. Pour la femme comme l'homme, le toucher arrive en tête avec 93% des citations. L'érotisme de l'homme est ensuite généralement plus visuel (61% des hommes contre 39% des femmes citent la vue comme l'un des deux sens les importants quand ils font l'amour), celui de la femme est plus olfactif (28% des femmes contre 14% des hommes citent l'odorat comme un des deux sens les plus importants).

L'amour est un acte fusionnel qui mêle l'émotion des sentiments et l'excitation du corps. Lorsque l'on interroge les Français, 37% d'entre eux, femmes comme hommes, jugent que le plus important quand ils font l'amour, ce sont les émotions et les sentiments. 30% lui préfèrent la décontraction que l'on ressent après l'amour. Seuls 19% des Français pensent que l'essentiel c'est le plaisir physique. Faire l'amour s'affirme davantage comme un acte de communion amoureuse qu'un accouplement physique.

Le plaisir des français quand ils font l'amour, commence au moins autant dans la jouissance qu'ils en retirent que dans celle qu'ils procurent à leur partenaire. Cette notion de partage est soulignée par leurs réponses quand on les interroge s'ils cherchent à donner ou à recevoir le plus de plaisir possible lors de l'acte amoureux. 50% des français affirment toujours rechercher à donner le plus de plaisir possible à leur partenaire avant de chercher à en prendre eux même. 30% affirment avec franchise le contraire.

2. No sex : no future

Célibataires sachez-le ! 8 français sur 10 déclarent avoir un(e) partenaire sexuel. 25% des femmes et 15% des hommes de plus de 35 ans déclarent vivre dans la solitude sexuelle. Parmi les Français ayant un(e) partenaire sexuel, 54% d'entre eux reconnaissent éprouver parfois du désir pour une autre personne que leur conjoint. Sensibilité très sexuée, puisque cet " appétit d'ailleurs " concerne 71% des hommes contre 36% des femmes.

Les Français déclarent faire l'amour 1.8 fois par semaine en moyenne. Mais la singularité de cette question tient à la différence des réponses entre homme et femmes. Les hommes revendiquent faire l'amour en moyenne 2 fois par semaine, et les femmes 1.6 fois par semaine. Exagération des hommes, modestie des femmes, seuls les draps s'en souviennent.

La sexualité est importante aux yeux de 72% des français. Certaines disparités régionales apparaissent cependant. Les habitants du sud de la France (77%) sont 10% plus nombreux que les Franciliens (67%) - peut être l'influence du soleil - à juger la sexualité importante dans leur vie quotidienne. Ils sont aussi 47% (61% d'hommes contre 34% de femmes) à affirmer que le sujet de la sexualité leur vient souvent à l'esprit.

Il apparaît insupportable, gênant ou frustrant pour 73% des français contre 26 % auxquels c'est indifférent, de ne pas faire l'amour pendant plusieurs mois. Malaise spécialement masculin, car ils sont 82% à être embarrassés dans une situation semblable.

Parmi ceux qui considèrent indifférent de s'abstenir de toute sexualité pendant plusieurs mois, ils sont 23% à être soulagés de ne plus avoir à faire l'amour. Peut être parmi ceux là trouve-t-on des français qui à l'instar de Saint Augustin considèrent que l'abstinence totale est plus facile que la parfaite modération. Mais il est plus probable que ces réfractaires au sexe qui constituent 6 et 7% de l'échantillon global, vivent l'acte sexuel comme une contrainte.

3. Tant d'amour - temps d'amour

L'amour apparaît comme une victime de plus des symptômes traditionnels de la vie moderne et urbaine. Au premier chef, il y a l'impact du travail. Le désir sexuel est subordonné au stress professionnel. Particulièrement chez les femmes, 72% d'entre elles affirment ne pas conserver le même désir sexuel lorsqu'elles traversent une période professionnelle difficile. 56% des hommes les rejoignent pour constituer une majorité des deux tiers des français à admettre que leur quotidien professionnel influe directement sur leur désir sexuel. La fatigue, le manque de temps sont aussi deux principaux motifs d'abstinence sexuelle. La sexualité n'échappe pas au syndrome du temps subi. Elle devient un luxe que la vie quotidienne ne permet parfois plus de s'offrir.

La France est d'ailleurs partagée en deux, entre ceux à qui le temps laisse faire l'amour et ceux que le temps prive d'amour. 46% des français font l'amour quand ils le veulent. 46% d'autres aimeraient être plus libres de choisir le moment.

Cette notion de temps revient sans cesse dés lors que l'on explore les stimuli de l'amour. Au premier rang des environnements préférés des français pour l'amour : partager un moment privilégié avec leur partenaire (75% de citations). Quand les Français parviennent à voler du temps au temps, à réserver du temps pour l'autre, la soudaine harmonie d'un moment privilégié devient la plus forte stimulation à l'amour. Logiquement, la privation créant le manque, c'est ensuite l'absence prolongée de son partenaire (49% de citations) qui provoque chez les Français le désir urgent de faire l'amour.

Une décision qu'ils prennent au débotté pour la plupart, au mieux quelques secondes ou quelques minutes avant. Le sexe programmé bien à l'avance ne réunit qu'une petite minorité de français (13%). Et s'ils plébiscitent un lieu, c'est chez eux et dans leur lit qu'ils préfèrent faire l'amour. Le lit est privilégié à " partout ailleurs " par 71% des Français. Ce sont parmi les hommes cependant que l'on trouve le plus grand nombre d'explorateurs, en quête de nouveaux terrains de jeu : 19% contre 12% pour les femmes

C'est d'abord la nuit que la France bruisse du souffle des étreintes amoureuses. 6 français sur 10 font le plus souvent l'amour le soir en se couchant. Ils sont 18% à être davantage inspirés par le lever du soleil que par son crépuscule. Et ils sont quand même 8% de bienheureux à déclarer que c'est lors de sieste qu'ils font le plus souvent l'amour. Mais le quotidien des français ne correspond pas tout à fait à leurs préférences. Ils ne sont plus que 38% à juger que le moment le plus agréable pour faire l'amour, c'est le soir en se couchant. Car quand on interroge leurs désirs, 23% des hommes déclarent que tous les moments se valent. Et c'est la sieste qui s'impose chez 20% des femmes comme l'instant le plus savoureux pour faire l'amour.

Quant aux saisons, 42% des français n'ont pas de préférence et aiment faire l'amour toute l'année sans distinction de temps ou de température. Rien ne les refroidit ni ne les épuise. 29% citent l'été. 1% de contrevenants à la norme, l'automne.

4. Let's talk about sex!

En règle générale, les Français quel que soit leur sexe, sont satisfaits de leur vie sexuelle. 67% d'entre eux attribuent une note supérieure ou égale à 6/10 à la qualité de leur vie sexuelle. Ils sont 10% de chanceux à s'attribuer la note de 9/10 et 7% d'infortunés à s'infliger la note de 0.

Satisfaits, 58% des Français aspirent malgré tout à changer leur vie sexuelle. Ils veulent l'améliorer sous une forme ou une autre. C'est d'ailleurs principalement la demande des hommes.

Ils n'hésitent plus à parler de leur sexualité autour d'eux. Si on devait caractériser cette parole, elle ressemblerait davantage à un dialogue, un échange, une demande d'information, sans doute pour mieux se connaître, plutôt qu'au chuchotement d'une confession ou d'un aveu.

Signe d'une libération progressive des mœurs, la sexualité et les difficultés qui y sont liées sont évoquées facilement par les français avec leurs conjoints (79%), leurs amis ou collègues de travail (74%) et leurs enfants (65%). Mais, même si la parole se libère, il existe encore des zones intimes que l'on conserve secrètes. Près de trois quarts des Français parlent couramment autour d'eux des moyens de contraception, des MST, des sentiments amoureux. Mais dés lors qu'il s'agit de pratiques sexuelles ou des problèmes tels que l'absence de désir ou les problèmes d'érection, le nombre des loquaces est en chute libre et passe respectivement à 16% et 31% des français.

5. Vers une désinhibition des comportements vis à vis des troubles de l'érection.

Ces problèmes existent. 42% des hommes reconnaissent avoir déjà rencontré une panne d'érection. Ils sont plus nombreux en Ile-de-France (54%) que dans le sud (35%) à admettre avoir déjà connu une telle situation.

Curiosité de cette enquête : dés lors que l'on interroge les femmes, elles ne sont plus que 36% en Ile-de-France à avoir constaté une panne d'érection de leur partenaire et par contre 45% dans le sud à avoir fait le même constat. Deux conclusions sont possibles : la première c'est que les femmes du sud ont pour partenaires les Franciliens et vice versa pour les Franciliennes... Peu crédible ! La seconde hypothèse est qu'on reconnaît un peu moins de tels troubles dans le sud de la France… du moins quand on est un homme.

Les troubles de l'érection ne se contentent pas d'être une entrave à une sexualité épanouie, ils percutent directement l'équilibre général de la vie des hommes concernés et celui de leur couple.

En dépit de la satisfaction générale déjà soulignée, la sexualité des Français est loin de ressembler à un long fleuve tranquille. 25% des hommes se disent sujets à de baisses de désir sexuel et 24% à des éjaculations trop rapides. 46% des femmes sont sujettes à des baisses de désir sexuel et 16% à des problèmes d'orgasme. Et quand les Français regardent devant eux : le vieillissement (46%), la perte de l'entente avec leur partenaire (18%) et la peur de ne plus être désirable (15%) composent l'entêtante partition des causes redoutées d'interruption de leur sexualité.

Dans ce contexte, les troubles de l'érection ont des conséquences psychologiques individuelles qui s'ajoutent aux blessures que ces problèmes infligent à l'harmonie d'un couple. L'enquête entre là dans un aspect plus douloureux de la sexualité des français. En effet, les troubles de l'érection préoccupent 20% des hommes et 23% des femmes quand elles l'ont constaté chez leur partenaire. Un Français sur cinq reconnaît avoir été déjà préoccupé par les problèmes d'érection. Parmi les Français ayant déjà été confrontés dans leurs relations sexuelles à ces troubles, 1/3 d'entre eux jugent que ceux ci ont eu un impact très ou assez important sur la qualité de leur vie sexuelle, sur leur humeur, sur leur désir sexuel et sur leur équilibre général. Ces troubles modifient, aux yeux de 27% des Français, leur confiance en eux même et fragilisent l'harmonie du couple pour un quart des Français concernés.

Si ces difficultés d'érection inquiètent, préoccupent et même maltraitent l'équilibre de nombreux hommes et de leur partenaire, ils sont encore très peu nombreux à emprunter le chemin d'un traitement qui les soulage de ce handicap. Seuls 3% des hommes concernés par les troubles de l'érection disent avoir eu recours à un traitement. Parmi eux, 6 sur 10 en on été satisfaits.

Quand on met ce chiffre plutôt faible en balance avec l'ouverture déclarée des français vis à vis de l'usage d'un traitement (71% se déclarent prêts à en faire usage si besoin), on constate la persistance de barrières morales et culturelles encore farouches. On les identifie mieux à la lecture des réponses de ceux qui se détournent de ces traitements. Les deux craintes essentielles sont l'une, presque morale : "ce n'est pas naturel", l'autre d'ordre médical, "la peur des effets secondaires". Le passage à l'acte n'est donc pas encore spontané.

Demeure sans doute dans l'opinion de certains hommes le sentiment que l'usage d'un traitement contre les troubles de l'érection insulte leur virilité. Cela illustre que le refus des traitements tient davantage à la difficulté d'accepter ces pannes qu'à l'incertitude sur l'efficacité des réponses thérapeutiques proposées.

Pourtant les esprits changent. Les Français sont plus de deux tiers à se déclarer prêts à utiliser eux-mêmes ou à proposer à leur partenaire d'utiliser un traitement contre les troubles de l'érection. Ces troubles entrent progressivement dans le champ des problèmes de santé standards. Une fois le trouble accepté, il devient naturel de le traiter.

Si les Français reconnaissent plus facilement vivre une sexualité contrariée par des troubles de l'érection, l'information sur le sujet manque à leurs yeux. 62% des français considèrent qu'ils sont plutôt mal informés sur ces troubles. 59% pensent cependant qu'il existe aujourd'hui de médicaments efficaces pour y remédier. Conformément à une sexualité discutée dans le couple, ils pensent que c'est en son sein que la décision d'avoir recours à un traitement doit être prise (72%).

En guise de conclusion, les laboratoires Lilly et Ipsos ont voulu savoir comment les Français jugeaient les hommes et les femmes de leur région.

Les Franciliens jugent les Franciliennes plus séduisantes, plus belles, plus sensuelles que la moyenne nationale et vice-versa. Les sudistes les rejoignent pour plébisciter le sex-appeal des hommes et les femmes de leur région.

Au Nord, à l'Ouest, à l'Est on vante davantage la plus grande fidélité des partenaires de la région.

Mais quand on réalise une moyenne nationale du jugement des français sur les qualités des hommes ou des femmes de leur région, ils les estiment à al fois plus portés sur la sexualité, plus séduisants, plus beaux qu'ailleurs mais moins fidèles, moins disponibles et moins faciles! En bref, ils sont tous plutôt contents du sex-appeal des femmes ou des hommes de leur région mais aimeraient bien en profiter personnellement davantage.

Au final, les Français parviennent à dépasser cette légère frustration puisque deux tiers d'entre eux jugent que dans leur région, on fait l'amour comme ailleurs et souvent même, plus (11%) que moins (10%).

Au palmarès des français convaincus qu'ils font l'amour plus qu'ailleurs : les sudistes. C'est dans l'Est et en Ile de France qu'on trouve le plus de français à penser qu'on y fait moins l'amour qu'ailleurs.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

Société