L'essoufflement de la vie partisane - Brice Teinturier pour Le Figaro

La baisse de l’affiliation partisane et du militantisme politique a touché l’ensemble des partis politiques. Interrogé par Le Figaro sur ce constat indéniable, Brice Teinturier délivre quatre phénomènes expliquant la baisse de l’adhésion politique.

Les niveaux d’adhésion dans les partis politiques n’ont plus rien à voir avec leurs niveaux d’antan. Comment expliquer l’essoufflement de la vie partisane ?

" Sans remonter au déclin du grand parti d’adhérents que fut le Parti Communiste dans les années 50, quatre phénomènes au moins expliquent la baisse de l’adhésion partisane. Le premier est l’effondrement de la croyance en la capacité du politique à changer la vie. Elle intervient en France après l’alternance de 1981 et un programme volontariste de rupture avec le capitalisme. Très vite, l’échec est retentissant et aboutit au tournant de la rigueur en 1983. Gauche et droite ont donc échoué face à la montée inexorable du chômage, et c’est un drame. De ce moment nait une désillusion, un doute qui ira en grandissant sur le pouvoir réel de l’action politique. Mais cette alternance ne fait pas que tuer l’espérance : elle signe aussi le début  d’une difficulté à élaborer une doctrine politique globale, alors même qu’un tel travail est la fonction première d’un parti politique. Cette fonction va d’ailleurs être progressivement externalisée : les think-tanks et les Fondations s’emparent de la réflexion, les partis se déssechent. Grave erreur car l’élaboration idéologique et stratégique est un moyen d’attirer des adhérents, qui se sentent acteurs et valorisés. Crise de l’efficacité, crise doctrinale donc. 

Dans les années 1990 s’y ajoute une troisième grande secousse, la crise de l’exemplarité. Les révélations sur le financement occulte des partis politiques et la corruption destabilisent l’ensemble du système partisan. Le quatrième phénomène enfin est beaucoup plus continu et progressif : c’est l’individualisation de la société française. Le militantisme, coûteux en temps et en investissements même s’il est porteur de liens sociaux, est progressivement délaissé au profit d’engagements ponctuels, rapides, moins contraignants. C’est l’ère du clic et de la pétition en ligne. Dans un tel contexte, adhérer à un parti se réduit à la quasi seule fonction de faire élire le candidat. C’est peu pour susciter de l’engouement. Les partis l’ont compris, me semble-t-il, et cherchent à réinvestir le champ doctrinal. "

Le modèle d’adhésion en un clic a-t-il permis d’atténuer le phénomène de désaffiliation partisane ou est-il davantage un puissant outil de communication ?

" La baisse de l’affiliation partisane et du militantisme politique a touché l’ensemble des partis politiques. Les partis ont tenté de réagir en proposant des formes d’adhésion plus souples et peu onéreuses, comme La République en Marche et La France Insoumise en 2017. Mais il ont eu beau faciliter les conditions d’adhésion, les problèmes de fond décrits précédemment subsistent. L’adhésion en un clic permet surtout d’afficher rapidement un nombre plus important d’adhérents, ce qui donne le sentiment que la dynamique est du côté de votre parti. Mais le véritable indicateur de la force d’un parti, cela reste les élections. "

Alors que LREM avait opté pour une adhésion rapide et gratuite, le parti, renommé Renaissance, est revenu à un modèle plus classique, incluant une cotisation. Comment expliquer ce rétropédalage ?

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Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)

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