L'UMP recrute des adhérents "sarkozystes"
L'enquête réalisée en septembre par Ipsos dresse le profil et les priorité des nouveaux adhérents de l'UMP. Publié à l'occasion de l'opération "48 heures pour participer au mouvement populaire", le sondage montre que l'immigration, le travail et la réforme de l'Etat sont les sujets qui préoccupent le plus ces nouveaux adhérents. En outre, 78% d'entre eux évoquent "la personnalité et le discours de Nicolas Sarkozy" comme motivation principale de leur adhésion.
Qui sont les nouveaux adhérents ?
Premier fait marquant qui ressort de l’enquête, les nouveaux adhérents ont un profil sociologique diversifié. Qu’il s’agisse de la répartition par sexe, par âge ou par catégorie socioprofessionnelle, toutes les catégories de population sont représentées parmi ces nouvelles recrues, même si certaines populations sont moins présentes.
Ainsi, 58% des nouveaux adhérents sont des hommes et 42% des femmes. Ce dernier chiffre, même s’il est inférieur à la proportion réelle de femmes en France, est élevé pour un parti politique, où les femmes sont traditionnellement minoritaires, et montre que l’UMP parvient à attirer presque autant de femmes que d’hommes. Par ailleurs, toutes les classes d’âges sont représentées au sein des nouveaux adhérents. Certes, les jeunes sont moins nombreux que dans la population réelle mais il faut souligner qu’un nouvel adhérent sur cinq (21%) a moins de 35 ans ; 41% ont entre 35 et 59 ans, 38% plus de 60 ans. Enfin, c’est également un profil socioprofessionnel varié qui caractérise ces nouvelles recrues, même si – et c’est logique compte tenu du poids des seniors – les retraités sont surreprésentés. Toutefois, si certains de ces nouveaux adhérents sont issus des catégories populaires (10% sont employés, 3% sont ouvriers), c’est dans des proportions nettement moindres que le poids réel de ces catégories dans la population (18% d’employés, 16% d’ouvriers). L’UMP peine donc à recruter des adhérents issus de milieux moins favorisés, signe que l’identité populaire du parti n’est pas encore opérée. Cette tendance ne lui est néanmoins pas propre, elle touche l’ensemble des partis politiques, notamment les partis de gouvernement. Plus généralement elle est l’expression d’une désaffection à l’égard de la vie politique particulièrement marquée dans les clases populaires.
Ainsi, malgré un profil diversifié, la structure socio-démographique de ces nouveaux adhérents n’échappe pas à certains blocages liés à la crise de la représentation politique observée depuis quelques années : réserve des catégories populaires, moindre implication des plus jeunes etc.
Par ailleurs, si 68% des nouveaux adhérents sont issus d’une famille de droite, 14% d’entre eux déclarent venir d’une famille de gauche et 16% d’une famille « ni de droite ni de gauche », signe que l’UMP attire au-delà de son socle traditionnel.
Enfin, les nouveaux adhérents se positionnent très clairement à droite. Lorsqu’on leur demande de se situer sur une échelle gauche droite allant de 0 à 10, 83% se positionnent entre 7 et 10 : l’identité politique de droite est clairement revendiquée et assumée par ces nouveaux adhérents. Le spectre de leur positionnement politique est varié, avec un large éventail allant de 7 à 10. Concernant plus précisément leur identité politique au sein de la droite, l’ensemble des courants ayant contribué à la formation de l’UMP se retrouve même si deux courants émergent plus particulièrement. Ainsi, 36% des nouveaux adhérents se déclarent avant tout gaullistes, 35% libéraux, 14% modérés, 5% conservateurs, 5% nationalistes et 4% centristes (une seule réponse était possible). Il faut souligner qu’il s’agit de nouveaux adhérents (78% n’avaient jamais adhéré à un parti politique auparavant), signe que la filiation gaulliste, essentiellement perpétuée par les personnes de plus de 60 ans, est toujours importante même si elle cohabite avec un courant libéral plus développé parmi les personnes âgées de 18 à 44 ans.
Que pensent-ils ?
Deuxième enseignement majeur de l’enquête, le corpus idéologique des nouveaux adhérents correspond en partie à celui des Français, même si certains thèmes sont davantage mis en avant et traduisent les spécificités de cette population de l’UMP.
Ainsi, les trois valeurs auxquelles sont le plus attachées les nouveaux adhérents de l’UMP sont le travail (59% de citations), la justice (42%) et la liberté (40%). Ces trois valeurs, qui arrivent largement en tête de leur hiérarchie, sont les mêmes que le trio de tête cité par les Français même si l’ordre est un peu différent (justice, travail, liberté). Il n’y a donc pas de différence fondamentale sur les principales valeurs privilégiées, bien au contraire. En revanche, les nouveaux adhérents accordent davantage d’importance aux valeurs de responsabilité, de nation et d’autorité que l’ensemble des Français. A l’inverse, des valeurs comme la solidarité et l’égalité sont moins mises en avant, du moins quand il s’agit d’établir une hiérarchie entre différentes valeurs.
En ce qui concerne leurs principales préoccupations et attentes, les nouveaux adhérents insistent davantage que l’ensemble des Français sur l’immigration (52% de citations contre 32% pour les Français), la réforme de l’Etat (40% contre 17%) et les 35 heures (39% contre 22%). A l’inverse ils insistent un peu moins que ne le fait l’ensemble de la population sur l’éducation (24% contre 34%) ou la santé (18% contre 32%). En revanche, on retrouve pour les deux cibles la même focalisation sur le travail, qui en plus d’être une valeur importante constitue une préoccupation majeure pour ces nouvelles recrues (43% de citations, deuxième position) comme pour la population (38%, première position).
Rappelons que cette enquête a été réalisée avant les violences dans certaines banlieues et villes de province.
Quelles relations avec l’UMP ?
Le troisième et dernier objectif de cette enquête consistait à mesurer la relation qu’entretenaient ces nouveaux adhérents avec le mouvement qu’ils avaient rejoint. Premier élément, qui n’est guère une révélation : plus des trois quarts (78%) d’entre eux ont adhéré en raison de la personnalité et du discours de Nicolas Sarkozy. Ce résultat est une force pour l’UMP, dont le président porte la dynamique de l’adhésion, mais peut s’avérer fragile à plus long terme s’il demeure le seul lien qu’entretiennent les nouveaux adhérents avec leur parti. Tout l’enjeu pour l’UMP consistera donc à profiter de l’empathie de ces derniers envers Nicolas Sarkozy pour la transformer en une adhésion forte au mouvement lui-même, au-delà de son leader. De même, si la très grande majorité des nouveaux adhérents se disent satisfaits par rapport à ce qu’ils attendaient avant d’adhérer, c’est dans des termes mesurés : certes 87% sont satisfaits, mais la plupart du temps il ne s’agit que d’une satisfaction relative (64% se disent « plutôt » satisfaits). L’UMP doit donc se mobiliser pour capter sur le long terme cet élan d’adhésion.
Enfin, les nouveaux adhérents de l’UMP expriment le souhait de participer à la vie du mouvement mais sous une forme éloignée du militantisme classique. Ainsi, une faible minorité de ces nouvelles recrues se dit prête à coller des affiches ou distribuer des tracts (18%) ou encore tenir une permanence (15%). Les nouveaux adhérents aspirent surtout à voter pour désigner le candidat à l’élection présidentielle (85%) et dans une moindre mesure à assister à des meetings (54%) ou participer à des débats d’idées (43%). Disposés à s’impliquer, ils attendent de l’UMP qu’elle réponde à leurs aspirations participatives.